Les terrasses chauffées vont-elles vraiment disparaître à Paris ?

On l’aime notre petit café-crème en terrasse en plein mois de janvier, les barres de chauffage faisant rougir nos joues et cuire le bout de notre nez ! Pourtant, il se pourrait bien que cette habitude disparaisse dans les mois ou années à venir. Et s’il va peut être falloir dire adieu à un petit plaisir hivernal, il faudrait en fait s’en réjouir et même l’espérer.

60% des terrasses parisiennes sont chauffées

<small>Terrasse chauffee - Photo by Med Edd on Unsplash<small>
Terrasse chauffee – Photo by Med Edd on Unsplash

Fin octobre 2019, la ville de Doha au Qatar annonçait vouloir climatiser ses rues l’été. En pleine évolution des consciences écologiques, l’initiative a choqué. Pourtant, sous nos yeux, une autre aberration ne suscite pas autant le rejet : celle de la présence en hiver de terrasses de cafés ou restaurants chauffées. À Paris, le phénomène est loin d’être anecdotique.

Sur les 13.500 terrasses que comporte la capitale, 60% seraient équipées de systèmes de chauffage électriques ou gaz, selon Marcel Benezet, président de la branche cafés, bars, brasseries du syndicat GNI-Synhorcat. Ces 8 100 terrasses utiliseraient au total 40 000 braseros durant environ un tiers de l’année. Interrogé par Les Echos, l’énergéticien Thierry Salomon estime les émissions à 110 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 110 000 allers-retours entre Paris et New York.

Sacrifier un peu de confort pour la planète

<small>Terrasse chauffée à Paris - Photo by Krisztina Papp on Unsplash<small>
Terrasse chauffée à Paris – Photo by Krisztina Papp on Unsplash

«Une hérésie », d’après Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement, et membre d’Europe Ecologie les Verts. « Aujourd’hui, dans un café à Paris, il y a du monde en terrasse car elle est chauffée, mais il n’y a personne en salle », s’indigne celui qui tente de faire voter l’interdiction des terrasses chauffées depuis 2007. « Cela a un côté absurde, on s’affranchit complètement du climat, il n’y a plus d’été ni d’hiver ». Il y a une dizaine d’années, ces terrasses chauffées n’existaient pas. Elles ont fleuri peu de temps après l’interdiction de la cigarette dans les bars et restaurants, pour réconforter les fumeurs.

Aujourd’hui, ils sont nombreux à s’y installer pour s’en griller une sans avoir les doigts gelés. À côté de ceux qui veulent prolonger l’été et profiter de l’animation des rues à toute saison. Selon une récente étude Yougov27% des Français seraient d’ailleurs défavorables (et 39% indécis) à leur interdiction… Si Franck, fumeur, apprécie ces conditions, il ne les juge « pas indispensables ». Face à l’enjeu écologique actuel, le trentenaire est prêt à faire une croix sur une certaine douceur de vivre. « Tout le monde, au fond, a un peu envie de faire un petit geste qui le relie aux grands enjeux climatiques, et peut s’en sentir valorisé », pense Jacques Boutault.

Un acte symbolique et « inéluctable »

<small>Terrassse chauffee - Photo by Nicolas Thomas on Unsplash<small>
Terrassse chauffee – Photo by Nicolas Thomas on Unsplash

Mais quid des restaurateurs ou gérants de bars pour qui les terrasses chauffées représenteraient tout de même 30 % de chiffre d’affaires ? Pour Jacques Boutault, persuadé que l’interdiction n’aura que peu de conséquence économique, il s’agit de les mettre tous à la même enseigne pour éviter toute concurrence déloyale.

Le maire du IIe arrondissement se dit confiant quant à l’adoption prochaine d’une loi qu’il juge « inéluctable ». Et l’exemple de Rennes, qui a fait interdire des terrasses chauffées depuis le 1er janvier 2020 accroît son optimisme. À l’heure ou l’Europe a décrété l’état d’urgence climatique et la France est engagée dans une stratégie Bas-carbone, l’acte est selon lui parmi les plus symboliques et les plus faciles à mettre en œuvre. En attendant que cela se mette en place, certains Parisiens ont d’ores et déjà opté pour le boycott…