Les sybarites, partisans du moindre effort

Les habitants de l’antique ville de Sybaris étaient célèbres pour leur absolue fainéantise, ils ont d’ailleurs inventé le pot de chambre de table pour ne pas avoir à se lever en plein banquet !


Scène de banquet antique (Sybarites)

Leur histoire commence vers 720 avant notre ère lorsque les Achéens – une peuplade de l’ancienne Grèce – débarquèrent sur les côtes de l’actuelle Calabre pour y fonder la cité de Sybaris. Conquis par le climat délicieux de cette région prospère du sud de l’Italie, les Sybarites s’enlisèrent rapidement dans une vie d’indolence et de langueur. Mais si l’on en croit le mythe, et la littérature féconde à leur sujet, nos Sybarites auraient peut-être porté un peu trop loin leur goût immodéré pour la dolce vita… En effet, vivre en honnête Sybarite consiste à jouir d’une existence entièrement vouée aux plaisirs et aux voluptés en prenant soin d’exclure tous les menus tracas du quotidien. Un programme des plus sympathiques !

Quand le Sybarite se lève, c’est pour entamer une nouvelle journée de plaisirs et le premier de tous est, bien entendu, la ripaille. Nos amis enchaînaient ainsi festin sur festin et se retrouvaient de temps à autre autour de banquets publics où était convié l’ensemble de la population. Lors de ces dîners d’apparat, on « invitait les femmes un an d’avance, afin qu’elles eussent le temps de se préparer à y paraître avec tout l’éclat de leur parure ». En fins gourmets, les Sybarites nourrissaient une véritable passion pour les friandises de bouche, n’absorbaient que les mets les plus délicats et auraient d’ailleurs été les inventeurs de l’assiette à poisson, un grand plat large sur lequel était peinte une effigie de poiscaille. Mais il est une invention des plus surprenantes et dont les Sybarites peuvent se rengorger, comme le rapporte le grammairien grec Athénée de Naucratis: « c’est aussi des Sybarites qu’est venue la hardiesse d’apporter des pots de chambre à ceux qui sont assis à table, pour n’avoir pas la peine de sortir dehors » (Deipnosophistes, XII, 519e). Oui Messieurs-dames, le pot de chambre de table ! Athénée relate encore la splendeur des spectacles équestres dont ces repas grandioses étaient l’occasion. En effet, dit-il, les Sybarites « étoient tellement perdus dans la volupté & dans les délices, que pendant même qu’ils étoient à table, ils faisoient paraître autour d’eux des Chevaux qui dansoient au son des Flustes » (XII, 520c). Nous allons voir combien mauvaise fut cette idée de dresser leurs chevaux à exécuter des pas de bourrée et à se mouvoir en cadence sur des airs de musique…

 


Flutiste dresseur de chevaux (Sybarites)

Un beau matin de l’an 511 av. J.-C., leurs voisins Crotoniates décidèrent d’attaquer ce peuple d’hédonistes. À leur tête se tenait Milon de Crotone, un athlète, que dis-je une immense marmule, un mastodonte, treize fois vainqueur aux Jeux olympiques. Il est là, revêtu d’une peau de lion et tenant dans sa main une énorme massue. Il est chaud, comme on dit. Derrière lui, les torses huilés de cent mille Crotoniates surentraînés scintillent sous le soleil. En face, les Sybarites ont beau rassembler trois cent mille hommes, ils n’en restent pas moins trois cent mille mous. Des mous dans leur habituelle somnescence, alanguis à califourchon sur des chevaux-danseurs qui n’entendent rien à la guerre. La légende (Aristote) veut que les Crotoniates, ayant appris les airs sur lesquels les Sybarites avaient dressé leurs chevaux à danser, jouèrent lesdites notes de flûte en plein champ de bataille. Obéissants à l’enivrante musique, les braves canassons exécutèrent leurs petites gambades, leurs courbettes et leurs cabrioles, jetant à terre leurs cavaliers que les Crotoniates attaquèrent sans merci. Le fiasco total. Quelques heures plus tard, l’affaire était pliée, la ville ruinée, et les Sybarites éparpillés par petits bouts, façon puzzle. Rideau.

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