Forêt de Romainville : un chantier sous surveillance policière

Cette semaine, les opposants au projet de promenade écologique de la Corniche des forts à Romainville en Seine-Saint-Denis, se sont rassemblés afin d’empêcher l’installation d’une palissade autour de la forêt visant à sécuriser le lieu et à empêcher les intrusions. Un cordon de policiers a ainsi été déployé pour encadrer la suite des travaux. Ce projet porté par la région est toujours sujet à controverse et divise une partie des citoyens. 

Un projet qui fait débat

La forêt de Romainville après le premier passage des machines
La forêt de Romainville après le premier passage des machines © Camille Hispard

 

C’est sur les vestiges d’anciennes carrières de gypse de Romainville qu’une forêt luxuriante s’est épanouie pendant des années. A 2 kilomètres de Paris, cette forêt a tout d’une jungle urbaine totalement dépaysante. Cet espace officiellement interdit au public, car non sécurisé, est aujourd’hui au coeur du projet de l’île de loisirs de la Corniche des Forts qui couvre déjà une trentaine d’hectares d’espaces verts, pour la plupart des « jardins familiaux ». Il est prévu d’ajouter une plaine de loisirs, une passerelle d’observation, et une zone d’éco-pâturage. S’ajoute à cela de nouveaux équipements de type parcours sportifs, mur d’escalade, jeux pour enfants et poney club. L’ouverture au public de cet espace conçu selon Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Île-de-France,  comme une « promenade écologique immersive » est prévue à l’horizon 2020.

Seulement pour pouvoir construire le projet, il faut combler 8 hectares de galeries, mais aussi, abattre des arbres. 2000 selon les opposants au projet, 600 selon la région. Pour Hélène Zanier, présidente de l’association des Amis de la Forêt de la Corniche des Forts, « c’est un non sens de couper des arbres dans le contexte actuel. Nous, on écoute les experts et les experts ce sont ceux du GIEC qui nous disent : « il faut planter des arbres. » Et un arbre, c’est cinq climatiseurs, voilà. » Si les travaux ont été une première fois interrompus en octobre, face à la mobilisation des opposants, avec des figures de proue comme la chanteuse Catherine Ringer ou la députée (LFI) Sabine Rubin, les  camions de chantier étaient de retour ce lundi.

 

Une reprise de travaux encadrée par la police

Reprise des travaux sur le site de la forêt de Romainville
Reprise des travaux sur le site de la forêt de Romainville, encadrée par la police © Camille Hispard

 

Les camions ont repris le chemin de Romainville ainsi que les opposants au projet. Mardi, plus d’une cinquantaine de policiers, pour certains casqués, sont intervenus pour repousser les manifestants qui s’étaient assis devant les camions pour empêcher le chantier de reprendre. Les ouvriers installaient des piliers en bois coulés dans le béton, ce, à même la terre, afin d’installer une palissade autour de la forêt. Une barrière visant à sécuriser le lieu et à éviter les intrusions, selon la région, un moyen de reprendre les travaux dans la forêt en toute tranquillité selon les opposants : « on parle d’1,6 kilomètres de tôle avec un budget de 100 000 euros pour construire des palissades pour qu’ils soient tranquilles et qu’ils finissent les travaux. On enferme la forêt », s’agace Hélène Zanier.

Sur le chantier, les policiers discutent avec les manifestants dans une ambiance bon enfant. Sur place, une jeune parisienne est venue faire entendre sa voix et défendre cet espace vert sauvage : « on sait qu’avec le réchauffement climatique, les arbres sont précieux. On veut détruire une forêt juste parce qu’elle ne rapporte pas de profit. On veut la détruire pour qu’elle soit façonnée par l’homme pour soi-disant en faire une promenade écologique, alors que c’est juste un poumon vert, un espace qui fait respirer la ville. On veut nous convaincre que dans l’intérêt général, on va construire un poney club pour nos enfants. A l’heure actuelle, ce n’est quand même pas la priorité je pense. »  Au contraire, pour Silvia qui vit à Romainville depuis 11 ans : « c’est un beau projet. Je suis sûre que cela pourrait apporter beaucoup. Les aménagements proposés sont intéressants et la forêt n’est pas praticable aujourd’hui, il y a des risques d’effondrement. En plus, il y a aussi le problème d’une plante invasive : la Renouée du Japon. » Mardi matin, Patrick Karam, vice-président (LR) de la région s’est exprimé, laissant une ouverture aux discussions : « on est prêts à tout revoir, à condition de pouvoir dialoguer. » Mais les opposants ne sont pas de cet avis et exigent l’arrêt des travaux.

Vers un procès pour écocide ?

La forêt luxuriante de Romainville
La forêt luxuriante de Romainville © Camille Hispard

 

Pour Hélène Zanier, il n’y a pas de compromis possible avant l’arrêt des travaux : « ils ont obtenu une dérogation pour la destruction des espèces animales. Ils font du greenwashing à fond. Comment bétonner le sol d’une forêt peut être écologique ?  Foutez la paix à la forêt et aux arbres ! C’est notre dernière chance de sauver la planète. On veut un moratoire pour arrêter le chantier et ensuite on pourra parler. Pourquoi ne pas le transformer en laboratoire d’observation pour faire des études sur certaines espèces par exemple ? »

A ce jour, une pétition pour « préserver la forêt de la Corniche des forts située à 2 km de Paris » rassemble 25 464 signataires. Les opposants continuent d’occuper le terrain pacifiquement, observant impuissants les allers-retours de la bétonneuse. La région avance que trois groupes de travail ont été mis en place pour discuter des aménagements du projet. Mais ceux qui se posent en défenseurs de la forêt estiment que détruire des arbres est déjà une forme d’atteinte à la nature. Hélène Zanier évoque d’ailleurs la possibilité d’intenter un procès pour écocide, recours déjà utilisé contre l’Etat pour inaction climatique et déposé récemment par Damien Carême, maire EELV de Grande-Synthe. Affaire à suivre donc.

La forêt luxuriante de Romainville
La forêt luxuriante de Romainville © Camille Hispard