Hypersensibles : comment gèrent-ils leur quotidien à Paris ?

Aussi belle et passionnante soit-elle, Paris est une ville éprouvante à vivre au quotidien. Surtout pour une partie précise de la population. Bruits, odeurs, stimulations très nombreuses… Les hypersensibles y sont confrontés à tout ce qui les épuise. Nous en avons interrogé plusieurs pour savoir quelles sont leurs astuces pour ne pas perdre pied. Et comment ils parviennent encore à aimer passionnément la capitale malgré leurs difficultés.

Des sens et des émotions décuplés

<small>Hypersensibles à Paris, Photo by Alessio Lin on Unsplash<small>
Hypersensibles à Paris, Photo by Alessio Lin on Unsplash

 

«Une exacerbation des sens et des émotions due aux interactions avec le monde », voilà comment Cathy-Marie, une jeune parisienne, définit son hypersensibilité. En plus d’avoir les sens décuplés, elle traverse régulièrement des « tsunamis émotionnels difficilement contrôlables comme si les parois à l’intérieur [d’elle] tremblaient pour se casser en 1000 morceaux ».

Alors sa vie parisienne n’est évidemment pas de tout repos. Le métro ? Impossible pour celle qui ne supporte pas les bruits assourdissants des rames, des claquements sur le fer, des conversations. Sans compter « les odeurs des gens, de la nourriture et du métro qui se mélangent ». L’odorat de Cathy-Marie est si développé qu’elle se voit aussi obligée d’éviter d’autres lieux, pourtant très prisés par les jeunes de son âge, comme les parfumeries ou les fast-food. Quant aux grands magasins, elle s’arrange toujours pour y passer le moins de temps possible, pour ne pas trop s’exposer aux lumières fortes et à l’ambiance musicale qui la fatiguent.

« Je sors avec des écouteurs, une casquette et un foulard sur le nez »

Chaque sortie en ville nécessite chez elle une forme de préparation mentale. « Je dois anticiper l’ensemble des choses auxquelles je vais être confrontée pour mieux les accueillir et moins me sentir attaquée ». Mais aussi une préparation physique : avant chaque incursion dans le monde extérieur, Cathy-Marie place sur son nez un foulard, et sur sa tête des écouteurs et une casquette pour limiter son champ de vision.

Une fois dehors, commencent le « bras de fer avec [s]on cerveau, pour l’obliger à ne pas voir, pas entendre, pas sentir » et les techniques de respiration consciente en cas d’angoisses. Mais malgré toutes ces complications, la vingtenaire considère Paris comme un «très beau terrain de jeu ». « La ville condense plus de bonnes choses que de mauvaises pour des hypersensibles par essence curieux, hédonistes et épicuriens », estime-t-elle. «C’est une mine d’or inépuisable concernant l’esthétisme architectural, les musées, ou la variété des restaurants, épiceries, commerces de bouches… Elle me permet de m’éveiller ».

Certains hypersensibles ont besoin de la stimulation des villes

Hypersensibles à Paris, Photo by Stephanie LeBlanc on Unsplash
Hypersensibles à Paris, Photo by Stephanie LeBlanc on Unsplash

 

Étonnant ? Pas tant que cela d’après Charlotte Wils, coach spécialiste de l’hypersensibilité à Paris. « Certaines personnes hypersensibles ont besoin de calme, de silence et d’un rythme de vie paisible. […] Mais d’autres préfèrent la stimulation des villes qui leur permet d’avoir des sensations et de ne pas s’ennuyer. Cela serait un cliché de croire que toutes les personnes hypersensibles n’aiment pas vivre dans les grandes villes ». D’autant plus que la capitale française dispose au contraire, selon la spécialiste, de sérieux atouts pour les sécuriser. Comme la possibilité d’y faire des courses dans des commerces de proximité et de ne pas être obligé de faire des trajets quotidiens au volant d’une voiture.

Voilà qui expliquerait que Sofia, 35 ans, soit tant attachée à Paris, alors que cette ville l’érafle. Celle qui a sans arrêt le sentiment d’y subir des « micro-agressions » et qui a fréquemment les larmes aux yeux en voyant « tous ceux qui dorment dans la rue », voit aussi sa créativité stimulée par la capitale. « Paris m’inspire artistiquement ».

Des rituels à mettre en place pour s’apaiser

Pour maintenir cet équilibre délicat, la trentenaire choisit avec minutie les lieux qu’elle fréquente : « Je déniche toujours des petits salons de thé cosy dans lesquels je me sens comme à la maison. J’y déguste mon petit café tout en dessinant ou en lisant un bouquin, et j’oublie complètement le côté insupportable de Paris ». Un bon réflexe selon Charlotte Wils qui conseille aux hypersensibles de « trouver des lieux dans leur quartier dans lesquels ils vont se sentir bien et en sécurité et où ils vont pouvoir créer des habitudes, et peut-être avoir des relations très simples de convivialité ».

La convivialité, les personnes hypersensibles peuvent aussi la trouver auprès des membres de l’Association des Hyper-sensibles, qui organisent régulièrement des rencontres ouvertes à tous à Paris. Des échanges en petits groupes dans des parcs l’été et des cafés (calmes bien sûr) l’hiver, qui ont pour vocation de créer du lien entre des personnes qui se sentent souvent en décalage avec le monde. De quoi s’enrichir de l’expérience des autres et partager astuces et bonnes adresses en adéquation avec leur particularité.