Le Kilowatt électrise la zone industrielle de Vitry

Après cinq mois de fermeture hivernale, le Kilowatt ouvre à nouveau les portes de son chapiteau. Après avoir assisté aux préparatifs, on est fixé : c’est dans cette friche  du Val-de-Marne qu’on a envie de passer l’été !

 

Entre une casse de voitures et une centrale thermique endormie, on entre comme par effraction dans ce drôle de terrain où cohabitent un local en préfabriqué, un bal mobile et un grand chapiteau rouge. Pour arriver jusqu’ici, il faut traverser le chaos autour de la gare du RER C Les Ardoines, en travaux pour l’installation d’une station de métro de la ligne 15. Mais où sommes-nous tombés ? « Au Kilowatt, le générateur de festivités ! » me lance dans un grand sourire Elise Oréal-Marmignon, voix éraillée et dreadlocks brunes.

C’est ici que son association, l’Assoce Kipik, s’est installée en février 2018 pour organiser des festivals, concerts et spectacles courus par des jeunes de toute la région parisienne. La chargée de production et de coordination nous apporte du café sur la « plage », étendue de sable juste en face des grandes cheminées de la centrale EDF voisine. « Ici, ça n’est pas un squat », tient à préciser la trentenaire. « La mairie de Vitry voulait dynamiser cette zone industrielle, y implanter une activité festive. EDF a cédé la convention de terrain à la ville, alors elle nous a proposé de nous installer ici pour cinq ans renouvelables. » – une éternité pour ce genre de friches, rares à pouvoir se projeter au-delà de six mois.

Quand les cinq associés sont arrivés ici, il n’y avait rien d’autre que de la terre et un local appartenant à EDF abandonné dans le fond du terrain. Des centaines de bénévoles ont aidé à monter le chapiteau, à bâtir les sanitaires… Et à répartir le sable sur la « plage ».

 

Le chapiteau du Kilowatt © Théo Bourgeot
Le chapiteau du Kilowatt © Théo Bourgeot

 

Depuis un an, Elise Oréal-Marmignon et ses quatre associés viennent travailler ici tous les jours. C’est l’histoire d’une bande d’amis inséparables depuis le lycée, qui ont fondé ensemble en 2002 une association de production de spectacles. Jusqu’ici, les cinq potes squattaient des bureaux dans le centre-ville de Vitry. Ils se sont surtout fait connaître pour le festival de musiques actuelles « Sur Les Pointes« . D’abord organisé au Parc des Lilas, l’événement a explosé ses records de fréquentation l’année dernière en s’installant au Kilowatt. Pour l’édition 2019, Tiken Jah Fakoli et les Fatal Picards seront de la partie.

Après la fermeture hivernale du Kilowatt, certains bénévoles sont de retour pour remonter le chapiteau où auront lieu les gros concerts et les projections. Juste derrière, deux d’entre eux s’occupent de l’alimentation électrique de l’Oasis, le bal à la devanture bleu ciel et parme. Adam Azarian, graphiste de l’équipe aux bras couverts de tatouages, explique en saluant les techniciens : « On l’a acheté sur Le Bon Coin. On aime bien l’idée qu’il ait déjà une longue vie derrière lui… C’est un vieux bal mobile qui faisait le tour des villages de l’est de la France depuis les années 1960. Son propriétaire vient de prendre sa retraite. » C’est dans cette salle à capacité de 300 personnes que se terminent les soirées. Bien souvent, la fête s’étire jusqu’au lever du jour. « On est des banlieusards, on sait ce que c’est de devoir attendre l’ouverture des transports avant de rentrer chez soi », insiste Elise Oréal-Marmignon. « On va pas laisser les gens partir avant 5 heures du matin ! »

 

Le soleil se couche sur le Kilowatt © Theo Bourgeot
Le soleil se couche sur le Kilowatt © Theo Bourgeot

 

De cet espace vierge perdu à 15 minutes de la gare RER, les associés ont réussi à faire un lieu de vie, en attirant les familles vitriotes comme les fêtards franciliens avides de soirées bruyantes. Et cela grâce à une programmation éclectique, à la fois populaire et pointue. La saison s’ouvre sur une soirée de débats sur le thème du genre, avec en concert Léonie Pernet et ses compositions électroniques sombres et sophistiquées. Viendra ensuite le Karnasouk, mini-festival joyeusement bordélique avec des DJ sets, du théâtre et des concerts, organisé par le collectif Soukmachines – on raconte même que des bains chauds seront installés pour l’occasion. Elise, Adam et les autres préparent aussi des festivals de dub, de hip-hop et même de cinéma africain, en collaboration avec un foyer malien voisin. Et puis tout l’été, le terrain vague se transforme tous les jours en sorte de « Vitry Plage » gratuit, avec une buvette et un terrain de beach volley. Au cœur de la zone industrielle, les enfants et les jeunes du coin sont invités à s’imaginer loin de Paris.

Le mélange des genres fonctionne à merveille : en 2018, 35 000 personnes ont foulé le sol du Kilowatt au cours d’une vingtaine d’événements. Cette année, c’est sûr, ils seront encore plus nombreux !

Le Kilowatt
18 rue des fusillés, 94400 Vitry-sur-Seine
RER C Les Ardoines
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