L’Orfèvrerie, une nouvelle friche artistique à Saint-Denis

On ne s’en douterait pas à la vue de ces enfilades de bâtiments en briques rouges mais… Un véritable village créatif se cache près de la gare RER de Saint-Denis. Son nom : l’Orfèvrerie. Des centaines d’artistes, d’artisans et d’entrepreneurs viennent y travailler tous les jours. Pour la première fois, cette drôle de friche ouvre ses portes aux curieux pour une journée de concerts et de fête le 6 juillet. D’ici-là, A Nous Paris vous offre une visite privée.

L’Orfèvrerie

Orfèvrerie
Ateliers Christofle à Saint-Denis © Philippe Guignard

 

En cette matinée de juin, Camille Soualem, 26 ans, tongs aux pieds et mini chignons perchés sur la tête, est en pleine session croquis dans son grand atelier partagé. Avec, en plus des autres artistes, des trains pour lui tenir compagnie toute la journée : les grandes fenêtres de son bureau donnent sur les rails du RER. Voilà deux semaines que la peintre est installée ici, avec l’impression d’avoir trouvé le Graal : « Obtenir un atelier d’artistes à Paris, c’est la guerre ! Avant, j’étais à Ivry dans un espace minuscule. C’était hyper mal isolé, je payais 20 € par mètre carré… Ici c’est plus grand et surtout je ne paye que 10 € le mètre carré ! Et puis on se sent chouchouté : on va nous installer une cuisine, les gestionnaires changent la lumière quand on le leur demande… »

Comme Camille, entre 200 et 300 artistes, entrepreneurs et artisans travaillent tous les jours à l’Orfèvrerie. Les débutants côtoient des grands pontes de l’art contemporain comme Neil Beloufa, installé dans une gigantesque halle jonchée de pièces en plastique et de machines.

Jusqu’en 2007, les ouvrier des Christofle fabriquaient ici des couverts de luxe. Aujourd’hui, on peint des toiles, on façonne des sculptures, on moule du métal, on dessine les objets. Car après le déménagement de l’usine en Normandie,  cet immense espace de 21 000 mètres carrés est laissé à l’abandon. Le groupe immobilier Madar rachète les murs en 2007 et les revend en 2016 avant d’avoir su comment les exploiter. L’emplacement est intéressant, tout près de la gare RER de Saint-Denis. Oui mais voilà : ces très beaux bâtiments industriels en briques rouges, construits en 1875, sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques – et donc quasi intouchables. C’est alors que l’entreprise immobilière Quartus, également propriétaire du 6B, entre en piste.

Elle rachète les lieux en 2016. Mais pour quel projet ? C’est encore flou, comme l’explique Kimberley Dondainas, responsable de projets chez Quartus : « Ce que l’on sait, c’est qu’on veut créer un lieu de vie, où il aura encore une partie consacrée à l’artisanat. En attendant, on a choisi de faire de l’urbanisme transitoire, en invitant des artistes dès l’automne 2018. Il y a une envie d’être utile, mais aussi un intérêt pour Quartus : plus le lieu est chauffé, moins il se dégrade ! » Le groupe s’est fixé un objectif : « On met tout en oeuvre pour que cette occupation ne nous coûte rien, même si les charges d’entretien du lieu sont très chères. Alors, on loue des espaces à des boîtes de production pour des tournages : c’est ce qui nous permet d’amortir les coûts. » détaille Kimberley Dondainas. C’est donc pour cela qu’entre deux ateliers d’artistes, on croise les participants d’Affaire Conclue, l’émission de vente qui cartonne l’après-midi sur France 2.

 

Orfèvrerie
Ateliers d’artiste à l’Orfevrerie © Célia Laborie

Les débutants côtoient les plus grands

Quartus a fait appel à Manifesto, entreprise spécialiste en développement culturel, pour sélectionner 80 artistes qui résident ici. Pour le reste, une partie des locaux est confiée à Soukmachines, association spécialiste de l’urbanisme transitoire – et de l’organisation de fêtes hautes en couleur, au 6B à Saint-Denis, à la Halle Papin à Pantin ou encore au Kilowatt à Vitry.

Alors que trois propriétaires se sont succédé en une quinzaine d’années, la mémoire du lieu est gardée par un fondeur d’art sexagénaire, Frédéric Ducros. Voilà 16 ans qu’il passe ses journées ici, à mouler des œuvres en métal : c’est lui le plus ancien des locataires. « A l’époque où Christofle était encore implanté ici, ils ont commencé à accueillir des artisans dont l’activité tourne autour du métal comme eux, dans des espaces laissés vacants« , explique l’artisan dont l’atelier est jalousement gardé par un immense chien aux poils longs, Rocky.  « J’ai de la chance d’avoir un bel espace, très calme… Mais cela fait 16 ans que je ne sais pas si je vais pouvoir rester l’an prochain. Aujourd’hui encore, je n’ai aucune garantie de pouvoir garder l’atelier une fois que les travaux voulu par Quartus auront commencé. » déplore-t-il en caressant amoureusement Rocky, TSF Jazz en fond sonore.

Contribuer à l’émergence des artistes

C’est, pour les locataires, la rançon de ces loyers bon marché : la précarité. La sculptrice et plasticienne Mathilde Denize, 33 ans, peut elle aussi en témoigner. Sortie des Beaux-Arts en 2013, elle en est à son troisième atelier. »Et ce n’est sûrement pas le dernier« , s’amuse-t-elle, résignée. « Je suis ravie de travailler dans cet espace : j’ai de la place, c’est lumineux et pas cher. Mais j’ai commencé par signer un bail d’un an qui touche bientôt à sa fin. Ça me paraissait long, mais c’est passé très vite ! Ensuite, je ne pourrai postuler qu’à des baux de quatre mois et les loyers vont augmenter. J’ai un peu fait le choix de la précarité pour avoir accès à un plus grand espace » conclut-elle dans un sourire, les mains dans le plâtre.

Cette incertitude permanente est le lot de l’immense majorité des artistes professionnels en France. Malgré tout, l’équipe de l’orfèvrerie fait son possible pour créer une synergie entre les résidents et aider à l’émergence des débutants. « Quartus a créé un site où tous les artistes sont recensés. Du côté de Soukmachines, on favorise des échanges entre eux avec des apéros. Ici, ils peuvent se prêter du matériel, s’échanger des idées… Le but est de créer un lieu organique où des gens qui vivent de leurs passions s’entraident. Et cela, même si leurs conditions de travail sont de fait difficiles« , insiste Yoann-Till Dimet, directeur artistique de Soukmachines.

Pour l’heure, le projet d’urbanisme temporaire est prévu pour durer jusqu’en 2020. D’ici-là, Kimberley Dondainas et Yoann-Till Dimet espèrent ouvrir davantage le lieu sur l’extérieur, en invitant Dionysiens et autres franciliens pour des visites ateliers, des expositions… Première étape, les portes ouvertes du 6 juillet. Au programme : concerts, rencontre avec les artistes, marché et DJ sets.

L’Orfevrerie ouvre ses portes le 6 juillet de 11h à 2h
112 rue Ambroise Croizat, Saint-Denis
RER D Saint-Denis ou Métro Porte de Paris
Visites guidées, marché, concerts, ateliers…
Plus d’information sur Facebook


Ne manquez aucun de nos bons plans et jeux-concours en vous inscrivant à notre newsletter !