Les amitiés existent-elle vraiment dans un groupe d’amis ?

Groupes Messenger, cagnottes pour les anniversaires, tags sur des mèmes à longueur de journée… Grâce à l’avènement des réseaux sociaux et des séries populaires telles que Friends, appartenir à un groupe d’amis est devenu un phénomène très ancré dans la société occidentale. Michel Erman, auteur du livre Le lien d’amitié, répond à nos questions sur ce thème.

 

Appartenir à un groupe d’amis est quelque chose de très ancré dans la société parisienne, comment expliquez-vous ce phénomène ?

©Matheus Ferrero on Unsplash

Le besoin d’appartenir à un groupe d’amis est  un phénomène général dans le monde occidental. Il y a déjà 15 ans, la série Friends a un peu instigué ça. Dans les grandes villes où la solitude se ressent d’autant plus, les gens sont à la recherche d’un groupe protecteur qui leur permette plus facilement de faire face aux hostilités de la vie. De plus, l’amour n’est plus un destin pour tout le monde, ne représente plus la passion ultime donc les groupes sont devenus une alternative au couple pour certaines personnes. Un vrai paradoxe parce que d’une part nous cultivons notre individualisme mais de l’autre, nous recherchons toujours l’appartenance à un groupe.

 

Comment se forme un groupe d’amis ?

Groupe d'amis
©kelsey-chance on Unsplash

 

Les amitiés de groupe ne sont pas des amitiés choisies à 100%. Les gens se regroupent par inclinaison, ils appartiennent à la même classe sociale, aiment la même musique ou alors appartiennent au même club de sport… Les liens ne sont pas choisis, ils viennent plutôt de notre manière de vivre et des contraintes sociales.

Lorsque  je vois des groupes d’amis fonctionner, je remarque bien sûr  des rapports affectifs bienveillants mais on voit aussi des tensions, des distances, qui viennent de cette absence de respect envers l’autre à un moment donné. C’est la raison pour laquelle je les appelle plutôt des camarades que des amis. Le camarade veut dire à l’origine partager la même chambre. On partage la même chambre par nécessité. Comme dans le service militaire où  par exemple ils sont obligés de tisser un lien amical, qui n’est pas forcément choisi.

 

Pensez-vous que l’on peut entretenir de vrais amitiés au sein d’un groupe ?

©Papaioannou Kostas on Unsplash

 

Les groupes d’amis se multiplient mais on voit bien qu’à l’intérieur de ce même groupe,  il y a des relations choisies et d’autres qui ne le sont pas vraiment. Les relations de groupe sont basées sur des compromis, des jugements pensés sur les uns et les autres qui ne permettent pas une reconnaissance à 100% de ce que l’on est. Si parfois le groupe est un peu délétère, pas toujours bienveillant, c’est que les copains, contrairement aux amis, sont intéressés. Et si on ne satisfait plus cet intérêt, on suscite cette malveillance.

De plus, les contraintes du groupe dissolvent par nature la sympathie entre deux personnes. Si on réfléchit un petit peu, comme dit Aristote, le nombre de véritables amis se comptent sur les doigts d’une main. Si vous en avez beaucoup, vous épuisez votre capital d’attention, et votre capital affectif. L’amitié est un sentiment très fragile, même plus fragile que l’amour. Elle est très exigeante sur l’attention, parce qu’elle repose sur la réciprocité et non l’égalité. Un principe de réciprocité qui, s’il n’est pas honoré, peut brouiller une amitié. Les amis de 20 ans peuvent voir leur amitié s’effondrer à cause d’un manque d’attention. Parce que les vrais amis échangent de l’être et pas de l’avoir.