L’incendie du Bazar de la Charité

L’incendie du Bazar de la Charité est un drame qui a endeuillé le grand monde du Paris de la Belle Époque. La particularité de ce fait divers est que sur les cent vingt-quatre victimes des flammes on ne compte que six hommes alors que l’assistance était tout à fait mixte. Que diable a-t-il bien pu se passer ?

Le Bazar de la Charité, une organisation caritative à la mode dans la haute société, avait pour but de réunir chaque année des œuvres de bienfaisance. Le 4 mai 1897, c’est au 17 de la rue Jean-Goujon dans le 8e arrondissement de Paris que l’élite parisienne s’est donné rendez-vous pour participer à une grande vente de charité présidée cette année par Son Altesse Royale la duchesse d’Alençon, la sœur de l’impératrice Sissi. Les 1 200 invités venus verser quelques sous aux nécessiteux paradent en grande pompe dans le Bazar, un grand édifice construit en sapin et couronné d’une toiture de verre dissimulée sous un long vélum jaune. À l’intérieur, des tentures, des draperies et des enseignes surmontaient les petites boutiques tenues par les dames patronnesses qui y vendaient à prix modérés bijoux, bibelots, lingeries et colifichets…


Bazar de la Charité – illustration dans Le Petit Parisien du 1897-01-03

Au fond du Bazar, on avait également installé sous un appentis en planche un cinématographe des frères Lumière et pour seulement cinquante centimes, les invités allaient pouvoir assister à la projection de La sortie de l’usine Lumière à Lyon, L’arrivée du train en gare de La Ciotat et L’arroseur arrosé. Quelle aubaine ! Mais vers quatre heures de l’après-midi, l’assistant du projectionniste craque une allumette suédoise au milieu des vapeurs d’éther dégagées par le chalumeau servant à l’éclairage de la toile et le ruban de celluloïd du film, sorti hors de sa bobine, s’embrase en un éclair. En quelques minutes, l’incendie s’étend à tout le Bazar, les flammes courent le long des boiseries et des débris incandescents s’abattent sur la foule en panique qui se rue en tous sens pour tenter de quitter les lieux. Piégées dans leurs longues et imposantes robes bouffantes, les femmes se transforment en véritables torches vivantes. Accourant terrorisées vers les portes de sortie, elles s’y amoncellent et, incapables de se dépêtrer dans leurs jupons, finissent par en bloquer l’accès. Alors les hommes, ces banquiers et hommes d’affaires voulant eux aussi sauver leur peau, tentèrent de les enjamber pour fuir, se frayant un chemin à coups de canne parmi les corps gisants de leurs épouses, leurs mères, leurs filles…

Cette bousculade fut d’une violence inouïe et lorsque les cadavres calcinés furent ramassés, on constata la mort de 118 femmes contre seulement 6 hommes parmi lesquels un vieillard, un groom de 14 ans et un médecin volontaire. Il y eut tant de témoins de la sauvagerie masculine que la presse aussitôt condamna les actes terrifiants de ces « chevaliers de la Pétoche » et autres « marquis de l’Escampette » qui, dans la grande majorité, sauvèrent leurs peaux aux dépens de celles de pauvres femmes. En 1900, fut érigée sur l’emplacement du Bazar de la Charité une chapelle expiatoire, Notre-Dame-de-Consolation, classée aujourd’hui au titre des monuments historiques.

(Illustration dans Le Petit journal, supplément du dimanche, le 16 mai 1897) 

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