Le style militaire s’invite dans la mode

Sahariennes, marinières, treillis, mais aussi besaces ou même tee-shirts, les apports du style militaire à la mode sont multiples. Alors que la tendance bat son plein cette saison, un beau livre coordonné par un expert ès-fashion, se penche sur les raisons de cet étonnant héritage, entre histoire, ambassadeurs emblématiques, pièces iconiques et créateurs actuels. Passionnant.

« War, what is it good for ? Absolutely nothing » (en gros, « La guerre, ça sert absolument à que dalle »), chantait Edwin Star en 1970. On n’ira bien sûr pas à l’encontre de cette injonction devenue mythique, mais suivant la maxime qu’à toute chose malheur est bon, on sera bien obligé d’épargner dans la bataille le vêtement des potentiels combattants, et ce, qu’ils soient officiers ou simples soldats. Car sans l’uniforme, auréolé de tout son prestige, mais aussi sans la vieille panoplie du baroudeur, conçue pour affronter les terrains les plus hostiles, la mode n’aurait pas été ce qu’elle est. Là bien sûr, à part quelques précurseurs à l’instar Coco Chanel qui appliqua la première des poches militaires sur ses vestes féminines, il aura fallu une succession de concours de circonstances et d’influences parfois involontaires pour que l’imagerie fasse son chemin. Ainsi, ce n’est qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, avec la vente au grand public des surplus militaires, organisée par les gouvernements pour récupérer un peu d’argent, que l’engouement commença à prendre forme. C’est là qu’on découvrit par exemple pour la première fois, le tee-shirt tel qu’on le connaît aujourd’hui ; à l’origine un sous-vêtement de la Navy, né pendant la guerre hispano-américaine en 1898. Le basique devra cependant attendre les années 90 pour être réellement intronisé par le monde de la mode, à la faveur d’un modèle flanqué d’un logo par le créateur Helmut Lang.


(Photo, de gauche à droite : © Georgie Wileman/Getty Images, La veste militaire est devenue au fil du temps un véritable basique ; © Peter White/Getty Images, Dries Van Noten, automne/hiver 2016-17, Paris ; © Victor Virgile/Getty Images, Etro, printemps/été 2013, Milan.) 

D’ambassadeurs en créateurs

Le film de guerre aussi, fit son travail à la même époque, quand les plus grandes stars d’Hollywood se retrouvèrent prescriptrices d’un style qu’on associait inévitablement à un vent de victoire. Plus tard, en 1954, Marilyn Monroe fit aussi le job, en apparaissant en uniforme kaki pour une visite aux soldats déployés en Corée. Mais le message fut parfois porté de manière bien différente, par Mao, qui rhabilla la Chine en uniforme pour gommer ses individualités ou par Fidel Castro et le Che Guevara qui, dans les années 50, propagèrent leur bonne parole à Cuba, dans des tenues paramilitaires des plus convaincantes. De quoi influencer la jeunesse des années 60, qui adopta le style « army », comme un signe de contestation, notamment à l’encontre du conflit au Vietnam. Il n’en fallait pas plus pour piquer l’imagination des artistes, à l’instar d’Andy Warhol qui recolorisa l’imprimé camouflage dans des teintes Pantone parmi les plus vives, et des stylistes qu’on ne dénombrera plus. A chacun dès lors, de lui apposer sa touche personnelle, comme Yves Saint Laurent qui conçut sa fameuse saharienne en se rappelant son enfance en Algérie. Tant et tant et si bien qu’au fil de multiples dates marquantes et nourri par autant d’imaginations fertiles, le style militaire a essaimé jusqu’à s’imposer partout, du caban à gros boutons (pratiques pour les doigts gelés) à la montre Tank de Cartier en passant par le trench, les cuissardes ou les lunettes aviateur. Avec pour chaque pièce ou même chaque simple détail, autant d’histoires, de précurseurs et d’opportunismes joyeux.


Le Style militaire envahit la mode, de Timothy Godbold, édiition Phaidon, 208 pages, 280 illustrations, 29,95 euros.