Le Drame des Ternes

Ce 15 juin 1892, en quittant son appartement, situé au 1er étage de son commerce, Mme veuve Pluchet, 44 ans, ne se doutait pas qu’elle vivait ses derniers instants.

A 8h30, la patronne de la boucherie sise 83 avenue des Ternes, s’assoie à la caisse. Elle est rejointe quelques minutes plus tard par Eugène Cousin, 38 ans, son premier garçon boucher, qui lui reproche d’être sortie la veille pour une partie de campagne, sans l’avoir prévenu. La réponse que fait Mme Pluchet provoque sa colère de son employé. Il se saisit d’un long couteau, en porte 18 coups à la veuve, puis, retournant l’arme contre lui, s’en larde la poitrine à 13 reprises, avant de tomber près du corps de sa victime. Un médecin prévenu, ne put que constater le décès de Mme Pluchet. Cousin, encore vivant, fut conduit à l’hôpital Beaujon, où il fit quelques jours plus tard, une tentative de suicide en voulant s’étrangler avec son bandage. Il en réchappa. Son procès eut lieu le 28 décembre 1892, et confirma, s’il en était besoin, que la jalousie était le mobile du meurtre. Eugène Cousin avait noué des relations avec sa victime dès 1881, alors qu’ils étaient employés dans la même boucherie. En 1886, Mme Pluchet s’était établi à son compte, et avait pris Cousin comme premier garçon. Ils continuèrent d’être amants jusqu’en 1889. A cette époque, Mme Pluchet ayant retiré de pension son fils âgé de 15 ans pour le faire vivre avec elle, par respect pour l’enfant, rompit avec son amant. Eugène Cousin en fut fort affecté. Il espérait épouser un jour sa patronne qu’il aimait d’un amour sincère. La crainte qu’un rival ne l’eût supplanté dans le cœur de la veuve, provoqua sa fureur sanglante. Les jurés prirent en compte ses remords sincères, ainsi que les nombreux témoignages de sa probité, et lui accordèrent les circonstances atténuantes. La cour d’Assises de la Seine le condamna à 5 ans de prison. 

© Le Petit Journal supplément illustré 2 juillet 1892

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