Freelance à Paris : ces travailleurs ont-ils vraiment la belle vie ?

Ils sont libres, de choisir leurs horaires et leur lieu de travail, de voir qui ils souhaitent, et de s’éloigner du brouhaha de la capitale quand ça les chante. C’est en tout cas l’image que l’on s’en fait. Mais quel est réellement le quotidien des travailleurs indépendants de Paris ? Entre liberté, bonheur d’éviter les transports aux heures de pointe et solitude, ils se sont livrés sur les bons et les mauvais côtés de leur statut particulier.

« Aller voir des expos tous les jours nourrit mon travail »

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©Markus Spiske, source : Unsplash

 

Originaire du Brésil, Marcelo vit depuis quelques années à Paris, grâce à son activité de photographe indépendant. Après avoir travaillé « comme un fou » dans son entreprise de construction en bois dans son pays natal, ce trentenaire n’avait qu’un projet en arrivant dans la capitale : profiter de la vie. Pour lui, hors de question dès lors « d’attendre le week-end pour faire ce qu’il aime ». La photographie, il en a fait son métier. Et il tient à l’exercer en toute liberté pour avoir le temps de parcourir Paris, souvent à pieds.

« Chaque jour, j’arrive au Trocadéro ou au Louvre, mes lieux de shooting, aux alentours de 8h. Je photographie quelques heures, puis je travaille mes clichés le soir jusqu’à 1h du matin parfois ». Entre ces deux sessions, il prend le temps de se balader et d’aller voir des expositions. Une vraie nécessité en tant qu’artiste pour nourrir sa créativité. Tout comme le fait de voyager afin de découvrir régulièrement de nouveaux lieux et de nouvelles atmosphères. Conscient de sa chance, Marcelo dit avoir très souvent des moments de bonheur. Comme il y a quelques jours, lorsqu’il a pu se libérer pour faire découvrir Paris à des amis brésiliens de passage.

Freelance, Parisien et célibataire, une combinaison difficile ?

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Photo by Dai KE on Unsplash

 

Des points négatifs à son statut de freelance ? Il n’en trouve pas beaucoup. A part peut-être la difficulté à travailler de façon assidue. Mais heureusement pour lui, il est en colocation avec un travailleur indépendant particulièrement sérieux et organisé, qui lui offre indirectement un cadre de travail. Il y a aussi l’incertitude financière, mais le photographe tempère : « je n’ai pas de frustration. A Paris, il y a beaucoup d’opportunités de faire des sorties et des soirées gratuites ou vraiment pas chères ».

La solitude des freelances ? Marcelo, avec son carnet d’adresses bien rempli, ne la connait pas. Contrairement à Sophia, graphiste freelance depuis 2 ans, qui la subit certaines semaines. « Beaucoup de mes amis sont partis ou ont des horaires de bureau, et sans réelle opportunité de créer d’autres liens durables, je vois beaucoup moins de monde. Il faut ajouter à cela le fait que je sois célibataire et donc que personne ne me rejoint le soir…». Pour elle, un seul remède : s’inscrire à des activités pour se garantir quelques heures de vie sociale par semaine.

Ma curiosité de Paris s’est essoufflée

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©Etienne Boulanger, source : Unsplash

 

Ces premiers jours de travailleuse indépendante, elle s’en souvient comme si c’était hier. Entre sentiment grisant de liberté et impression que tout était de nouveau possible, tout a démarré sur les chapeaux de roue : « j’explorais Paris presque tous les jours. J’allais déjeuner avec d’anciens collègues que je laissais ensuite repartir au bureau seuls, non sans plaisir. Puis j’allais où mon envie me guidait ». Mais au bout de quelques mois, sa curiosité s’est tout de même un peu essoufflée : « parfois, je reconnais qu’il m’est difficile de sortir de chez moi. Quand rien ne nous y oblige, le piège est de ne même plus faire l’effort de s’habiller le matin ». Ou de rester finalement aussi statique que dans un bureau, le confort de l’installation en moins.

« Quand je travaille, je ne vois pas le temps passer, si bien que je passe parfois mes journées assises au même endroit », observe à ce sujet Laura, community manager freelance, instagrammeuse et auteure du blog food Les Paris de Laura. Sa parade ? Aller travailler chaque jour dans un nouveau café, pour éviter la routine.

Un compte Instagram (trop) bien fourni

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©Daria Shevtsova, source : unsplash

 

Mais pour la jeune femme, le véritable luxe de son statut est de pouvoir découvrir le Paris des gens qui ne sont pas pressés : chaque semaine, elle va « déjeuner dans ses adresses préférées, en prenant le temps de parler avec les propriétaires et les clients ». Une manière de profiter d’un rythme provincial à Paris. Et cela fonctionne aussi à La Poste, la piscine, dans les supérettes et le métro. « Prendre les transports à 15h est très agréable. On a tout le temps des places assises ! Quand il m’arrive de retomber sur la marée humaine de 19h, j’hallucine un peu », raconte Sophia.

Mais cette opportunité de faire les choses à son rythme et de s’accorder des pauses est à double-tranchant selon la graphiste. « En me libérant la semaine, je peux aller découvrir les choses avant mes amis, qui doivent eux attendre le week-end. J’ai d’ailleurs un Instagram bien fourni ! Le bar qui vient d’ouvrir, la nouvelle oeuvre de street art de Montmartre, les premières fleurs aux Tuileries… Mais cela envoie le signal que l’on est tout le temps disponible et que l’on travaille peu ». En conséquence de quoi, selon elle, ses amis ont tendance à lui demander souvent service et à lui faire porter toutes les initiatives de sorties. « Ils se disent que j’ai le temps de réserver les restos, et de traverser Paris pour les rejoindre, mais ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que moi aussi je bosse beaucoup. Je me demande même si je ne fais pas plus d’heures que quand j’étais salariée… ».


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