6 lieux emblématiques pour revivre le Paris d’Edith Piaf

Pas une seule semaine ne passe sans que l’un de ses airs soit repris dans les couloirs du métro parisien. Mais que nous raconte au juste le Paris d’Edith Piaf ? Visite en six adresses d’une capitale sur laquelle plane encore l’ombre de la diva française.

 

Edith Piaf et Belleville

C’est à Belleville que naquit et grandit celle que l’on surnommera plus tard « la Môme« . L’enfance d’Edith Piaf est déjà tout un roman : père contorsionniste et abandon maternel, grand-mère propriétaire d’une maison close et maladie oculaire qui manque de la rendre aveugle à vie, existence itinérante et chaos quotidien de la Première Guerre mondiale. Ce sont les rues pittoresques de Belleville qui accueillent la principale force d’Edith Piaf : sa voix, encore toute adolescente. Une arme qui la mènera vers l’amour, les cabarets des Champs-Elysées et le succès public. Malgré son 1m47, elle sera l’une des plus grandes. Les curieux peuvent toujours admirer la plaque déposée au 72 rue de Belleville en sa mémoire.

 

Edith Piaf et Montparnasse

Montparnasse, c’est l’humeur que fredonne Piaf dans le bien-nommé Paris (1949) : « la gaieté », la « tendresse » et « la douceur aussi », celle des cafés-crème, des pavés qui constituent les boulevards, des artisans à la vie de bohème et des marchands de marrons chauds. Cette chanson met Paname en cloche, englobant à la fois ses lieux emblématiques où l’on aime flâner (le Café du Dôme, le Quartier latin, les Tuileries, la Place Vendôme) et le sempiternel spleen qui dans l’inconscient collectif accompagne la fameuse « kiki » de Montparnasse : « Je pense à toi sans cesse / Paris, je m’ennuie de toi, mon vieux / On se retrouvera tous les deux / Mon grand Paris ». L’effervescence de Montparnasse est celle de la foule « qui nous traîne, nous entraîne », clame Piaf dans son fameux titre éponyme.

 

Edith Piaf et Notre-Dame

Victor Hugo disait de la mélancolie qu’elle est « le bonheur d’être triste ». Une élégante manière de désigner l’oeuvre de la chanteuse, romantique et flamboyante, intimiste et lyrique. C’est d’ailleurs Hugo que l’on retrouve au gré des vers de Sous le ciel de Paris : il y est question de Notre-Dame, de ses cloches, son pont et son bossu Quasimodo, d’une « vie qui grouille » sur les parvis et « des ronds dans l’eau ». Il suffit comme d’habitude de quelques mots pour imager l’urbanisme parisien, des pigeons qui virevoltent au lointain aux jardins côtoyés par des sans-abris esseulés. « Pour aller à Notre-Dame / De Notre-Dame jusqu’à Paris / Il a bien fallu se mettre au boulot / Et porter de pierres sur son dos / Pour passer par-dessus l’eau / Voilà pourquoi Paris s’enroule / S’enroule comme un escargot » poétise l’oratrice.

 

Edith Piaf et La rue Pigalle

Pigalle ! Un nom qui résonne déjà comme Piaf. Durant les années 30, la Môme pousse la chansonnette dans les bars à prostituées, les rues et les boîtes du quartier. Elle puisera dans cette expérience pour délivrer à la fin de cette décennie Elle fréquentait la rue Pigalle, chanson écrite par son fidèle parolier Raymond Asso. D’un mot à l’autre y éclate l’image de la femme faite Piaf. Une femme de bouges (« elle sentait le vice à bon marché »), mais qui au sein de ces milieux malfamés apparaît presque comme une figure sacrée (« Y’avait dans le fond de ses yeux / Comme quelque chose de miraculeux« ), sorte de lointaine – et candide – cousine de la Nana d’Emile Zola. Un simple « je t’aime » suffit à « mettre un peu de ciel bleu / dans celui tout sale de Pigalle« . Un hymne à l’amour qui s’énonce de Barbès à Clichy, le long de « trottoirs sales » pourtant peu propices aux sentiments de carte postale.

 

Edith Piaf et Clignancourt

L’épopée Piaf est celle d’une interprète passée en quelques années des bas-fonds aux plus prestigieux clubs de music-hall. « J’ai vendu des fleurs aux terrasses / Quand j’avais dix-sept ans / Mais la roue tourne, le temps passe / J’ai du fric, à présent » pavoise-t-elle dans la chanson Entre Saint-Ouen et Clignancourt, méditation douce-amère sur les années qui filent. Au creux de ces deux pôles elle traîne son cafard de célébrité, « sur la zone« , inspirée par cette atmosphère francilienne où se ressent « l’odeur de frites et de lilas ». Image à la Piaf s’il en est, les travaux qui ponctuent la banlieue symbolisent ces « souvenirs détruits » : « on démolit de tous côtés » déplore celle qui hausse alors la voix sur la scène de Bobino.

 

Edith Piaf et L’Olympia

A l’instar de la reine Dalida, Edith Piaf aurait pu « mourir sur scène ». La mentor de Charles Aznavour et Georges Moustaki flamboie particulièrement sur l’estrade de l’Olympia. C’est là qu’au début des années 60 elle livre l’une de ses plus émouvantes performances : l’interprétation de Non, je ne regrette rien, tornade émotionnelle imaginée par Charles Dumont et Michel Vaucaire. En cette soirée de 1961 et malgré sa santé déclinante, elle sauve par son succès public l’Olympia de la faillite. Deux ans plus tard cependant, la Môme s’éteint. Elle n’avait que 47 ans. Perdure aujourd’hui son Paname à elle, celui des accordéonistes, des places populaires, de l’ivresse de la ville et de ses amants tragiques.