«L’Aventure prodigieuse de la dentellière et du rhinocéros»

Le 30 avril 1955, au zoo de Vincennes, eut lieu une curieuse rencontre : le peintre Salvador Dali, un rhinocéros nommé François, et « la Dentellière » de Vermeer.

Fasciné depuis son enfance par « la Dentellière », célèbre tableau de Vermeer, Dali se découvre une autre passion au début des années 1950 : la corne de rhinocéros, dont la « perfection », le galbe et la symbolique sexuelle ne peuvent lui échapper. Sans compter, heureuse coïncidence, qu’il vouait déjà une adoration à une table en ivoire lorsqu’il était petit….

Bref, pour le peintre, tout objet dans le monde a la forme d’une corne de rhinocéros. Y compris, et surtout serait-on tenté de dire, le tableau de Vermeer !

De passage à Paris en 1954, Salvador Dali obtient une visite privée au Louvre, et se lance le défi de reproduire « la Dentellière » en une heure. Impossible n’est pas Dali. Pourtant, les 60 minutes écoulées, il n’en avait peint que la tête.

Puisque « la Dentellière » se refusait à lui, elle ne résisterait pas à son autre obsession, la corne de rhinocéros…

Une rencontre entre eux trois fut organisée au zoo de Vincennes, en 1955.

Dali, assis sur une brouette, un crouton de pain symbolisant une corne sur la tête, s’attela à la reproduction de l’œuvre sous le regard impavide de François le rhinocéros, devant lequel une affiche de « la Dentellière » avait été déroulée.

La vengeance n’eut jamais lieu, puisque le rhino refusa de transpercer l’affiche de sa corne, contraignant Dali à le faire au moyen d’une lance. Quand ça ne veut pas…

Un film fut tourné à cette occasion : « L’Aventure prodigieuse de la dentellière et du rhinocéros ».

Finalement, s’inspirant d’une gravure de Dürer, Dali fit en 1956 une sculpture de ses deux obsessions : « le rhinocéros habillé de dentelles », dont on peut voir un exemplaire monumental à Marbella, en Espagne.

 

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