Henrik Vibskov, le style éclectique

Styliste, artiste, chorégraphe, musicien, le créateur danois protéiforme dévoile son univers et son approche plastique de la mode dans une exposition-rétrospective (12 mai-16 juillet) à ne pas manquer.

Il ne fait pas partie des designers qu’on citerait spontanément. Et pourtant, ce Danois de 45 ans, né à Kjellerup au Danemark, sorti diplômé du fameux Central Saint Martins College de Londres, à la tête de son label de mode depuis près de 15 ans, est aujourd’hui considéré comme l’un des créateurs les plus avant-gardistes, les plus fantasques aussi. Celui qui raconte s’être engagé dans la mode avec l’idée d’impressionner les filles, inclassable et résistant à l’uniformisation générale, sort volontiers des clichés minimalistes scandinaves. Sa vision : une approche plastique de la mode, où l’art, le théâtre, la danse, la musique forment un tout. Entouré de sa troupe, la Team Vibs – “un collectif composé de créatifs, designers, mais aussi de grands-mères sachant broder ou d’assistants sachant cuisiner” –, le créateur enfile à chacun de ses défilés le costard de metteur en scène d’un “bordel organisé”, dit-il, attaché au spectacle et à sa dimension organique.

(Photo : Défilé « The Transparent Tongue » printemps-été 2013 © Tue Juelsbo)

Membre de la Chambre syndicale de la mode masculine et seul designer scandinave inscrit au calendrier de la Fashion week depuis 2003, Vibskov marque rapidement les esprits avec sa collection The Big Wet Shiny Boobies (printemps-été  2007) faisant poser ses modèles autour d’une forêt de seins articulés. Jouissif. Récompensé du prix Soderberg en 2011 (le mieux doté dans l’univers de la mode), le créateur dévoile sa collection l’année suivante autour d’une immense structure gonflable rose et à pois, métaphore de la langue et clin d’œil au goût de fruits de la passion, concède-t-il. Les saisons s’enchaînent autour de scènes spectaculaires, l’hiver 2015 intitulé Massage Messy Class transforme l’espace des Blancs-Manteaux en spa surréaliste où une installation de 20 mètres de long fait s’articuler 400 mains de massage en mouvement et où se révèlent une collection colorée, teintée d’esprit folk, jouant des imprimés forts et formes oversize.

L’année dernière encore, une armée de casse-noisettes claquant au rythme des musiques, vient illustrer la collection hiver 2016 et pour l’été 2017, son défilé Salami Kitchen s’inspire des boucheries en dressant sur le catwalk saucissons brodés à la dizaine dressés par quelques garçons bouchers. Artiste protéiforme, celui qui revendique le besoin incompressible de se nourrir en permanence pour créer s’est ainsi aventuré du côté de la réalisation à travers courts-métrages et documentaires, se passionne pour le design, écrit, joue les batteurs au sein de son groupe Moutain Yorokubu et tient même le rôle de prof au sein de l’école DSKD, école de design danoise réputée dont les cachets qu’il perçoit sont directement versés à sa PIG Foundation (Practical Intelligence Genius) soutenant et récompensant les jeunes créateurs.

(Photo : Décor du défilé  « The Jaw Nuts Piece » automne-hiver 2016 © Helle  Moos)

Présenté dans toutes les capitales du monde – au PS1 Moma à New York, au Palais de Tokyo, à l’ICA de Londres, au Kiyomizu-Dera Temple à Tokyo, à Milan, Rotterdam, Helsinki ou Washington –, produisant ses propres expositions dans galeries et musées – dont Neck Plus Ultra à la Galerie des Galeries (Galeries Lafayette) en 2010, Henrik Vibskov est cette année l’invité de la Maison du Danemark, récemment reliftée de la tête aux pieds, qui lui consacre du 12 mai au 16 juillet une rétrospective. Une carte blanche laissée au créateur, “mosaïque de nouveaux projets et d’œuvres personnelles” déjà montrées au public à travers ses dernières expositions, où entre installations vidéo, sculptures organiques et exemples de mises en scène toujours extravagantes, se lit un condensé explosif et profondément décalé de l’univers Vibskov.

Exposition Henrik Vibskov, du 12 mai au 16 juillet, à la Maison du Danemark, 142 avenue des Champs-Élysées, 8e. M° Charles-de-Gaulle-Etoile. Du mardi au vendredi de 13h à 19h, samedi et dimanche de 13h à 18h. Entrée gratuite. www.maisondudanemark.dk