Les secrets (les mieux gardés) du Moulin Rouge

Le Moulin Rouge fête ses 130 ans cette année. Quatrième bâtiment le plus photographié au monde, sa silhouette ornée d’un moulin est célèbre aux quatre coins du globe. Mais peu connaissent les petits secrets du cabaret qui a donné ses lettres de noblesse au French cancan. Critères de sélection des artistes, superstition, pièces secrètes… Voici les anecdotes insolites que l’on a glanées derrière les paillettes.

Facade Moulin Rouge PF ©Moulin Rouge-D.Duguet
Facade Moulin Rouge PF ©Moulin Rouge-D.Duguet

 

Le 6 octobre 1889, le Moulin Rouge ouvrait ses portes pour la première fois à Montmartre. Voué à devenir le cabaret le plus grand, élégant et luxueux de l’époque, il fut le premier édifice à posséder une façade illuminée à Paris.

Le Moulin Rouge abritait à l’époque de son ouverture… un éléphant !

Loin des revues d’aujourd’hui, on venait alors y danser dans sa salle de bal ou assister à des représentations d’artistes de cirque, dont un célèbre Pétomane. Mais le plus étonnant avait lieu derrière l’édifice : là, se trouvait un petit jardin où les clients venaient prendre l’air, faire des balades à dos d’ânes et profiter de spectacles intimistes… dans les pattes d’un éléphant ! « On pouvait assister à une danse du ventre dans l’une des pattes, du cancan dans une autre… » explique Jean-Luc Péhau-Ricau, responsable marketing et de la communication du Moulin Rouge. Cet éléphant en stuc, sauvé de l’exposition universelle, s’élevait sur deux étages.

<small>Jardin du Moulin Rouge, ©Moulin Rouge<small>
Jardin du Moulin Rouge, ©Moulin Rouge

 

Mais ce n’est pas le seul élément insolite qu’a abrité le célèbre cabaret. Aux alentours de 1930, il était possible de s’y faire une toile. « Le lieu contenait le plus grand cinéma d’Europe, une seule salle avec 2000 places », selon Jean-Luc Péhau-Ricau.

Une superstition qui garantirait le succès des revues

Aujourd’hui, la scène cache un immense aquarium rempli de 40 tonnes d’eau, dans lequel une danseuse évolue avec de vrais pythons. Et une mini-écurie, installée au fond d’un couloir en coulisses, accueille six chevaux nains, eux aussi stars de la revue actuelle, Féérie. Celle-ci, dont la première représentation a eu lieu en décembre 1999, a été admirée par plus de 12 millions de spectateurs.

Comme ses prédécesseurs, elle porte un nom commençant par F, par superstition. Depuis le grand succès de la revue « Frou-frou » présentée dès 1962, toutes les revues débutent par cette lettre, en guise de porte-bonheur. Ainsi, nous avons pu par exemple découvrir « Frisson », « Frénésie », « Femme femme femme » ou encore « Formidable ». Ces spectacles ont attiré une clientèle très diversifiée, composée aujourd’hui pour moitié de Français, et pour l’autre d’étrangers.

Une pièce secrète contenant un vrai trésor

Mais si tout le monde est le bienvenu au Moulin Rouge, certaines pièces sont classées top secret. « Les coulisses sont interdites à une grande partie du personnel », explique Jean-Luc Péhau-Ricau. Idem pour les salles de costumes et les ateliers où tout est fabriqué sur mesure, comme celui du plumassiers : « Peu de personnes y accèdent car on travaille aussi dans le plus grand secret pour la haute couture ou d’autres établissements du monde entier ». Mais le cabaret abrite également une autre salle très confidentielle : celle des archives, une pièce contenant une conséquente collection d’affiches de revues anciennes. Si celle-ci est fermée au public, il est toutefois possible d’admirer de belles créations de Toulouse-Lautrec dans le petit salon. Parmi elles, l’une des plus célèbres, montrant des mollets de femme, a fait scandale lorsqu’elle a été affichée en 1891…

<small>Salon d'entrée du Moulin Rouge, ©Wassila Djellouli<small>
Salon d’entrée du Moulin Rouge, ©Wassila Djellouli

 

Elle représente La Goulue, une des artistes qui marquera l’histoire du Moulin Rouge. À l’instar des autres danseuses qui y ont connu la gloire, son surnom n’a pas été choisi au hasard. « Cela venait d’un trait physique ou d’un trait de leur personnalité. La Goulue était ambitieuse, aimait la vie, les hommes, l’argent, l’alcool. Mais il y avait aussi La Môme fromage, Nini-Pattes-en-l’Air, la Sauterelle… ». Si cette tradition est tombée aux oubliettes, les danseurs du Moulin Rouge sont encore aujourd’hui des artistes de caractère…

Des critères précis pour être danseur au Moulin Rouge

Chaque soir, ils sont 60 (40 danseuses et 20 danseurs) de 14 nationalités différentes en moyenne à assurer deux représentations. Le rythme est soutenu, et pour cause : le cabaret ne ferme jamais et les danseurs n’ont que 5 jours de congés par mois. Ils sont sélectionnés avec soin lors d’auditions au Canada, en Scandinavie, Australie, Angleterre, Etats-Unis et à Paris. Pour avoir la chance d’être recrutés, ils doivent « avoir une solide formation classique avec orientation jazz ou cabaret, faire 1m75 minimum pour les femmes et 1m85 pour les hommes ». Mais ce n’est pas tout : « On recherche une personnalité sur scène, des sourires naturels. Pas de robots ni de clones, mais des danseurs qui prennent du plaisir », ajoute Jean-Luc Péhau-Ricau. Les recrues ne doivent pas grossir ni maigrir de plus de deux kilos, sous peine d’être remplacées : « On renouvelle en moyenne 20% de la troupe par an », affirme le responsable marketing et de la communication.

French-Cancan-©Moulin-Rouge®-S.Franzese
French-Cancan-©Moulin-Rouge®-S.Franzese

 

Les danseurs de la troupe ont donc tout intérêt à rester en forme s’ils veulent conserver leur place. Et beaucoup le souhaitent, en partie pour l’esprit très familial qui règne au cabaret. Mais aussi parce que pour eux, se produire sur la scène du Moulin Rouge est un rêve de jeunesse. Avec leurs costumes de strass et de paillettes refaits à neuf tous les trois ans, ils prennent plaisir à marcher sur les traces de Mistinguett et voir briller les yeux des spectateurs.