La grossophobie est-elle pire à Paris qu’ailleurs ?

Où que l’on soit en France, être gros expose à du mépris, des critiques et de véritables discriminations. Si la bêtise est évidemment partout, la grossophobie n’est-elle pas plus importante dans les grandes villes, et qui plus est dans celle de la « mode », Paris ? Nous avons tenté de répondre à la question.

 

D’importantes discriminations à l’embauche

la grossophobie rend l'accès à l'emploi plus compliqué pour les personnes en surpoids
© Tim Gouw on Unsplash

 

« Grossophobie, stop ! Ensemble, réagissons ». Voilà comment Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris pour la lutte contre les discriminations et les droits humains, a baptisé sa journée dédiée à la grossophobie à Paris. Fixée au 15 décembre 2017, celle-ci fut l’occasion d’annoncer une série d’actions concrètes : campagne d’affichages dans les établissements municipaux, sensibilisations en milieu scolaire et auprès des personnels médicaux. Mais aussi au niveau des différentes directions de la ville pour « veiller à des processus de recrutement plus justes ».

Car s’il y a un domaine dans lequel être gros est un réel handicap, c’est bien celui de l’emploi. Selon un sondage 2016 du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail, les femmes obèses sont 8 fois et les hommes obèses 3 fois plus discriminés à l’embauche. Cette injustice est-elle plus importante à Paris qu’ailleurs ? Même si la capitale concentre beaucoup plus de professions en lien avec l’apparence et/ou nécessitant un rôle de représentation, il est difficile de l’affirmer.

 

Un taux d’obésité plutôt faible dans la capitale

<small>©Paul Robert on Unsplash<small>
©Paul Robert on Unsplash

 

Ce qui semble en revanche certain, c’est le malaise d’être en surpoids dans une ville où les « minces » sont nombreux. Selon une étude Obepi-Roche de 2012, la région parisienne figure parmi les régions où l’on trouve le plus faible taux d’obèses, avec 13,2%. Un chiffre en deçà de la moyenne nationale qui se situe à 14,5%. A tel point que des journalistes du Washington Post ont surnommé Paris la « Capitale des sveltes ».

« Voilà encore une ville où le petit déjeuner de prédilection se compose d’un expresso et d’une cigarette. À la limite, on s’autorisera une goutte de lait dans son café. Quand vient le soir, l’apéro – un bon verre de vin rouge, peut-être accompagné d’amuse-gueules, peut absolument compter pour un repas. Et bien entendu, de nombreux Parisiens se rendent partout à pied et grimpent des escaliers raides pour rejoindre les minuscules appartements qui leur coûtent les yeux de la tête”, écrivaient-ils dans leur article de 2017.

 

« Les gros ne rentrent pas dans la vitrine du chic à la parisienne »

<small>La blogueuse Ninaah ©Ninaah Bulles<small>
La blogueuse Ninaah ©Ninaah Bulles

 

Cette caricature à la dent dure, c’est justement ce que Ninaah, auteure ronde du blog Ninaah bulles, accuse d’être à l’origine de la grossophobie parisienne. Une discrimination plus importante qu’ailleurs selon elle, à cause de la « vitrine que Paris représente à travers le monde ». « Le gros n’a pas sa place dans cette vitrine. Il donnerait une mauvaise image de la France et du chic a la française, qui veut que la Parisienne soit mince, chic et délicate. Ici on est vite considérées comme grosse. Alors quand on dépasse une taille 44, c’est inimaginable… ».

« Inimaginable », c’est aussi l’adjectif que l’on pourrait utiliser pour qualifier la vie des personnes en surpoids à Paris, d’un point de vue plus pratique. Et la galère commence dès le matin, dans les transports en commun : « il n’est pas toujours simple pour les gros de passer les portiques. Il y a beaucoup d’escaliers, ce qui peut être très fatigant pour eux, et les places sur les sièges ne sont pas du tout adaptées à leur taille. Ce qui provoque des regards blessants et parfois même des remarques de la part d’autrui », nous explique à ce sujet Pascale Champagne, vice-présidente de l’association Allegro Fortissimo (association parisienne de soutien et défense des personnes de forte corpulence).

 

« Dans un resto italien en vogue, il faisait des bruits de cochon devant moi »

©Valentin B. Kremer on Unsplash
© Valentin B. Kremer on Unsplash

 

S’installer dans un café parisien ou sur une terrasse peut aussi être une véritable épreuve pour les personnes en surpoids, rapidement cibles de regards. « Dans beaucoup de restos à Paris, on associe le gros avec la malbouffe », regrette Pascale qui refuse cependant de penser que la situation est pire à Paris qu’ailleurs. « Une fois, un homme d’environ 40 ans qui entrait dans un restaurant italien très en vogue en ce moment, s’est arrêté devant moi et m’a dit « je ferais bien de me dépêcher, sinon il ne restera rien quand je vais arriver », en faisant des bruits de cochon », nous confie à ce sujet Ninaah. Une scène surréaliste.

Seul domaine dans lequel les personnes corpulentes pourraient être plus vernis à Paris qu’en province : les boutiques de vêtements adaptés que l’on pourrait naïvement penser plus nombreuses dans la capitale de la mode. Mais là encore, il s’agit d’une erreur, selon la vice-présidente de l’association Allegro Fortissimo. Hormis les grandes chaînes de vêtements qui proposent pour certaines des rayons grandes tailles (H&M, C&A, Kiabi…), le réseau de boutiques spécialisées n’est selon elle pas plus développé qu’en province. « Même dans les boutiques qui en proposent sur le boulevard Haussmann, la rue Rivoli ou Châtelet Les Halles, il est très dur de retrouver les grandes tailles », regrette Ninaah. « Les rayons sont cachés au sous-sol, sous des escaliers, ou sont carrément inexistants. Ce qui est vraiment triste… ».