James Barry, femme médecin incognito

James Barry est un éminent chirurgien du XIXe siècle qui a fait le tour du monde pour sauver des vies. Mais sous ce costume d’homme se cachait en réalité une femme !

 


James Barry

C’est à la toute fin du XVIIIe siècle, dans la petite ville de Cork en Irlande, que naît Margaret Ann Bulkley. Bientôt sa mère se retrouve seule et sans ressource et trouve alors refuge avec son enfant auprès de son frère, le célèbre peintre irlandais James Barry installé à Londres où il enseigne à l’Académie royale. Dans la capitale britannique, la fillette est plongée dans le grand monde londonien, bénéficie d’une bonne éducation et se découvre peu à peu une passion pour la médecine. C’est décidé, plus tard, elle sera médecin ! Petit bémol, dans l’Angleterre de l’époque georgienne les femmes sont surtout destinées à devenir des épouses obéissantes et de gentilles maîtresses de maison. Seul l’exercice de quelques professions leur est accordé : les plus chanceuses et les plus éduquées peuvent ainsi devenir gouvernantes ou maîtresses d’école. Et puis médecin, de toute façon, c’est un boulot d’homme !

Mais lorsqu’en 1806 l’oncle de Margaret décède en lui laissant un petit héritage, elle décide de tenter le tout pour le tout : se travestir en homme pour pouvoir s’inscrire à l’université et utiliser cet argent pour financer ses études. Quelque temps plus tard, c’est un tout petit jeune-homme aux cheveux courts qui se présente tête haute au service des inscriptions de l’université d’Édimbourg en Écosse. Le garçonnet s’inscrit en section Médecine et Littérature sous le nom de James Miranda Barry, et ça passe crème. En 1812, James passe sa thèse et remporte son diplôme au Collège royal de chirurgie de Londres devenant ainsi — dans le plus grand secret — la première femme médecin britannique. La même année, il rejoint en tant qu’assistant l’équipe du célèbre chirurgien Astley Cooper au Guy’s Hospital Medical School : un parcours brillant pour ce jeune docteur âgé officiellement de seulement dix-sept ans. Mais notre Écossaise ne s’arrête pas là !

 

 


Dr James Barry à Cape Town vers 1818

En 1813, James décide de s’enrôler dans l’armée et y intègre les services médicaux sur une base militaire à Plymouth. Nommé assistant-chirurgien, il est ensuite envoyé en garnison en Afrique du Sud, au Cap, où il met en place d’importantes réformes sanitaires et se bat avec acharnement pour l’amélioration de l’alimentation et des conditions de vie des patients atteints de la lèpre et de la variole ainsi que des personnes recluses en prison et en asiles psychiatriques. Mais avec sa vision progressiste, ce type brillant, admiré et respecté de tous, commence sérieusement à en énerver quelques-uns. Il faut dire qu’en plus, avec sa mine excentrique, son visage doux, sa lèvre sans poil et ses joues glabres, cet éminent docteur aux grands yeux bleus et aux cheveux blonds vénitiens légèrement frisottés s’est déjà fait une réputation de tombeur auprès des dames. Rapidement, des rumeurs et des tracts calomnieux l’accusent d’entretenir des relations homosexuelles avec lord Charles Somerset, le gouverneur général de la colonie du Cap, avec lequel le docteur entretient une amitié très fusionnelle. Peu de temps après, James décide de prendre le large et s’embarque pour l’île Maurice où sévit une épidémie de choléra puis revient au Cap l’année suivante où il réalise avec brio une césarienne, opération extrêmement risquée à l’époque. En 1831, il officie en Jamaïque où il connaît des démêlés avec la justice locale et est arrêté pour avoir tenté de défendre les droits des prisonniers. Il poursuit alors ses pérégrinations à Saint-Hélène, dans les Caraïbes, à Trinité-et-Tobago, à Malte et Corfou puis en Crimée lorsque la guerre y éclate et que les hôpitaux manquent cruellement de médecins.

 


Dr James Barry (Hulton Archive, Getty Image)

Le Dʳ James est sur tous les fronts, ce qui lui vaut d’être nommé au très prestigieux grade d’inspecteur général chargé des hôpitaux militaires de l’armée britannique et est envoyé au Canada où il continue à prodiguer ses sages conseils et à améliorer le sort des prisonniers et les lépreux. Mais sa santé se fragilise, il souffre de bronchites à répétition et, après avoir soigné avec amour des centaines de patients, c’est à son tour de tomber gravement malade. Il décède le 25 juillet 1865 à Londres, probablement de la dysenterie, après quarante ans d’une prodigieuse carrière de chirurgien et cinquante-six ans de travestissement. Ce n’est qu’à sa mort que l’on découvre que le célèbre docteur Barry était en réalité une femme !

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