La Cité Audacieuse, premier lieu parisien dédié aux droits des femmes

« Il était temps que les associations féministes aient leur « chambre à soi ». Voici le constat établi par la Fondation des Femmes, à l’origine de la naissance d’un lieu unique en son genre et entièrement dédié au rayonnement des droits des femmes.  

Mise à jour : depuis la réalisation de cette interview, la Cité Audacieuse a été contrainte de fermer temporairement ses portes en raison du confinement. Les associations ont néanmoins mis en place des permanences téléphoniques pour venir en aide aux femmes dans le besoin. Toutes les infos sur le site de la Cité Audacieuse.

cité audacieuse
© Cité Audacieuse

 

Situé 9 rue de Vaugirard dans le sixième arrondissement, la Cité Audacieuse est le fruit d’une longue réflexion de la part du secteur associatif féministe et des pouvoirs publics. Son but est de réunir sous le même toit des associations et des porteuses et porteurs de projets féministes, mais également d’offrir un lieu d’accueil et de réflexion aux publics citoyens et militants.

À la Cité Audacieuse, ouverte depuis le 5 mars dernier, il est donc possible de :

  • Profiter d’une programmation culturelle axée sur les droits des femmes à travers des ateliers, des expositions ou des conférences, qui ont lieu au sein du café associatif tenu par Mona de My Little Paris ;
  • Participer à des chantiers et des activités mêlant féminisme et écologie dans le coin « nature » du lieu ;
  • Bénéficier des permanences gérées par différentes associations spécialisées, notamment dans le domaine juridique ;
  • Enregistrer des podcasts grâce au studio mis en place par La Poudre.

Mais surtout, ce cluster féministe encourage l’émulation et l’incubation de projets en hébergeant les bureaux de plusieurs associations résidentes et en mettant à disposition plusieurs espaces de travail partagés. Un véritable écosystème associatif motivé par une seule devise « Liberté, Egalité, Sonorité ».

Enfin, la rénovation du bâtiment a été confiée à un collectif d’architectes féministes, le MEMO (Mouvement pour l’Equité dans la Maîtrise d’Oeuvre) et a missionné le cabinet Genre et Ville pour l’aménagement de ses espaces intérieurs.

Pour en savoir davantage sur cette Cité Audacieuse et les motivations qui l’animent, mais surtout sur leurs chantiers et missions depuis 2016, on a interrogé Floriane Volt, porte parole de la Fondation des Femmes.

© Cité Audacieuse

A Nous Paris : Qui est à l’initiative de la Fondation ?

Floriane Volt : La Fondation des Femmes est née en mars 2016. Elle est le fruit de plusieurs personnes, emmenées par Anne-Cécile Mailfert, ancienne porte-parole d’Osez le Féminisme, aujourd’hui présidente de la Fondation des Femmes, sur le constat du manque criant de moyens pour les associations appartenant au secteur du droits des femmes.

Beaucoup de causes avaient leur fondation – c’est-à-dire une structure dédiée à la levée de fonds pour les associations – mais pas les femmes ! La Fondation des Femmes a été créée parce qu’il est illusoire de penser qu’on atteindra l’égalité sans moyens dédiés.

Quels sont les différents pôles de compétences de la Fondation ?

L’organisation de l’équipe permanente de la Fondation des Femmes reflète nos actions : un pôle communication et collecte auprès du grand public, un pôle mécénat pour nos relations avec les entreprises, une personne chargée de l’événementiel pour nos grands évènements comme la Nuit des Relais ou le Concours d’éloquence, ainsi qu’une personne chargée des relations avec les associations et des stagiaires avocates qui animent le réseau d’avocat.e.s de la Force juridique.

Récemment nous avons créé un pôle pour l’animation de la Cité Audacieuse, un bâtiment dédié au rayonnement des droits des femmes, en plein coeur de Paris, piloté par la Fondation des Femmes.

Quelles sont les actions de la Fondation ?

Nous apportons trois types de soutien aux associations du secteur des droits des femmes : financier, matériel et juridique.

  • Un soutien financier, parce l’argent est le nerf de la guerre pour que les associations puissent développer de nouvelles solutions pour mieux lutter contre les violences faites aux femmes et faire avancer l’égalité. Nous lançons des campagnes et organisons des évènements pour collecter de l’argent que nous reversons à 100% aux associations. Nos évènements phares sont la Nuit des Relais, une course solidaire qui réunit particuliers et entreprises et dont la dernière édition s’est déroulée le 25 novembre sous la nef du Grand Palais à Paris, et le Prix Gisèle Halimi, un concours d’éloquence qui permet de mettre en valeur les prises de paroles sur des sujets liés aux droits des femmes. Les femmes aussi ont de beaux discours, il faut savoir les écouter.

En 2019 nous avions réussi à réunir près d’un millions d’euros pour aider les associations de lutte contre les violences conjugales.

  • Un soutien matériel ensuite – avec depuis 2016, l’ambition d’apporter aux associations des lieux pour se développer. Ce sont les expériences de bureaux partagés que nous avons menées et récemment la Cité Audacieuse, premier lieu dédié au féminisme en France que nous avons inaugurée le 5 mars 2020.
  • Enfin, 3ème soutien : un soutien juridique avec une Force juridique composée de près de 150 avocat.e.s qui répondent pro bono aux besoins des associations ou qui s’intéressent à faire avancer les droits des femmes, dans la loi et devant les tribunaux.

Sur quels projets vous inscrivez-vous en général ?

Nous orientons les fonds collectés sur les projets sélectionnés par un COMEX qui réunit des personnalités qualifiées et qui est chargé d’identifier les problématiques nécessitant un renfort de moyens. Pour 2016-2019, notre action se déroule sur 3 axes : l’aide aux femmes en situation de précarité, l’accès à la justice et l’accompagnement des femmes victimes de violences, et la représentation et l’image des femmes.

Quels sont les outils pédagogiques mis en place ?

Notre site internet fourmille d’informations sur nos actions. Nous avons aussi une communication que l’on souhaite efficace sur les réseaux sociaux. Enfin la Force juridique de la Fondation des Femmes a rédigé plusieurs guides pour mieux informer les femmes de leurs droits, par exemple pendant la grossesse et l’accouchement ou pour lutter contre les inégalités salariales.

Quelles sont vos initiatives ?

Notre actualité est riche ! Avant le début de la crise sanitaire, nous venions d’inaugurer la Cité Audacieuse, le premier lieu dédié au rayonnement des droits des femmes et du féminisme en France qui se trouve au 9 rue de Vaugirard à Paris.

C’est un lieu ouvert au public qui réunit plus d’une quinzaine d’associations féministes qui y ont leurs bureaux, ainsi qu’un espace d’animation pour accueillir une programmation ambitieuse liée au féminisme. Lorsque la crise sanitaire sera terminée chacun.e pourra venir y prendre un café, assister à une conférence, un atelier féministe…

Nous sommes très fières de ce projet qui nous mobilise depuis plusieurs années et que nous avons réussi à concrétiser avec le soutien de la Mairie de Paris. Il était temps que les associations féministes aient leur “chambre à soi”, pour reprendre l’expression de Virginia Woolf.

Quels sont selon vous les chantiers d’urgence en matière de défense des droits des femmes ?

Avec le début du confinement, les associations de lutte contre les violences faites aux femmes nous ont très vite fait part d’une hausse des violences conjugales.

Nous avons donc décidé de lancer un fond d’urgence avec un appel à la générosité publique auprès des particuliers et des entreprises.

Fondation des femmes
Appel au dons pour lutter contre les violences conjugale pendant le confinement

 

Nous avons réuni à ce stade plus d’un million d’euros et débloqué des solutions pour l’hébergement d’urgence de femmes victimes de violences et de leurs enfants. Nos partenariats avec des marques nous permettent de fournir des meubles et autres matériels de premières nécessités aux femmes accompagnées par ces associations, mais aussi de fournir aux associations le matériel nécessaire pour qu’elles puissent continuer leur travail malgré le confinement, comme des ordinateurs portables et téléphones.

Est-il possible d’être bénévole à la Fondation ?

Bien sûr. Nous avons plus de 2500 bénévoles que nous sollicitons pour l’organisation de nos évènements par exemple, mais aussi qui mènent des actions propres : cela fait 3 ans que nos bénévoles organisent en [mai] une collecte de protections hygiéniques dans les supermarchés en France qui sont ensuite redistribuées à des associations. Certains bénévoles ont aussi des compétences professionnelles précieuses (par exemple en graphisme, en informatique ou en tant qu’avocat.e) dont ils nous font bénéficier à titre pro bono.

Pour se proposer comme bénévole à la Fondation des Femmes : https://fondationdesfemmes.org/en-tant-que-particulier/etre-benevole/

Qui sont vos partenaires ?

Nous pouvons compter sur le soutien de beaucoup d’entreprises, et cela de plus en plus depuis que le sujet des violences faites aux femmes est mieux identifié dans la société à la suite du Mouvement MeToo, comme par exemple La Fondation L’Oreal, Le Groupe Saint Gobain ou encore la SNCF…

Nous avons aussi des marraines de choc et un beau réseau d’ambassadrices parmi lesquelles Julie Gayet ou Muriel Robin qui nous aident à donner de l’ampleur à nos campagnes de dons. Nous avions lancé avec elles en 2018 la campagne #MaintenantOnAgit pour la mobilisation du cinéma contre les violences faites aux femmes.

Comment soutenir la Fondation en tant que particulier ?

La première des actions est de donner ! 100 % des dons collectés par la Fondation des Femmes sont reversés aux associations de terrain qui œuvrent sans relâche pour lutter contre les violences faites aux femmes. Notre opération 8 € tous les 8 du mois propose à toutes et à tous de s’engager pour la cause en donnant chaque mois via un prélèvement automatique mis en place sur notre site internet. Ce soutien assure de faire durer le 8 mars toute l’année ! Après déduction fiscale, c’est l’équivalent d’un café par mois et pour faire progresser concrètement les choses, c’est très précieux car nous avons besoin d’inscrire nos actions dans la durée.

Vous pouvez aussi soutenir la Fondation des Femmes sur ses réseaux en partageant nos actus et bien sûr nous rejoindre en tant que bénévole !

Quels sont les événements organisés par la Fondation et ceux dont elle est partenaire ?

Nous avons plusieurs actions en préparation pour 2020 ou 2021 comme l’organisation du concours d’éloquence ou l’organisation de la Nuit des Relais pour la 2ème fois à Bordeaux et la 5ème fois à Paris. Cela bien sûr en fonction de l’évolution de la crise actuelle mais nous ne perdons pas notre énergie pour les droits des femmes, car les violences ne s’arrêtent malheureusement pas par temps de confinement !