Design : Pierre Paulin, sculpteur de matière et d’espace

Le Centre Pompidou propose à partir de cette semaine, la première rétrospective d’envergure consacrée à Pierre Paulin, unanimement considéré comme l’une des icônes du design de la seconde moitié du XXe siècle.

C’est que même sans vraiment s’intéresser à la discipline, on ne peut ignorer deux ou trois choses à son sujet. Qu’il fut choisi en 1971 par le couple Pompidou, esthète et précurseur, pour réinventer d’une façon qui semblait alors futuriste les appartements privés de l’Élysée. Qu’en abolissant toute barrière politique, François Mitterrand lui confia aussi, en 1984, l’architecture intérieure du bureau présidentiel. Que ses créations, entrées au MoMa à New York, dès la fin des années 60, furent aussi vues chez James Bond.

Et puis, surtout, à la vue de ses sièges (son domaine d’expression favori), on sait, sans forcément être capable de les attribuer à leur auteur, que ce sont des pièces majeures que l’on a sous les yeux. Car Pierre Paulin, à la fois grand connaisseur des styles du passé et scrupuleux observateur de son époque, fut tout au long de sa carrière, un fabuleux alchimiste. En réinterprétant le répertoire mobilier du passé, en empruntant leurs meilleures idées à ses condisciples, de Alvar Aalto à Ray et Charles Eames, en étudiant l’ergonomie et en utilisant les matériaux les plus novateurs, il inventa un univers inédit que l’on célèbre aujourd’hui. Via plus d’une centaine de pièces originales, rééditions ou maquettes, on redécouvre le génie, mais aussi la grande poésie d’un créateur, qui pourtant, dit-on, ne laissait pas facilement transparaître ses émotions.