Quelle est l’odeur de Paris ?

Toutes les grandes villes sentent la pollution et pourtant, toutes n’ont pas la même odeur. Alors, comment peut-on décrire celle de Paris ? D’où viennent les senteurs si particulières de la Ville Lumière ? Voici des éléments de réponse.

 

Les déjections, l’odeur la plus prégnante ?

paris odeur de déjections : toilettes délabrées
© Gabor Monori on Unsplash

 

« Paris sent objectivement l’urine ! » s’exclame avec dégoût Bianca quand on lui demande ce que sent Paris selon elle. Et, la Bordelaise venue à Paris pour travailler est loin d’être la seule à citer ce parfum peu ragoûtant en premier. Force est de constater que les déjections canines (et humaines) laissent leur empreinte olfactive dans les rues de la capitale. Mais aussi dans ses métros, où celle-ci se mêle à d’autres effluves très caractéristiques. Comme les odeurs de soufre, de ferrailles ou encore de cambouis. C’est en réalité ce mix détonnant que Louise, 25 ans, désigne lorsqu’elle affirme de son côté que « Paris sent le métro ». Pourtant, ce ne serait pas une, mais plusieurs odeurs différentes que l’on y reniflerait, selon les stations. C’est en tout cas ce qu’a observé Céline Ellena, nez et parfumeuse de profession.

 

A chaque station de métro son odeur

Paris, odeur du métro
© Dan Novac on Unsplash

 

Au métro Abbesses, l’un des plus profonds de Paris, ce serait « odeurs acides d’urine mélangées à celles de désinfectant et de poussières grasses. Peut-être du cambouis, des huiles utilisées pour les rouages et les câbles de l’ascenseur ». A Champs Elysées-Clémenceau, « les parkings attenants sont désodorisés avec un mauvais parfum du type Chanel N°5 ou Rive Gauche d’Yves Saint Laurent. Ce qui donne le sentiment que la station est fréquentée par du beau monde », selon la parfumeuse. Et enfin à Châtelet, l’air serait chargé d’une « odeur de soufre, d’œufs pourris, de chaussettes très sales, de pipi de chat. Camouflée par un emploi excessif de parfum à l’odeur de muguet et de pamplemousse ». Tout un programme.

 

« Il y a des moments de grâce »

Paris odeur de fleurs : Jardins du Luxembourg
© Pixabay

 

Heureusement, l’atmosphère de Paris est plus respirable à la surface. Si l’on met de côté les odeurs de pollution, qui ne sont pas l’apanage de la capitale française… Il arrive même que certains parfums agréables viennent nous chatouiller les narines. « On ne peut pas dire que Paris sente mauvais ! », s’indigne à ce sujet Erica, en bonne amoureuse de la Ville Lumière. « A chaque pas, les effluves varient. Il y a des moments dégoûtants, mais aussi des moments de grâce. En quelques centaines de mètres, on respire les bégonias du fleuriste, le poulet rôti devant la boucherie, le kebab, la lessive devant la laverie… Le brassage est aussi olfactif ».

 

« Paris sent le miel »

Paris odeur : jeune femme qui marche dans la rue
© Valentin Lacoste on Unsplash

 

Comme on aime l’odeur de la personne dont on est amoureux, on apprécierait inconditionnellement celle de la ville que l’on aime. Kate Mc Lean s’est beaucoup intéressée aux connexions émotionnelles que les gens utilisent pour décrire les odeurs de leur ville. L’artiste, designer et chercheuse, a même réalisé une carte du paysage olfactif de Paris en interrogeant ses habitants. Dans une interview au Smithmonian, elle se souvient avoir dû faire des recherches pour comprendre certaines réponses : « Paris sent le miel », lui a-t-on dit avant qu’elle ne comprenne que c’était à cause des produits d’entretien pour les parquets. D’autres propositions recueillies semblaient quant à elles plus évidentes, comme « les traces de fumée de tabac brun Gauloise ».

 

Paris ne sent pas pareil selon les saisons

Paris odeur jardins
© kris atomic on unsplash

 

Comme n’importe quel autre lieu, Paris n’aurait pas la même odeur selon les saisons. C’est en tout cas ce que pense Erica, l’amoureuse de la capitale. « L’automne, Paris sent les feuilles et la pluie. L’hiver, nous passons beaucoup de temps à l’intérieur, alors Paris sent le métro et le café » commente celle qui avoue préférer l’odeur du printemps. « A ceux qui l’oublieraient, il y a des fleurs à Paris à cette saison, et donc de délicieux parfums. Certaines ruelles de Montmartre sentent le lilas dès les premiers beaux jours ». La Parisienne poursuit : « En juillet et août, il y a un mélange entre l’odeur de l’eau des caniveaux, la chaleur de l’asphalte, l’herbe et les travaux ». Mais le parfum de l’été reste pour elle celui du jardin des Tuileries. « Un mélange d’eau des bassins, de fer des chaises, de poussières et de gaufres » qu’elle affectionne tant il lui rappelle de bons souvenirs.