Les jeux vidéo : toujours plus ouverts ?

D’après les derniers The Witcher, Assassin’s Creed, Destiny, Batman ou Metal Gear, les mondes ouverts pratiquement sans limites – le open world gaming – sont la tendance vidéoludique du moment. Surtout quand on y ajoute la possibilité de peupler ces mondes avec de ‘vraies’ figurines, ou celle de tout construire de A à Z…

Les superproductions super-vastes

En ce moment, les plus grands studios vidéoludiques rivalisent de visions grandioses. Peut-être pour contrer la montée des jeux mobiles ultra-simples comme Candy Crush ou Angry Birds, ils proposent aux joueurs des mondes apparemment sans limites. Mais la taille ne fait pas tout ! La liberté n’est rien sans une petite touche pour guider les joueurs. Et c’est là que ces méga productions se distinguent les unes des autres. Par exemple, dans The Witcher 3 (PS4, Xbox One, PC, environ 60 €), où l’on incarne un sorcier-guerrier qui se balade où il veut dans un immense environnement médiévalo-fantastique, l’humour vient pimenter l’ensemble. Après une phase d’initiation en monde ouvert, on se retrouve convoqué au château de l’empereur pour choisir une tenue bien trop seyante pour notre héros plutôt rugueux ! Après ce passage contraignant très cocasse, on apprécie d’autant plus la prochaine phase du jeu, où l’on retrouve la liberté.

Metal Gear Solid V (PS4, PS3, Xbox One, PC, environ 60 €) joue également avec un subtil mélange de sérieux et d’humour, cette fois-ci absurde : on commence le jeu en suivant un personnage au visage caché, à la voix grave de Kiefer Sutherland (24h Chrono) mais dont la blouse d’hôpital ouverte à l’arrière ne laisse entrevoir le postérieur… le tout dans un contexte guerrier très sérieux et réaliste. Ensuite, on est poursuivi par un géant de feu sur une licorne tout aussi flamboyante, avant de se retrouver enfin libre, dans un monde ouvert… pour la première fois de l’histoire de cette franchise de jeu d’infiltration cultissime. C’est là où le jeu trouve tout son sens, puisqu’on doit infiltrer une succession de lieux — villages, campements, etc. — avec l’aide d’une armée qu’on recrute sur le terrain. Comment ? En assommant ses ennemis, puis en leur attachant un ballon d’hélium qui les catapulte dans les airs de façon hilarante…

Si d’autres jeux ont un peu plus de mal à nous convaincre, ils peuvent être par moments tout aussi impressionnants. Le dernier Assassin’s Creed (Unity : PS4, Xbox One, PC, environ 40 €), par exemple, tenait tellement à nous montrer les foules de la révolution française qu’il a croulé sous sa propre ambition, le code du jeu étant parsemé de bugs. Le dernier Batman (Arkham Knight : PS4, Xbox One, PC, environ 70 €) a connu des problèmes similaires sur PC ; mais même sans bugs, ses batailles de tank obligatoires brident notre liberté autant que notre envie de progresser dans le jeu. Et du côté de Destiny, l’épique jeu de tir en ligne des créateurs de Halo, ce qui semble être une liberté d’exploration absolue n’est en réalité qu’un incessant retour sur des mondes qu’on a déjà explorés. Même lorsqu’on aura installé la dernière mouture du jeu, Le Roi des Corrompus (PS3, PS4, Xbox One et 360, environ 50 euros), on ne pourra pas s’aventurer d’emblée dans les nouveaux niveaux de ce dernier. Ce qui est plutôt frustrant. La liberté absolue des jeux vidéo est peut-être ailleurs, auprès de développeurs indépendants comme Hello Games, créateurs de No Man’s Sky (PS4 & PC, prix TBC), un jeu d’exploration spatiale au monde littéralement infini. Infini parce que généré automatiquement, ce qui fait que son aventure devrait être totalement unique. Ça promet !

Les jouets qui entrent en jeu

Les jeux à mondes ouverts, c’est une chose ; les jeux à personnages ouverts, c’en est une autre ! La tendance, plutôt enfantine mais tout de même fascinante, a été lancée en 2011 par Skylanders avec l’Aventure de Spyro, le premier jeu qui permettait de poser des figurines sur un socle relié à sa console pour les incarner ensuite dans le jeu. Le concept a connu, depuis, un franc succès : la franchise Skylanders a généré 3 milliards de dollars en revenus à ce jour, après avoir vendu 175 millions de jouets. Cette croissance devrait continuer avec Skylanders : SuperChargers (à partir de 50 euros, toutes plateformes), la dernière mouture de la série, qui intègre pour la première fois des véhicules… avec lesquelles on peut bien sûr jouer dans la vraie vie ! Un telle réussite devait forcément engendrer des produits similaires : Disney aura été le premier à tirer, avec Infinity, qui exploite la ribambelle de personnages de l’univers de la firme. Si la première version, sortie en 2013, pêchait justement par un excès de liberté avec par Infinity 3.0 (toutes plateformes, à partir de 50 euros), notamment parce qu’il comprend un jeu entier dans l’univers de Star Wars. Ce dernier est franchement réussi, avec sa jouabilité pêchue et son monde — musique comprise — si familier.

Dans le même genre que Disney Infinity, LEGO : Dimensions (toutes plateformes, à partir de 100 euros) assemble un incroyable nombre de franchises et de personnages différents, réunis autour de Batman, Gandalf du Seigneur des Anneaux et Cool-Tag, de The LEGO Movie. Non seulement ces petits bonshommes en plastique apparaissent dans le jeu quand on les place sur le portail, mais on doit également construire des objets en cours de jeu pour les faire surgir dans l’histoire. Toutefois, c’est surtout l’humour de l’ensemble qui séduit chez LEGO : Dimensions. Des personnages comme Uni-Kitty, le chaton-licorne soupe-au-lait, à l’hilarante animation lorsqu’un personnage renverse un autre en voiture, l’esprit du jeu — très proche de celui du film — est unique. La seule limite de tous ces jeux est que si l’on n’a pas acheté certains personnages, on ne peut pas débloquer le jeu entier. Une incitation à la dépense particulièrement poussée chez LEGO : Dimensions, qui risque d’en réfréner plus d’un.

Les mondes que l’on crée soi-même

Quel monde pourrait être plus ouvert qu’un monde que l’on crée soi-même ? C’est le concept de départ de Minecraft (toutes plateformes, jusqu’à 20 €), le jeu où l’on fabrique tout ce qu’on veut avec des briques façon LEGO, qui est devenu un phénomène interplanétaire. Au point où le jeu a été acquis par Microsoft l’année dernière, pour la coquette somme de 2,2 milliards d’euros. C’est dire l’ampleur de la folie Minecraft, qui s’exprime par le génie de certains de ses créateurs — dernière prouesse en date : le Château dans le Ciel, du film de Miyazaki, vient d’être reproduit dans Minecraft — comme par le fait que certaines des chaînes YouTube les plus regardées au monde sont simplement des diffusions de parties de Minecraft. Une fois de plus, il était prévisible que d’autres éditeurs profitent du phénomène. Et pas des moindres ! Super Mario Maker (Wii U, environ 40 €), où l’on peut créer ses propres niveaux de jeux pour le fameux plombier italien, a déjà dépassé la barre d’un million d’exemplaires vendus, quelques semaines après sa sortie. Le pitch a de quoi plaire : reprendre les briques de l’un des jeux les plus connus au monde, pour créer des niveaux à sa sauce. On peut ensuite les partager avec la communauté en ligne des joueurs de Wii U, ce qui sse révèle la partie la plus plaisante de ce titre. Essayer les créations des autres est effectivement plus agréable que d’essayer de créer des niveaux soi-même, puisqu’on n’est pas du tout aidé par le jeu dans cette dernière entreprise. En effet, pour créer son propre jeu à partir de rien, il faut surtout disposer de beaucoup de temps libre ; et en général, du temps, nous en avons de moins en moins. Ce qui explique peut-être le fait que Project Spark (Xbox One et PC), le jeu de Microsoft qui permet de créer ses propres jeux, sera bientôt gratuit… ou autrement dit, bientôt mort. Comme quoi, la liberté sans limites a ses limites !