Les instruments de musique du futur

Comment imaginer la musique du futur ? Certainement avec de nouveaux outils capables de changer en profondeur le langage sonore. Dans le monde entier, musiciens et chercheurs planchent pour concevoir ces instruments de demain. Passage en revue des plus beaux spécimens.

Artiphon, le multi-instrument

C’est quoi l’histoire ?

Avant cette chose abracadabrante qu’on appelle internet, lorsqu’un créateur avait une nouvelle idée, il devait se lancer dans une fastidieuse (et parfois infructueuse) recherche de partenaires, quitte à récolter au passage le mépris de quelques sceptiques. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, il existe des sites de financement participatif permettant de faire appel en quelques clics aux internautes du monde entier. C’est la méthode qu’a choisie Mike Butera, un chercheur en études sonores de Nashville, pour donner vie à son Artiphon. Bingo : les contributions sur la plate-forme Kickstarter ont dépassé 900 000 $ alors que l’objectif initial était d’atteindre modestement 75 000 $. On appelle ça un plébiscite.

Ça ressemble à quoi ?

A une sorte de long et fin manche de guitare doublé d’un clavier. Avec son design épuré et son ergonomie ludique, on pourrait presque confondre la chose avec un accessoire de la Wii. Comment ça fonctionne ? L’Artiphon reproduit les sons du piano, de la guitare ou du violon et bien d’autres instruments grâce à sa compatibilité avec les applications numériques musicales comme Garage Band (orgue, basse, banjo, boîte à rythmes…). Jusque là, rien de révolutionnaire. Sauf que l’objet se transforme littéralement suivant la position dans laquelle on s’en sert. Couché sur les genoux, il devient un clavier, posé sur l’épaule, un violon (avec son smartphone en guise d’archet), ou porté à deux mains, une guitare dont on peut chatouiller les cordes numériques. Voilà qui devrait séduire les musiciens touche-à-tout qui n’ont pas le budget pour acheter tous ces instruments, ni la place pour les stocker chez eux. Alors forcément, on gagne en praticité ce qu’on perd en plaisir de jouer sur du vrai matériel acoustique fait de bois et de cordes. Mais, facile à transporter, il devient un outil idéal pour la scène.

Ça coûte combien ?

Un peu plus de 350 $ (environ 325 €), pour une commercialisation prévue en début d’année 2016. 

Reactable, l’expérience musico-ludique 

C’est quoi l’histoire ? 

C’est à l’université Pompeu Fabra de Barcelone que trois chercheurs espagnols et autrichiens emmenés par Sergi Jordà, un docteur en physique passionné de musique, ont engendré la bête. L’équipe a même donné des concerts un peu partout dans le monde pour présenter leur invention, mais le coup de pouce est venu d’une certaine Björk. En effet, la prêtresse islandaise de la pop 2.0 – jamais la dernière quand il s’agit d’expérimenter en piochant parmi les innovations high-tech – a abondamment utilisé la Reactable pendant sa tournée Volta il y a quelques années. 

Ça ressemble à quoi ? 

À une table ronde, lumineuse et tactile qui évoque au premier abord une borne d’arcade. Sauf qu’ici on ne joue pas à Pacman, mais on s’essaye à la création sonore sur un écran interactif bleuté totalement hypnotique. 

Comment ça fonctionne ? 

Le ou les utilisateurs disposent à leur guise sur l’interface translucide des cubes qui représentent chacun des générateurs de sons, des effets et des filtres différents. En les déplaçant et en les faisant interagir entre eux, la fréquence du signal envoyé vers le point central de la table varie et un projecteur émet des effets lumineux en produisant des sonorités proches de la musique électronique expérimentale. Une utilisation intuitive quasi enfantine qui laisse une grande place à l’improvisation et à la collaboration entre les “joueurs”. D’ailleurs, tout le monde peut s’y essayer, sans même être musicien, mais il faut tout de même pas mal d’entraînement avant de maitriser la machine. Un peu comme un bon jeu vidéo. À noter que pour démocratiser le concept, le Reactable a été décliné en application iPhone et Android. 

Ça coûte combien ? 

Comptez tout de même 6 100 € pour la Reactable live, mais moins de 10 € pour l’application. 

Karlax, la baguette magique high-tech 

C’est quoi l’histoire ? 

Cocorico ! Derrière Karlax et son nom de médicament futuriste se cache Da Fact, une entreprise française spécialisée dans la création d’outils destinés aux arts numériques, lauréate du Grand Prix de l’innovation de la Ville de Paris en 2007. Son concepteur Rémi Dury a un sacré CV : passé par les Beaux-arts et le Conservatoire national supérieur de musique et de danse, il a longtemps été enseignant en arts et compositeur avant de monter sa start-up. Ça ne l’a pas empêché de ramer avant de pouvoir concrétiser son projet multimédia pointu, qui a depuis rencontré son petit succès chez les professionnels de la musique contemporaine. 

Ça ressemble à quoi ? 

À un genre de grande clarinette en aluminium noir avec moult touches et pistons. Bref, un vrai bijou de haute technologie aussi froid qu’impressionnant. 

Comment ça fonctionne ? 

Karlax n’est pas un instrument qui fonctionne seul mais un contrôleur MIDI qui permet à l’utilisateur qui le manipule de reproduire à distance des sons qu’il a préalablement programmés sur son ordinateur. Grace à ses capteurs, l’objet enregistre les mouvements effectués et interprète en fonction la musique. Ce ne sont plus simplement les doigts qui jouent, mais tout le corps. Une manière pour les musiciens électro de révolutionner leurs prestations scéniques en proposant un véritable spectacle sonore et visuel (l’interface peut aussi agir sur la lumière ou des séquences vidéo). Pour Rémi Dury, l’ambition de Karlax est de faire évoluer le langage musical, comme il le déclarait à la presse l’an dernier : « On ne peut pas se dire qu’on va l’acheter pour reproduire une musique déjà entendue. Après, on peut jouer du Mozart si on le souhaite. Mais c’est plutôt le début d’une nouvelle histoire de la musique ». L’avenir dira si c’est vraiment le cas. 

Ça coûte combien ? 

Pour l’instant, très cher, minimum 4 000 €. Un tarif qu’espère pouvoir diminuer son créateur dans les années à venir s’il arrive à populariser davantage l’appareil auprès des artistes. 

Mogees, le monde comme terrain de jeu 

C’est quoi l’histoire ? 

On doit le concept à Bruno Zamborlin, un musicien italien surdoué, doctorant passé par l’université de Londres et l’Ircam à Paris, dont l’objet d’étude porte sur « les nouvelles méthodes d’interaction gestuelle avec les objets du quotidien et leurs applications dans la création de nouvelles interfaces pour l’expression musicale ». Rien que ça. Financé comme l’Artiphon via Kickstarter, l’homme a présenté son bébé il y quelques semaines au prestigieux festival de nouvelles technologiques South by Southwest à Austin, devant un public visiblement emballé. Son slogan ? « Play the world. » 

Ça ressemble à quoi ? 

A un micro-capteur-ventouse de la taille d’un pavillon de stéthoscope. Mini format, maxi effet. 

Comment ça fonctionne ? 

Mogees transforme les objets physiques de notre environnement (arbre, table, vitre, grillage, bref, tout et n’importe quoi !) en instruments de musique. Il suffit de poser le capteur sur la surface choisie et de le relier à un smartphone qui transformera via une application les vibrations émises en sonorités musicales lorsque que vous touchez la surface. Chaque son ou note est contrôlé par un geste ou un objet différent. On peut par exemple se mettre à jouer La Lettre à Élise sur une plaque de cuisson avec sa main ou des couverts. C’est franchement bluffant à voir – et à entendre –, même si on ne connait pas encore précisément les possibilités et les limites de l’outil. 

Ça coûte combien ? 

Pas de prix annoncé pour l’instant. Mooges devrait être mis en vente en juillet prochain tandis qu’une version plus accessible, ciblant le jeune public, suivra peu après.