L’aparté de la semaine : tenir la distance

Dimanche. 8h30. Les rues de Paris sont vides. Le son de la ville n’est pas le même que d’habitude. Il est paisible. Dans le métro, les voyageurs convergent majoritairement vers un même endroit. Le conducteur de la ligne 2 prend le micro pour les encourager une dernière fois.

Schneider Electric Marathon de Paris
Schneider Electric Marathon de Paris – Vue de la nacelle – Champs Elysees ASO/Aurelien Vialatte

 

Charles de Gaulle Etoile. Terminus du jour. Les passagers regagnent la surface pour retrouver le froid mordant. Les nuages, inexistants, laissent place aux rayons du soleil qui réchauffent tant bien que mal ces corps encore endormis par un réveil très matinal. L’avenue Foch est remplie de tentes de chaque côté de la route, derrière deux grosses remorques en bois. Des femmes et des hommes en tenue de sport ont remplacé la circulation habituelle de la place de l’Etoile.

Des petits groupes en pleine conversation slaloment sur les trottoirs pour rejoindre les Champs-Elysées. Certains s’étirent. D’autres sautillent pour garder un semblant de chaleur après s’être délestés des couches de vêtements qu’ile ne garderont pas pour la suite. Des petites bandes organisées en profitent pour récupérer des sacs entiers dans les montagnes de vêtements qui jonchent les pavés de la plus belle avenue du monde.

Une fois le sas rempli, le top départ est donné. Successivement aujourd’hui, ce sont un peu moins de 50 000 personnes qui s’élancent pour les 42,195 kilomètres du Marathon de Paris. Elles viennent de partout dans le monde. Elles sont jeunes ou vieilles, souriantes ou impassibles, déterminées, certainement toutes un peu stressées à l’idée de ne pas vraiment savoir comment leur corps va réagir à cette distance. Car malgré les entraînements et les kilomètres accumulés sur les dernières années ou les derniers mois, on ne sait pas.

Chacun est ici pour se prouver quelque chose, améliorer une performance ou un record, rendre fier quelqu’un, se battre contre une maladie ou pour une cause ou rebondir après la perte d’un proche.

Quand la foule s’élance et bat le pavé en rythme, il y a quelque chose de magique que Paris ne révèle pas souvent d’elle. Elle est majestueuse, éclatante et inclusive. Ses rues deviennent le terrain de jeu de la volonté à toute épreuve et du dépassement de soi. Au fur et à mesure que les kilomètres s’enchainent, que les monuments s’élèvent, que le décor défile et que la ligne d’arrivée se fait attendre, la pugnacité devient palpable et collective.

Dans le Bois de Boulogne, ce ne sont plus de simples coureurs qui fournissent les derniers efforts pour rejoindre la porte Dauphine. Ce sont des combattants. Ils portent en eux des moments d’euphorie, d’espoir, de troubles ou d’appréhension, à l’image d’un condensé de vie, avec ses hauts et ses bas, ses craintes et ses joies, ses coups durs, ses coups bas et ses coups d’éclat.

Ils ont tous une histoire et aujourd’hui, peu importe le chronomètre ou la couleur du dossard, ils sont 48 031 à avoir partagé collectivement une douce sensation qu’on appelle victoire.


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