Les Parisiens regardent-ils la télévision ?

Avec son offre d’activités culturelles et de bars/restos foisonnante, Paris n’est a priori pas la ville de France où l’on reste le plus chez soi à regarder la télévision. Mais qu’en est-il en réalité ? Les Parisiens n’auraient-ils pas eux aussi besoin de s’affaler dans leur canapé dans la plus grande passivité ? Voici des éléments de réponses.

 

Les Parisiens, moins équipés en téléviseurs ?

télévision
© Sven Scheuermeier on Unsplash

 

« Lorsque je suis arrivée à Paris, j’ai eu très vite l’impression que les gens autour de moi regardaient beaucoup moins la télévision que dans le Nord, ma région natale », se souvient Inès, 32 ans. Une différence qu’elle a attribué au rythme de vie bien particulier de la capitale : « en province, on finit plus tôt le travail qu’à Paris, ce qui je pense nous laisse plus de temps pour regarder la télévision ». Mais encore faut-il en être équipé.

Dans son livre Pas très cathodique. Enquête au pays des « sans-télé », aux Éditions Erès, le sociologue Bertrand Bergier dresse le portrait-type des Français sans téléviseur. « 10% des titulaires d’un titre post-bac n’ont pas de télévision, contre 2% pour les ouvriers », écrit-il. Avant de préciser : « les enseignants représentent 20% de cette population iconoclaste, suivis par les employés administratifs et les professionnels de l’information. Les cadres, ingénieurs et professions libérales sont également bien représentés ». Or ces derniers seraient particulièrement nombreux à Paris et en Île-de-France, à en croire l’Insee. Selon son étude de 2010, les cadres et professions intellectuelles totalisent 20,1% des emplois franciliens quand cette CSP n’est que de 9,3% en province. Alors que la part des ouvriers (17,3%) est bien moindre qu’en régions (27,4%).

 

Plus de célibataires, donc plus de sorties et (un peu) moins de télévision

couple dans un bar
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A la consommation d’émissions, de talk shows et de journaux télévisés, ces « sans-télé » préféreraient les activités culturelles. À l’image de Cédric et Anna, couple de trentenaires qui a choisi de délaisser « le bullshit de la télévision », au profit d’écoutes de podcast, de sessions de musique, lecture, cuisine ou de sorties les « nourrissant intellectuellement ». Et Paris regorge de possibilités dans le domaine. Si bien que même ceux qui sont équipés d’un téléviseur auraient tendance à moins le regarder. A commencer par les personnes sans enfant, selon la directrice de recherche au CNRS et spécialiste de communication médiatique Isabelle Veyrat-Masson.

« Regarder la télévision est une activité pour les enfants et les adultes obligés de rester à la maison pour les garder. Dès qu’on a le loisir de sortir le soir, d’aller au café ou au spectacle […] on la regarde beaucoup moins » a-t-elle expliqué à nos confrères de Télérama. Lorsque l’on connaît le taux important de célibataires sans enfants à Paris, facile d’imaginer que la télévision y est moins incontournable qu’ailleurs. Arnaud, célibataire parisien de 38 ans sortant beaucoup en soirées, le confirme : il ne ressent pas le besoin de regarder la télévision : « mon père qui a toujours vécu à Paris regarde la télévision, c’est d’ailleurs un grand fan de séries françaises comme Plus Belle la Vie. Moi, en revanche, je n’ai pas la télévision chez moi. J’ai juste un écran sur lequel je branche Netflix et le reste du temps, je sors ».

 

Le Francilien regarde les mêmes programmes que les autres, ou presque

personne sur un canapé devant la télévision
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Pourtant, le nombre moyen d’heures passées devant la télévision par les Franciliens n’est pas beaucoup plus bas que celui des autres régions. Selon Médiamétrie – Médiamat, un Francilien a en 2018 regardé la télévision seulement 10 minutes de moins que la moyenne des Français (3h36), soit 3h26. De quoi reconsidérer à la baisse l’incidence du mode de vie propre à la capitale. Autre élément intéressant : loin de l’adepte des émissions culturelles et politiques que l’on pourrait imaginer, le Francilien regarde en réalité les mêmes programmes que le reste du pays. Parmi lesquels donc talk shows à succès, émissions de coaching ou encore télé-réalité.

A cela s’ajoute cependant le beau succès des chaînes locales, comme la récente BFM Paris qui a réuni près de 3 millions de téléspectateurs en janvier 2019. Et notamment de la matinale, qui informe les Parisiens dans la bonne humeur ! Car si ces derniers rentrent tard du travail le soir, ils ont aussi tendance à commencer plus tard le matin. Moment où beaucoup d’entre eux prendraient le temps de glaner quelques infos pratiques pour démarrer la journée du bon pied.