Six femmes photographes à découvrir sur Instagram

C’en est fini d’être invisibilisées ! Instagram offre aujourd’hui aux femmes photographes l’espace d’expression – et de diffusion – qu’elles méritent. Ces six comptes dévoilent le “certain regard” de ces artistes trop longtemps minorées, qui sortent de l’ombre à grands coups de flashes. En résultent des images aussi peaufinées et pop que politiques. 

Capucine de Chocqueuse

C’est une forme de volupté poétique qui recouvre les photographies vaporeuses de l’artiste parisienne Capucine de Chocqueuse. D’ailleurs, chaque portrait des jeunes femmes qu’elle immortalise est introduit par quelques vers – de Paul Eluard, René Char, Paul Verlaine, Charles Baudelaire. Romantisme et mélancolie caractérisent le style graphique de la jeune esthète, adepte des flous et des reflets, des luminosités froides et des nuances de bleu. Dans ces instants de vie volés où le regard féminin importe plus que tout, la couleur qui domine l’image est considérée comme une émotion à part entière. Si les portraits de femmes recouverts de mystères et de sensations flottantes vous envoûtent, jetez donc un coup d’œil aux clichés de la non moins talentueuse Anaïs Kugel. Vous risquez bien de chavirer.

Emily Garthwaite

De l’autre côté du monde, la photo-journaliste londonienne Emily Garthwaite capte du bout de son objectif les sensibilités des âmes qu’elle croise sur sa route. Son immersion alerte au sein de la société irakienne a donné lieu à de puissants fragments du quotidien : les visages des citoyennes, distraites, pensives ou souriantes, lointaines ou saisies à fleur de peau. Images chocs et portraits sereins s’alternent au sein de ce voyage immersif qui donne à voir la condition des femmes en Irak, tantôt tristes et lumineuses, libres et contrariées, réunies avec sororité ou sujettes à une désarmante tristesse. Passionnée par les causes humanitaires et écologiques, Emily Garthwaite n’a pas besoin de grands discours pour faire entendre sa fibre humaniste. Elle se ressent à la surface même de la pellicule. Émouvant.

Diane Villadsen

POP ! S’il n’y avait que trois lettres pour définir les créations insolites de Diane Villadsen, celles-ci conviendraient à merveille. L’univers de la photographe montréalaise est aussi acidulé qu’une poignée de bonbecs ou qu’un clip de l’esthète belge Charlotte Abramow. Autant dire que l’on se délecte de ses mosaïques constamment décalées dont les tonalités chaudes nous obsèdent : d’un côté le rouge et de l’autre le jaune. Des couleurs fruitées et sensuelles, gourmandes et pulpeuses, résolument enfantines, omniprésentes au sein d’un imaginaire chaleureux dont l’apparente candeur masque forcément une authentique impertinence.

Elsa Bleda

Elle se décrit en « amoureuse des petits détails » mais ses clichés font forte impression. Car Elsa Bleda transcende tout un « langage Instagram » fait de paysages infinis et de visions « skyporn » introspectives. Son regard s’attarde sur l’immensité de la Nature, la teneur « lovecraftienne » de la brume, les vertiges irréels des panoramas urbains. La photographe envisage le ciel comme une toile d’où émergent quantité de sentiments divers – la rêverie et l’angoisse, la dérive et la contemplation. Comme si l’on retrouvait immergé dans un film de John Carpenter ou une nouvelle de Stephen King, les photos d’Elsa Bleda se dégustent comme autant de songes post-apocalyptiques. Dans le même genre, l’on ne saurait trop conseiller les errements de Marilyn Mugot, d’où émane une identique impression d’inquiétante étrangeté.

Océane Feld

Comment faire du nu à l’heure où les sexualités se réinventent ? Du haut de ses 19 ans, Oceane Feld répond à cette interrogation par une vision intensément contemporaine de l’érotisme. Inspirée par Romy Alizée, cette jeune féministe met en lumière des corps fiévreux et différents, insoumis à toutes formes d’injonctions sociales ou de normes physiques. Sans jamais être morne, la chair s’y perçoit le plus souvent sous l’angle de la réflexion et de l’attente : yeux fermés, désirs en suspens, visages pensifs, corps alanguis et confusion des sentiments. L’extase côtoie l’ennui au fil de ces clichés parfois déroutants où seul l’esprit, insondable, refuse d’être mis à nu. Si les photographies « not safe for work » d’Oceane Feld sont transgressives (le fait de proposer du nu sur Instagram l’est déjà), elles ne sombrent jamais dans la provoc’ facile. C’est la tendresse qui en émane qui éveille le plus les sens.

Lisa Miquet

View this post on Instagram

@lujipeka dans les coulisses du Zénith de Paris

A post shared by Lisa Miquet (@lisamiquet) on

Co-réalisatrice de l’indispensable documentaire YouTube : Elles prennent la parole – consacré aux femmes vidéastes – la photographe indépendante Lisa Miquet est fascinée par ceux et celles qui font la culture populaire d’aujourd’hui – et cet amour est réciproque. Qu’elle saisisse la beauté déroutante de la chanteuse Cœur de Pirate ou le spleen insolent de Foda C (l’une des figures de proue du crew Columbine), les lumineux sourires d’Angèle ou l’inimitable flegme de Roméo Elvis, l’affection profonde que porte l’artiste pour ceux et celles dont elle saisit les poses s’exprime sans détour. Une seule photo lui suffit pour capter les traits de caractère d’un.e artiste : le rire potache et à moitié fou du rappeur Vald, la gravité douce de Sophie-Marie Larrouy, l’air solennel de l’iconique Juliette Armanet. Simplement juste.