Interview : 10 questions posées à la street artiste française Kashink

Reconnaissable entre mille avec sa griffe très colorée et ses femmes à moustache, Kashink embellit les rues de Paris grâce à ses créations atypiques. Rencontre en 10 questions.

Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ?

C’est une onomatopée que j’ai lue dans un comics quand j’étais ado, comme BOOM ou BANG! J’ai tout de suite aimé ce mot, la sonorité, le double K au début et à la fin du mot, c’est tout de suite devenu mon tag.

Depuis quand exerces-tu cet art et, par extension, quelle a été ta première oeuvre ?

Je sais pas si je peux considérer que mes premiers tags sont vraiment des « œuvres », mais j’ai pas mal bossé le dessin sur des stickers dans un premier temps. J’en ai collé plein à Paris, début des années 2000. Le premier mur que j’ai fait avec des portraits était dans un collège en travaux il y a une quinzaine d’années, dans le sud de la France. Il y avait plein de salles de classe vides qui allaient être détruites, du coup je me suis lâché, j’en ai fait plein !

10 questions posées à l'artiste de rue Kashink
La street artiste Kashink en 10 questions – (c) Wesley Bodin

Tu as une moustache tatouée sur le visage et tes créations en possèdent également une. Pourquoi un tel attachement à cet attribut ?

Je vais briser ton fantasme : c’est du maquillage. Tous les matins je me tartine la gueule, je me mets ces deux traits que d’autres mettent sur leurs sourcils ou eye-liner. J’aime l’idée d’avoir cette conscience de mon geste, de la manière dont je me présente au monde depuis 5 ans, tous les jours. C’est un aspect de mon travail qui est de l’ordre de la performance. Je le relie complètement à cette autre forme d’art public que je fais sur les murs.

C’est hyper intéressant de prendre ce geste tellement acquis du maquillage féminin et d’en faire totalement autre chose.
Je bosse en ce moment sur un livre, où je vais compiler plein d’anecdotes que j’ai notées depuis cinq ans sur plein d’histoires que j’ai vécues avec cette moustache. Je pense le sortir cette année.

Quels sont les principaux messages que tu véhicules à travers le street art ?

La célébration de la diversité, qu’elle soit culturelle ou de genre, de mode de vie. C’est vraiment intéressant de voir toutes les manières qu’il y a d’être un humain, et comment chacun trouve sa voie. Mon travail parle de l’identité, de cette recherche qu’on a tous, je pense. J’essaie de faire passer des message plutôt positifs, de tolérance et de respect de l’autre.

Je me considère comme une activiste. Que ce soit dans les thèmes que j’aborde sur les murs, ou dans cette performance perpétuelle de moustache, qui me permet de remettre en question les codes esthétiques, les normes. Ce geste permet aussi de créer un lien social, un échange quotidien avec des inconnus, avec lesquels je peux parler de féminité, et de la liberté qu’on s’accorde ou pas à s’habiller/se maquiller/se présenter comme on veut.

Arrives-tu à vivre à 100% du street art ou exerces-tu une activité annexe ?

Je vis de ma peinture depuis quelques années. Pas de travail alimentaire à l’horizon, mais je développe de plus en plus d’autres projets : films, musique… Pas du tout rentables, pour l’instant…

Quel est ton quartier de prédilection à Paris pour pratiquer le street art ?

Paris-Est et en particulier le 20e, mon quartier préféré.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par kashink1 (@kashink1) le

 

As-tu déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

J’ai fait beaucoup de collab’ au début. C’est une tradition dans l’art urbain de peindre à plusieurs. On se partageait un mur, on se fixait un thème à l’époque, ou un code couleur. Je peignais avec des potes qui avaient un style un peu figuratif ou graphique. Je pense notamment à SEIZE ou REKM, avec qui j’ai beaucoup collaboré à mes débuts. Il y a eu aussi SETH (Julien Malland), on allait des terrains vagues dans le 20e, y a très longtemps.

J’ai beaucoup peint seule aussi, car j’aime être autonome et indépendante. Mais l’été dernier j’ai fait une collab’ que j’adore avec Kristen Liu-Wong. On a fait une expo en-semble à New York.

Avec quel street artiste français, ou étranger, adorerais-tu t’associer pour une création future ?

Franchement, aucun. Pendant un moment, j’aurais bien aimé rencontrer certains comme BLU ou Neckface. Mais maintenant je passe un peu à autre chose. Ca fait plus de 15 ans que je peins donc j’ai un peu fait le tour des artistes et de la pratique.
Si je devais avoir une collab’ de rêve je ferai plutôt un film avec Jean-Luc Verna ou un album de musique expérimentale avec Chassol.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

Travaille ton style. Démarque-toi des autres sans tomber dans la facilité. Voyage à tes frais, comme je l’ai fait longtemps, pour peindre dans d’autres pays, rencontrer d’autres artistes. Intéresse-toi à autre chose que le street art, et travaille, travaille, pour perdurer dans le temps et ne pas rester sur tes acquis.

Puisque nous sommes à Paris, as-tu des bonnes adresses pour boire un verre et se restaurer à Paname ?

Je suis très fan de bouffe et de picole donc je pourrais te donner un paquet d’adresses. Pour boire on va rester simple, une bonne bière au Bouillon Belge, rue Planchat, dans le 20e. Pour manger, le Grand Bol à Belleville. Je ne me lasse pas de leurs coques sautées avec cette sauce tellement bonne que je pourrais me baigner dedans.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par kashink1 (@kashink1) le