L’aparté de la semaine : la colère de la toile

Une récente étude faisait état de la colère grandissante sur les réseaux sociaux. Si les internautes ont une défiance toute particulière à l’encontre de la sphère politique et médiatique, rapport au fait qu’aujourd’hui, tout le monde dit un peu tout et n’importe quoi, Facebook et Twitter sont devenus depuis quelque temps des plateformes où les injures, les attaques gratuites et les commentaires incendiaires sont monnaie courante. Comment en est-on arrivé là ?

 

La théorie de l’agenda-setting

colère réseaux sociaux
Grumpy Cat © DR

 

Dans les sciences de la psychologie des médias, la notion d’agenda-setting explique que les médias ont tendance, non pas à dire aux gens ce qu’il faut penser, mais à leur pointer du doigt les sujets sur lesquels il faut réfléchir. C’est ainsi qu’on se retrouve à débattre comme des moutons sur des thématiques qui sont au coeur de l’actualité, sans plus aucune hiérarchisation par rapport à leur importance. La mort d’une célébrité, un nouvel open air à Paris, les résultats des élections européennes, le fin du monde imminente, les perturbateurs endocriniens et les marques à boycotter, la couleur d’une robe, les soap opéras politiques avec leurs scandales en tout genre, la nouvelle coupe de cheveux d’une actrice, les droits des femmes pour l’avortement et les 25 blaireaux qui l’ont remis en cause en Alabama, GOT, l’affaire Balkany, Bilal Hassani à l’Eurovision, Benalla, la mort d’un chat qui fait la tronche…

 

Zappeurs / slashers

A l’image de notre façon de consommer de manière générale, nous avons tendance à zapper et à passer d’un sujet à l’autre en donnant notre avis à peu près sur tout, un peu comme nous montrons et mettons en scène toutes les facettes de notre quotidien. Est-ce le fait que tout le monde s’improvise spécialiste de n’importe quel sujet qui agace à ce point ceux qui n’hésitent pas à être virulents en commentaire de posts ? A l’heure du tout-le-monde nécrologue / photographe / critique culinaire ou de cinéma / spécialiste économique improvisé / politologue de comptoir, ne remet t-on pas en cause la légitimité des autres quand ils s’approprient certains sujets alors que leur avis, on s’en bat royalement le steak ? Ou est-ce un bruit médiatique trop important et un suivisme de masse qui nous donne envie de dire “ta gueule” à tout le monde – sérieux ton avis sur la mondialisation ou tes vacances au bord de la mer, ça intéresse qui ?

 

Le repas de famille qui vire au pugilat

Quoi qu’il en soit, la violence de certains propos est bien souvent hyper exacerbée. Les gens sont-ils devenus plus virulents avec le temps parce que c’est la merde aujourd’hui, qu’ils ont l’impression d’être pris pour des cons et que tout les saoule ou pensent-ils que leur écran d’ordinateur leur sert de bouclier anti skud après avoir eux-mêmes balancé une énorme bombe ? Faut-il vraiment en arriver là pour faire passer un message ?

Si on met en parallèle les interactions online aux repas de famille qui peuvent parfois tourner au vinaigre, c’est là que ça saute aux yeux. Alors certes, tout le monde a connu des dimanches à la maison qui partent complètement en vrille après une discussion politique houleuse. L’incident se terminant généralement avec des éclats de voix, quelques verres qui volent, au pire, et la promesse de ne plus jamais parler politique à la maison après une période de guerre froide de quelques semaines ou quelques mois.

Mais si on transfère les commentaires facebook à la vraie vie, c’est comme si une personne avait le malheur de l’ouvrir en commençant l’entrée et qu’il se prenait une salve d’uppercuts pendant tout le repas à base de “nan mais vazy blaireau tg, tu t’es pris pour qui ???”, “c’est quoi cette réflexion de merde, crève sale raclure !” ou “sérieux, il mérite une grosse tarte dans sa gueule lui” avec toutes les personnes autour de la table qui rigolent nerveusement en levant leur pouce en l’air. L’angoisse…

 

La faute au côté anonyme et au pire fléau qui existe, à savoir l’effet de groupe, des réseaux qui étaient censés nous rassembler ont plus un effet de division qu’autre chose, de quoi réfléchir à en réduire leur utilisation histoire de ne garder que la cordialité des interactions réelles et ainsi ne pas devenir, nous aussi, aigri au dixième degré. Rien qu’à regarder certains fils d’actualité, c’est la crise d’angoisse assurée. A méditer…


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