Peut-on vivre à Paris quand on déteste la foule ?

Choisir comme lieu de résidence la capitale quand on exècre les bains de foule ne tombe pas sous le sens. Mais il y aurait pourtant des façons de survivre, et même de vivre agréablement à Paris, malgré cet inconvénient. A condition de faire quelques aménagements dans sa vie et d’éviter quelques pièges. Ou de compter patiemment sur les évolutions de la démographie, au fil des saisons ou des ans…

 

Vivre à contre-courant, la meilleure solution pour éviter la foule ?

<small>©Markus Spiske on Unsplash<small>
© Markus Spiske on Unsplash

 

« Je déteste la foule mais j’adore Paris » clame Claire, qui du haut de ses 34 printemps assume ses paradoxes. Celle qui s’est lancée depuis quelques années dans l’auto-entrepreneuriat a sa botte secrète pour apprécier la capitale : vivre à contre-courant. « Je ne prends jamais les transports aux heures de pointe, et sors en général faire des courses en milieu d’après-midi, quand les supérettes sont presque désertes ». Ses horaires bien à elle lui permettent aussi d’aller faire les courses de Noël en semaine, plutôt que lors des week-ends noirs de décembre.

Car s’il y a un moment de l’année où Paris est submergé par une masse compacte, c’est bien lors de la période de l’Avent. Points névralgiques à éviter alors pour ceux qui ne goûteraient pas les bains de foules : les centres commerciaux bien sûr, mais aussi le quartier des Grands magasins et la rue de Rivoli et Châtelet, où chacun va de son emplette de dernière minute. Claire, elle, évite ses quartiers même en dehors des fêtes. Tout comme ceux des grandes gares, notamment gare du Nord, Montparnasse et gare de Lyon. Mais aussi, de façon générale, tous les lieux fréquentés en masse par les touristes, comme les abords de la tour Eiffel, du Louvre et la place du Tertre à Montmartre.

 

« Une cure de 3 ou 4 mois d’août à Paris »

photo de Paris sans foule
© Siebe Warmoeskerken on Unsplash

 

Plus que simplement gênée par le monde, la jeune femme souffre d’une forme douce d’ochlophobie, la phobie de la foule. « Quand par malheur je me retrouve dans une foule, j’ai des vertiges, du mal à respirer », explique la jeune femme. Dans son livre Je suis Parisien… mais je me soigne, Pierre Antilogus s’adresse avec humour aux personnes victimes des mêmes symptômes qu’elle : « l’ochlophobe doit savoir […] qu’il n’y a pas d’endroits déserts (ndlr à Paris). Sauf le dimanche matin. Ou au mois d’août ». Une dure réalité contre laquelle le journaliste et auteur propose un « traitement » étonnant : « une cure de longue haleine : 3, peut-être 4 mois d’août à Paris ». A l’issue de laquelle, il en est sûr, les ochlophobes seront « contents de revoir la foule en septembre ».

Autre façon plus sérieuse de se ménager pour ceux qui seraient gênés au quotidien : se renseigner sur les coins et adresses peu fréquentés de la capitale, afin d’y faire régulièrement des cures de calme. Ce ne sont pas les guides consacrés à ce type d’endroits qui manquent dans les rayons des librairies. Dans Paris au calme, Jean-Christophe Napias énumère quelques enclaves où le silence est d’or : le musée Bourdelle près de Montparnasse où « les petits oiseaux pépient et le gravier roule sous vos pas ». La place Dauphine, « place paisible qui est rendez-vous d’amateurs de pétanque et de pèlerins nostalgiques ». Ou encore le moins connu square Blomet « à l’atmosphère provinciale, profondément apaisante, aux accents méridionaux… ».

 

Un arrondissement… où ne pas vivre si on n’aime pas la foule !

LE 11ème arrondissement ne convient pas aux personnes n'aimant pas la foule
©Yannis Papanastasopoulos on Unsplash

 

Mais c’est peut-être leur lieu de résidence parisien que les personnes réfractaires à la foule devraient choisir avec soin. Et mieux vaut pour elles éviter comme la peste le 11e arrondissement ! Selon la dernière enquête de l’Insee, on y recense la plus forte densité d’habitants à Paris. Alors que la moyenne dans la capitale est de 24.000 hab/km² environ (le chiffre le plus élevé d’Europe !), celle de cet arrondissement est de 42.000 habitants au km². Ce dernier enregistre également le record du nombre de bars par habitant. De quoi donner aux ochlophobes l’impression d’étouffer, surtout lorsque l’on sait que le 11e comporte peu d’espaces verts dignes de ce nom.

Mais qu’ils se rassurent, car Paris serait en train de se vider. Entre 2011 et 2016, la capitale aurait perdu plus de 59 000 habitants selon les recensements de l’Insee. Autre raison de se réjouir pour eux : alors que la période des soldes provoquait encore il y a peu des ruées vers les enseignes de la capitale, elle n’attire plus autant les foules. D’après un sondage Odoxa d’octobre 2018, avec la multiplicité des promotions, 56% des Français considèrent d’ailleurs que les soldes ne servent plus à rien…