La Révolution française en 8 lieux à Paris

Alors que le film Un peuple et son roi fait revivre avec intensité la Révolution française, son réalisateur Pierre Schoeller nous a guidés à travers Paris sur les lieux de son tournage et de notre histoire.

 

Tournage du film Un peuple et son roi. Jérôme Prebois © Archipel 35

 

Marat, Robespierre, Danton, mais également l’Assemblée nationale, la Bastille… « Les lieux de la Révolution, c’est très important pour le film, lance Pierre Schoeller en commençant son parcours. Il y a dans Un peuple et son roi une espèce d’obsession d’aller au passé sans en faire une vénération, juste de s’approcher au plus près des lieux et des gens ». Une approche possible aussi pour tout à chacun car on peut humer l’air révolutionnaire, simplement en déambulant dans Paris. Et comme il ne reste plus rien de la prison de la Bastille, symbole de la Révolution par excellence, c’est par les environs de la Concorde que nous entamons notre visite, là où Louis XVI a perdu la tête.

La Madeleine

S’il concède ne pas être historien et nous guider avec son regard de cinéaste, Pierre Schoeller connaît bien son sujet. « Une fois le roi exécuté, sa dépouille est emmenée pour être mise dans la chaux vive. Elle passe devant la Madeleine en montant vers Monceau. Étrangement, toutes les rues autour de la Madeleine portent des noms de défenseurs du roi, de son avocat, des députés qui ont voté l’exil. C’est comme une conjuration de l’exécution qui a eu lieu place de la Concorde ». 

 Place de la Concorde

Place de la Concorde
Place de la Concorde © GettyImages

 

Difficile d’imaginer aujourd’hui en voyant le ballet de voitures permanent que Louis XVI a été décapité le matin du 21 janvier 1793, sur la place de la Révolution, ancienne place Louis XV devenue la place de la Concorde en 1795. Pourtant, quelques vestiges subsistent : « Les deux bâtiments de la marine étaient là, la rue Royale aussi, mais pas l’obélisque, ni la statue équestre de Louis XV remplacée en 1792. C’était une place où il y avait des pavés et de la terre. Les balustres et terrasses du jardin des Tuileries étaient comme aujourd’hui, mais on était plus bas sans le bitume ». Pour les besoins du film, la place a été reconstituée sur une grande esplanade en terre à Cergy-Pontoise (95), avec 150 figurants et des fonds verts sur lesquels le studio d’effets spéciaux Buf a redessiné toutes les façades.

La Maison Duplay

À deux pas de là, au 398 de la rue Saint-Honoré, se trouve la maison Duplay qui a hébergé Robespierre. « Au moment de la fusillade du Champ-de-Mars le 17 juillet 1791, il y a des gardes partout, un début de répression, et Robespierre se réfugie chez un ami, monsieur Duplay. Il y reste plusieurs nuits puis s’y installe jusqu’à la fin de sa vie ». Si l’appartement privé n’est pas visitable, une plaque signale la présence du révolutionnaire dans cette rue de passage des charrettes, transportant les condamnés pendant la Terreur.

Le Manège

En revenant sur la rue de Rivoli, on se dirige vers le Manège qui a abrité l’Assemblée quand elle a quitté la salle du Jeu de paume à Versailles en 1789. Lieu où Louis XVI avait appris à faire du cheval, le bâtiment a été aménagé pour accueillir les 1 318 députés des États généraux et le public prenait un ticket le matin pour assister aux débats. « C’est là qu’on a voté la première Constitution de la France, la première législative, et la mort du roi ». Pourtant inutile d’en chercher la trace. Situé sur l’avenue de Rivoli, en face de l’hôtel Meurice, le Manège a été détruit lorsque l’actuelle rue de Rivoli, anciennement un cul-de-sac, a été percée sous Napoléon.

Les Tuileries

Jardin des Tuileries
Jardin des Tuleries © GettyImages

« Les jardins des Tuileries étaient fermés parce que le roi y séjournait à partir d’octobre 1789. À l’été 1792, après une mobilisation populaire pour le déloger, le roi est emmené à la prison du Temple, à côté de la rue de Bretagne qui est aujourd’hui un square. Au fond du jardin, le palais des Tuileries rejoignait les deux ailes du Louvre. Sous la Terreur, l’Assemblée a quitté le Manège pour les Tuileries et le Comité de salut public siégeait également là ». Excepté les terrasses, les bassins et les jardins qui ont gardé leur structure (à part l’aménagement paysagiste différent), le Palais a disparu, ravagé par un incendie volontaire provoqué par des communards en 1871.

La Cour du Palais

Au fond du jardin des Tuileries, sur la pelouse où les gens bronzent désormais, s’étendait la cour du Palais, terrain de bataille de l’insurrection du 10 août 1792, durant laquelle le peuple a pris le Palais de force. « La mobilisation populaire était 100 fois supérieure à la défense du Palais ; les troupes de Bailly, le maire de Paris, ont exfiltré le roi au petit matin à la salle du Manège ». S’il ne reste plus rien de la cour du palais des Tuileries, le violent combat a été reconstitué dans la Cour carrée du Palais du Louvre dont l’architecture est identique.

Le Champ-de-Mars

Champs de Mars
Champs-de-Mars © GettyImages

 

Si l’envie vous prend de redescendre jusqu’au Champ-de-Mars, sachez qu’à l’origine, l’école militaire s’en servait de terrain de manœuvres. « Les révolutionnaires cherchaient une grande esplanade pour faire la Fête de la Fédération, et ils se sont mis dans l’idée de creuser là une vaste arène. C’est un chantier qui a mobilisé les étudiants, les enfants, les bourgeois et les milieux populaires, tous ceux qui montraient leur solidarité avec la Révolution. Et c’est comme ça qu’est né le chant « Ça ira/La terre est dure mais ça ira/On réussira ». Et suite à la fuite du roi à Varennes, il y a eu une grande pétition pour réclamer sa déchéance, et la foule s’est fait charger par la garde nationale le 17 juillet 1791 »

L’imprimerie de Marat

« Marat habitait à côté de l’école de médecine, et il avait son imprimerie qui éditait L’Ami du Peuple au 8 du passage de La Cour du Commerce-Saint-André (6e) ». Ironie du sort, en face de l’imprimerie, « il y avait un luthier allemand à qui on a demandé les pièces de bois pour perfectionner la guillotine. Et on a fait des essais sur un mouton dans ce passage. Pendant la Terreur, il y avait une guillotine place de l’Odéon, mais elle a été emmenée place de la Nation, parce qu’il y avait trop de sang, le voisinage se plaignait ».

La Révolution invisible ?

« En faisant le film, je me suis aperçu que tous les lieux politiques fondateurs de la Révolution, le Manège, le Palais des Tuileries, le Comité de salut public avaient disparu, recouverts par le temps de Bonaparte, de l’Empire, des Restaurations. Il n’y a même pas de rue Robespierre à Paris. Mais cette proximité de l’histoire, c’est tout le mystère du film. C’est là, et ce n’est plus là. Il y a une espèce de magie à sentir cette présence-là, tout en ayant l’histoire du XIXe et du XXe qui est passée par-dessus »


Un Peuple et son roi, de Pierre Schoeller, avec Adèle Haenel, Olivier Gourmet, et Gaspard Ulliel. Drame historique. En salles actuellement.