A.Savoir

Pourquoi le street artiste Clet détourne-t-il les panneaux de signalisation ?

Un sens interdit qui se transforme en pont, un verre de verre renversé… Si vous avez déjà croisé un panneau de signalisation détourné en plein Paris, vous avez sans doute posé les yeux sur le travail du street artiste Clet. Mais au fait, pourquoi il fait ça ? Nous lui avons posé la question.

Clet, peux-tu nous dire pourquoi as-tu décidé de « street artiser » les panneaux de signalisation ?

Les études officielles sur la sécurité routière concordent toutes pour reconnaître que dans la majorité des cas, c’est bien le manque d’attention le vrai responsable des accidents de la route. Il existe en effets des règles et des lois en abondances pour réglementer, théoriquement, les problèmes de circulation, mais ces règles ne permettent pas de résoudre le problème de la concentration et de l’attention à la conduite.

Ce sont le plus souvent les automatismes qui éloignent l’homme des conditions d’attention et de responsabilité et il est donc important de bien comprendre que la signalisation routière répétée à l’infinie, en surabondance, toujours la même, fait partie de ces automatismes. Elle devient banale et mécanique. C’est alors le message lui même qui finit par perdre de son intérêt et de son importance. La signalisation est bien présente mais n’est plus contemplée, la communication ne passe pas.

Mon travail par contre réveille l’attention du conducteur. Il crée de l’intérêt et de la sympathie là ou il y a en générale peu d’attention et souvent même un certain rejet. Bien sûr, je prends soin dans mes interventions sur les panneaux à ne jamais nuire au sens originel du message. Mon travail est présent dans une proportion largement mineure par rapport à l’ensemble de l’image et dans une situation d’urgence il tend à disparaître car l’œil sélectionne. Je n’aurais d’ailleurs aucun intérêt à éliminer le message des panneaux sur lesquels j’interviens. Mon travail ironise en bonne partie sur leur caractère intransigeant et autoritaire. Sans cela c’est mon travail lui même qui perd son sens.

 

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N’as-tu pas peur que ton travail soit perçu négativement ? D’une certaine manière comme un danger pour la sécurité ?

L’important est dans la façon de le faire. Je m’impose toujours d’être constructif et positif, j’ajoute du sens, de la poésie, de l’humour, du moins je m’y force. Je cherche par toutes les façons le dialogue. Je ne me suis jamais caché, car si le vandalisme détruit, l’art quant à lui construit. J’aimerais ainsi enrichir un débat social où il serait question de trouver un juste équilibre entre les impositions et les libertés, car l’excès de règles décourage le sens de responsabilité du citoyen ce qui engendre la nécessité de nouvelles règles. C’est un cercle vicieux sans fin.

À travers l’insertion d’éléments poétiques ou philosophiques dans un sujet purement intransigeant comme le code de la route, je donne l’exemple concret d’une possible réconciliation entre deux extrêmes habituellement en tension : l’autorité et la liberté. Je voudrais démontrer qu’il faut chercher le compromis, la loi aura toujours besoin de plus d’humanité pour être mieux respectée, comme les panneaux qui deviennent des objets désirables et recherchés dès lors qu’ils contiennent un peu d’humour et de sens.

Regardez les enfants, ils perçoivent immédiatement le caractère ludique et humain de mon travail. Ils le cherchent dans la ville. Finalement attentifs à la présence des panneaux de circulation, la communication passe, la sécurité routière progresse.

 

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