Sexualité et confinement, comment résoudre cette énigme ?

Méthodes de travail, gestion du stress, interactions sociales, nos habitudes sont aujourd’hui mises à l’épreuve, conditionnées par un confinement qui nous oblige à repenser notre quotidien. Une remise en question qui s’immisce jusque dans nos rapports intimes. Distance physique, anxiété, frustration, faire l’amour sereinement durant le confinement est-il encore possible ?

L’industrie du sexe s’est rarement aussi bien portée que depuis la mise en place des mesures de confinement. La consommation de sites pornographiques a augmenté de 50%, les ventes de sextoys sont en plein boom et les rayons de préservatifs continuent de se vider : il semblerait que les Français aient trouvé un moyen de tromper l’ennui en s’adonnant aux joies du sexe. Tiraillés entre une libido exacerbée et un stress permanent qui affecte leur sexualité, couples et célibataires se voient aujourd’hui confrontés à un désir ambivalent. « C’est un peu étrange. On a à la fois plus envie de se rapprocher et de faire l’amour mais en même temps, on met une certaine distance entre nous deux » confie Héloïse, 27 ans, confinée avec son partenaire.

En effet, comment continuer à ressentir et à manifester du désir pour son ou sa conjointe lorsque l’équilibre du couple est totalement mis en branle ? Pour Claire Alquier, sexologue, le plus important est de garder le dialogue ouvert, d’être attentif aux besoins de l’autre et de garder un espace à soi, même confiné·e·s dans le même logement. « Il est primordial de prendre soin de soi et de l’autre, d’exprimer toutes les angoisses que cette situation inédite entraîne mais aussi d’accepter que l’autre ait besoin d’être rassuré. Si l’on se sent écouté et soutenu, généralement, l’anxiété diminue ».

On fait comment pour faire des rencontres ?

Spaghetti app dating
Unsplash @ The Creative Exchange

Alors que les activités extérieures et les interactions sociales sont au point mort, la quarantaine nous permet de profiter d’un luxe dont notre vie à 100 à l’heure nous avait privé : du temps. Une nouvelle forme de temporalité qui permet de reconsidérer notre sexualité et de travailler notre créativité. À défaut d’enchaîner les dates, Estéban, célibataire de 29 ans, profite de ce temps privilégié pour s’essayer à de nouvelles pratiques sexuelles, comme la méditation tantrique. Une façon de se reconnecter à ses propres émotions, prises d’ordinaires dans le tourbillon quotidien. « Le temps est un facteur essentiel en matière de sexualité et de plaisir, analyse le laboratoire Terpan, expert en prévention contre les IST/MST et distributeur de préservatifs. En s’attendant à de possibles longues périodes d’isolement, seul·e ou avec son ou sa partenaire, les gens souhaitent explorer de nouvelles manières d’utiliser au mieux ce temps à la maison ».

Si Pauline, 35 ans, avoue avoir déserté les applis de rencontres « pour éviter les frustrations », le confinement semble réussir à ces plateformes qui, après l’annonce des mesures du gouvernement, ont dû répondre et s’adapter à l’afflux massif des utilisateurs. Dimanche 29 mars, Tinder enregistrait plus de 3 milliards de Swipe quotidiens, son plus grand record de tous les temps. Même l’appli Gleeden, spécialisée dans les rencontres extra-conjugales, a constaté une hausse de son trafic de +270% par rapport au mois de mars 2019. Malgré le contexte, les célibataires (mais pas que) ne semblent visiblement pas renoncer à l’idée de faire de nouvelles rencontres, quitte à bousculer leurs habitudes de dating. « On est au début du confinement et on observe déjà de nouveaux usages, note Marine Ravinet, responsable des tendances pour l’appli Happn. De la même manière que les gens font des e-apéros, on encourage notre communauté à faire des premiers dates en vidéo ».

Boire des coups à distance, un programme ultra déprimant pour une première rencontre ? Peut-être. Pourtant, loin d’être refroidis à l’idée de dater via un écran, les utilisateurs verraient même la situation d’un bon œil, estimant que ce premier contact permettra de faciliter la « vraie » rencontre, une fois le confinement levé, ayant passé plus de temps à discuter sur l’appli qu’à l’accoutumée.

Un contexte qui permet de repenser notre sexualité

La rencontre physique, parlons-en justement. Si le contexte peut en effet favoriser l’échange et la discussion, l’attente peut également avoir raison de ces histoires naissantes. En effet, entamer une relation en la privant de sexe la fragilise-t-elle d’entrée de jeu ? Faire l’amour virtuellement peut-il menacer la magie du moment, celui que l’on vivra « pour de vrai » ? « Je ne saurais pas dire, avoue Claire Alquier. Ça dépend de l’enjeu qu’on y met, des attentes de chaque personne et de ce que l’on se dit. Ceci dit, commencer une histoire par du virtuel et pouvoir l’aboutir par la suite peut être très érotique ».

Si les célibataires entretiennent donc le désir à grand renfort de sextos, de photos suggestives et de Facetime coquins, pour les couples (confinés ensemble ou pas), le climat actuel est peut-être aussi l’occasion de s’éloigner du modèle « traditionnel » de la sexualité, dominé par la sacro-sainte pénétration. « Il y a d’autres manières d’avoir des rapports intimes » insiste Claire Alquier qui suggère le tantra, le partage d’une lecture érotique ou encore la masturbation face à face. Sans oublier le numérique, comme s’envoyer des messages, des vidéos ou des audios, même si l’on se trouve dans la même pièce. « Tout est imaginable » assure-t-elle. Seule constante : le consentement et la confiance que l’on accorde à celui ou celle à qui l’on enverra ces contenus. « Cela peut être très puissant sur le plan érotique d’utiliser ces outils-là mais ils peuvent également être aussi très dangereux. On ne le fait pas avec n’importe qui, n’importe comment. Si on utilise une image, il est fortement conseillé de ne pas montrer son visage. Le cyber-harcèlement, le revenge-porn, ça arrive… » alerte la sexologue.

Et le sexe post-Covid-19, il ressemble à quoi ?

préservatifs
Unsplash@dainisgraveris

Sexualité et risques à l’ère du Covid-19 ne se résument malheureusement pas à l’éventuel boom de ces pratiques douteuses. Il est sans doute trop tôt pour jouer les pronostics mais il est évident que cette période et les remises en question qu’elle induit vont avoir un impact sur la sexualité, au-delà même du confinement. Outre l’explosion de divorces (comme il a été observé dans plusieurs provinces chinoises), à l’hôpital, on se prépare à recevoir de nombreux AES (accidents d’expositions sexuelles). Une crainte d’autant plus partagée qu’une pénurie mondiale de préservatifs se profile à cause de la pandémie.

Lorsqu’il envisage l’avenir, Amine, 32 ans, ne se montre pas particulièrement anxieux à l’idée de faire l’amour avec des inconnus, mais assure qu’il sera d’autant plus vigilant et qu’il n’aura probablement pas « la même activité qu’avant jusqu’à ce que l’on soit tous testés ». Bien que le virus n’ait pas été classé comme maladie sexuellement transmissible, pour Kamal Yahiaoui, patron du laboratoire Terpan, il est nécessaire de ne pas faire l’impasse sur certains gestes d’hygiène, notamment au moment d’enfiler un préservatif. « En aucun cas, on le déroule avec des mains sales. Si l’on n’a pas de gants, on privilégie le gel hydroalcoolique ». Sans oublier de prêter attention à sa qualité et de ne pas lésiner sur le lubrifiant, qui réduit les chances qu’il se craque. A ce propos, on vous soumet cet épisode des Couilles sur la Table.

Quelques suggestions littéraires pour envisager une autre sexualité :

 

Slow Sex de Diana Richardson

Le petit guide de la masturbation féminine de Julia Pietri

Connais-toi toi-même, guide d’auto-exploration du sexe féminin de Clarence Edgard-Rosa

Les corps abstinents d’Emmanuelle Richard

Sexpowerment de Camille Emmanuelle

L’intelligence érotique d’Esther Perel

Au-delà de la pénétration de Martin Page

Kamasutra de Lucile Bellan