Medellin, le nouveau club parisien inspiré par la série Narcos fait polémique

En novembre dernier ouvrait à la place du Baron, haut lieu des noctambules parisiens dans le 8e, le club Medellin. Dans ce bar chic, la décoration reprend tous les codes de l’univers des narcotrafiquants et s’inspire, entre autres, de la série Narcos et de Pablo Escobar. Un concept qui est loin de faire l’unanimité… 

 

Medellin, l’apologie du crime ?

« Les serveuses portent des gilets pare-balles, des décorations du Carnaval de Barranquilla trônent sur les tables et sur les murs, des kilos de marchandise traînent dans les coins et la série Narcos passe, en boucle, derrière le bar ». Voici ce qu’on pouvait lire sur Sortir à Paris en présentation du Medellin, nouveau club de la capitale, qui provoque la polémique quelques jours seulement après sa soirée d’inauguration en novembre dernier. Ce soir-là, des sacs de farine destinés à feindre des kilos de cocaïne. Egalement présent, un sosie de Pablo Escobar abattu par les barmen du club grimés en agent de la DEA vient parfaire la mise en scène d’un lieu qui reprend tous les codes des narcotrafiquants, tristement connus à Medellin.

Portrait d’Escobar, tombe à son effigie entourée de bougies, cocktails baptisés au nom de célèbres sicarios (tueurs à gage) et « mojito le plus cher du monde, à la poudre magique »… Tout est là. Alors, peut-on faire d’un patron de la drogue responsable de la mort de milliers de personnes une figure branchée de la nuit parisienne ? On pouvait notamment lire sur Oopsie Blog : « On se déhanchera jusqu’au petit matin comme au carnaval de Barranquilla sur les bangers latino hip hop et électro grâce aux DJs résidents et musiciens venus directement d’Amérique du sud, avant d’allumer un cierge et de se recueillir sur la tombe de Pablo Escobar.

 

Medellin, un concept qui ne passe pas

Manifestation contre le Medellin, club parisien du 8è qui surfe sur la série Narcos
Manifestation contre le Medellin, club parisien du 8è qui surfe sur la série Narcos

 

Le 24 novembre, des dizaines de personnes manifestaient devant le Medellin. « Colombiens, Français et autres citoyens du monde » comme ils se définissent témoignaient leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme une « apologie du terrorisme. » Angelica, membre du collectif Stop Medellin Paris déplore que sa ville natale soit associée aux narcotrafiquants et à Pablo Escobar : « On subit encore aujourd’hui les conséquences de cet héritage Escobar, il ne faut pas l’utiliser et l’associer à Medellin en faisant l’apologie de cet assassin. Ce n’est pas parce que nous sommes Colombiens que nous sommes contre, mais tout simplement parce que le concept est extrêmement choquant. »

Pour cette Colombienne installée depuis une dizaine d’années en France : « il n’y a rien de festif là-dedans. Des gens payent pour se prendre en selfie avec le portrait d’un meurtrier. Ce n’est pas simplement un clin d’œil à la série Netflix, c’est l’apologie des narcotrafiquants. Il faut comprendre que nous, les Colombiens, pendant cette période, on a connu une véritable guerre. On était à plusieurs bombes par jour. Et aujourd’hui on a un bar avec un organigramme du cartel de Medellin représenté comme une fierté et des phrases comme « Plato o Plomo » (argent ou plomb) mises en valeur. Il y a un vrai problème éthique. » Juan Arbelaez, le célèbre cuisinier colombien passé par Top Chef a également fait part de son indignation dans un post Instagram déclarant notamment : « la prochaine fois que vous sirotez un petit cocktail qui porte le nom d’un sicario dans ce bar qui s’appelle Medellin, pensez à tous ces morts que ce gars a causé. Et au gars qui a créé Medellin, j’ai hâte de voir la suite. Ce sera quoi ? Auschwitz, Hitler ? »

 

Une tentative d’apaisement ?

Face aux polémiques et aux commentaires néfastes sur les réseaux sociaux, le patron du Medellin, Audren Dimitris, a mis de l’eau dans son vin et décidé d’enlever une fausse tombe du baron de la drogue, de barrer d’une croix son portrait sur le mur et d’ajouter la mention « Pablo no es la Colombia » (ndlr. « Pablo n’est pas la Colombie »). Ce dernier a déclaré au Parisien : « pour éviter de heurter la sensibilité, on a fait plus soft. Mais ce lieu, c’était surtout un clin d’œil à la série Narcos, pas une volonté de glorifier un narcotrafiquant. » Cet ancien physio du Baron a expliqué vouloir surtout faire la part belle à la « culture musicale sud-américaine ».

Pour Angelica, ces modifications apportées à la décoration du Medellin ne suffisent pas : « on veut que le nom de Medellin ne soit pas associé à Escobar. Donc on veut que le nom du bar soit changé et que toute allusion à Escobar soit enlevée, par respect pour les victimes. Le patron m’a écrit dans un message « les victimes collatérales de Pablo ne sortiront jamais en boîte à Paris, laissez-les là où elles sont les pauvres ». Ce ne sont pas des victimes collatérales, ce sont des victimes tout court. Pablo Escobar était juste un terroriste, c’est tout. » Si la pétition initiée par Stop Medellin Paris pour la fermeture du club a recueilli à ce jour 5 534 signatures, le club parisien ne désemplit pas pour autant et ne cesse d’attirer la jeunesse dorée de la capitale. Reste à savoir si les institutions publiques se mêleront de tout ça…