« Pourquoi je n’attends pas la fin du confinement avec impatience » : des Parisiens témoignent

La date de fin du confinement est dans toutes les têtes depuis le discours d’Emmanuel Macron. Le 11 mai 2020 après 8 semaines cloîtrés chez nous, le déconfinement devrait commencer et nous pourrions retrouver – toutes proportions gardées – un peu plus de liberté dans nos déplacements. Mais pour beaucoup, cette fin de confinement n’est pas vraiment attendue. De nombreux Parisiens y ont pris goût pour de multiples raisons. 

Des conditions de travail plus agréables

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Métro, boulot, dodo. Pour la plupart des Parisiens, ce quotidien s’est arrêté net avec le confinement qui a laissé place au télétravail et à une souplesse dans les conditions de travail : réveil plus tardif, rythme moins soutenu, cadre de boulot chaleureux. Chloé, 23 ans en tire du positif : « Ça me permet de bosser à fond car je ne suis pas sujette aux distractions habituelles (sorties, restaurants…) En tant que salariée et freelance, ça me permet de développer à fond mes projets avec une multitudes de petits objectifs à atteindre. » Un son de cloche qu’on retrouve chez de nombreux jeunes actifs comme Chloé, 25 ans qui a su se redonner du temps et échapper au tourbillon social pour gagner en focus, en productivité et surtout en détente : « Cette période me permet d’être plus connectée à mon rythme, mes émotions, mes envies sans tout le bruit autour. » 

Et même chez ceux où le télétravail n’est pas possible, les conditions étaient plus « agréables » à l’image de Lande, 24 ans et soignante chez SOS Médecin : « Je suis ochlophobe – peur de la foule, ndlr – donc me rendre au travail me demande beaucoup d’efforts. Avec le confinement, je me suis rendue compte à quel point il était plus simple de me déplacer quand les rues étaient désertes. Il va falloir que je me réhabitue à avoir des contacts, à sortir et à affronter les gens. » Avec un taux de trafic de 70% prévu à la RATP, il semble normal que des réserves sur le respect des distances de sécurité soient émises… Et que la fin du confinement ne soit pas attendue par tous. 

Davantage de plaisirs personnels

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Si le télétravail est pour beaucoup une solution, la productivité a bien dégringolé avec une part record de la population mise au chômage partiel. Résultat : de nombreux travailleurs sont libres de vaquer à leurs occupations tout en restant chez eux et on observe une hausse du bien-être ressenti. Binta, 27 ans, nous confirme que cette pause lui permet de souffler : « C’est comme si le temps s’arrêtait et qu’on pouvait enfin recharger les batteries et se sentir mieux. Je profite de ce confinement pour me reconnecter avec toutes les choses que j’aimais avant et que j’ai laissé de côté, mais surtout faire le point, travailler sur moi, méditer afin de repartir dans la « vraie vie » en meilleure forme. »

Il est donc compréhensible que certains n’attendent pas forcément le déconfinement avec impatience. C’est le cas de Céline, 42 ans qui s’est aperçue que c’était surtout les autres qui étaient source de son stress au quotidien. « Je profite du calme retrouvé, loin des sources d’irritation de la vie quotidienne. Je cuisine un peu plus de produits frais que d’habitude car j’ai plus de temps et je suis moins fatiguée qu’après mes journées de travail et de transport ». Une réorganisation de ses journées, mais aussi de ses plaisirs personnels. Sophia, 23 ans, en a profité pour se recentrer sur elle-même. « J‘ai eu une véritable prise de conscience sur l’écologie, au sens large du terme : arrêter de manger n’importe quoi et faire attention aux produits que j’utilise. En bref, être davantage en phase avec une nature et un bioclimat dont on dépend même si ce dernier peut être dompté, et me mettre à la médiation et au yoga. »

Une vie de famille plus intense

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De nombreux Parisiens sont partis chez leurs parents, se sont retrouvés en famille et ont voulu passer cette crise en bonne compagnie. Un regain de vie familiale et une piqure de bonheur pour Elisa, 24 ans, « Je fais mes études en Roumanie et ma famille me manque quand je suis loin. Alors ce confinement m’a permis de passer beaucoup plus de temps avec eux.  » Pour Julia, 30 ans, se retrouver tous les jours chez elle a été une parenthèse magique pour sa vie de famille : « J’ai pu voir les premiers pas de ma fille de 1 an. Jamais je n’aurais pu passer autant de temps avec elle, un temps précieux qui nous manque cruellement lorsque l’on est dans la vie active, à courir à droite et à gauche, entre le travail, les transports en commun et la crèche. Depuis le confinement, notre fille est en permenence avec nous et c’est un bonheur inqualifiable. »

Edith, 57 ans, a vu débarquer avec grand plaisir ses deux fils dans sa maison en banlieue parisienne. « Cela a rompu ma solitude et cela m’a apporté une aide psychologique notamment pour faire face à cette crise sanitaire mondiale. J’en retiens un moment inespéré de vie commune et de rapprochement. Cela faisait des années que cette situation ne s’était pas présentée, il fallait remonter à l’époque où ils étaient plus jeunes. J’appréhende donc le déconfinement après  m’être habituée à une présence, une aide, une complicité.  »

Une peur également liée au virus

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Le gouvernement continue de le dire : la fin du confinement ne signifiera pas que l’on retrouvera notre vie d’avant. Loin de là. Et pour beaucoup de Français, la peur du déconfinement est liée à celle du virus. La peur d’une seconde vague et de contaminer ses proches. Nicolas, 52 ans est de ceux-là : « Je ne me sens pas prêt à reprendre les transports en commun alors que l’on parle partout d’une retour de bâton sur le nombre de contaminations. Pendant le confinement, je rends régulièrement visite à mes parents âgés qui n’habitent pas loin mais je le fais car je suis confiné chez moi le reste du temps avec peu de contacts extérieurs. Je n’ai pas envie de risquer de les contaminer parce que le déconfinement s’est fait trop vite »

Une crainte qui se partage aussi en ce qui concerne la réouverture des classes. Juliette, 33 ans et mère de deux enfants, arrivait jusque-là à concilier le travail et l’école à la maison, même si ce n’est pas tous les jours simples. « Je n’ai pas pour autant hâte de la fin du confinement et de voir mes enfants partir à l’école On navigue à l’aveugle et on ne souhaite pas que nos enfants soient les cobayes du regain de l’épidémie ». Le confinement a aussi relevé les inégalités entre les familles et les travailleurs et la date du 11 mai amène à la fois une forme d’excitation, de liberté, mais aussi des inquiétudes et des craintes pour beaucoup.