Portrait arty : Florence Loewy, libraire d’art

Installée rue de Thorigny depuis 20 ans, la libraire Florence Loewy ne vend que des livres d’artistes. Pas des catalogues d’exposition, non, ni même des monographies, mais bel et bien des œuvres d’art… De papier. 

© Théophile Boutin

« On a dit de moi que j’étais une pionnière. » Presque modeste, Florence Loewy n’en reste pas moins une passionnée, pilier incontournable du quartier du Marais où elle est connue comme le loup blanc. Incontournable, oui, car elle est la première et l’une des seules à mettre en valeur (uniquement) les livres d’artistes, ces œuvres qui se vendent « de 5 à 5000 euros ! Enfin non, 5000 c’est trop ; plutôt 500« . Aujourd’hui, sa librairie ressemble davantage à une galerie d’art traditionnelle, avec murs blancs façon white cube, expositions et vernissages, mais le cœur du sujet reste tout de même le livre, dont une sélection est présentée dans une petite salle attenante. Un changement qui remonte à trois années en arrière, et qui lui permet de s’adresser à une clientèle enrichie.

Photo © Aurélien Mole, Florence Loewy 2020, exhibition view, Jonathan Monk, « My Backside »

En ce moment, c’est le britannique Jonathan Monk (né en 1969) qui est à l’honneur dans la librairie : l’artiste a demandé à ce que tous ses livres soient présentés à l’envers, les quatrièmes de couverture se retrouvant alors mises en valeur de façon insolite. Un choix amusant, mais peu pris en compte par les visiteurs de la librairie, qui replacent volontiers les livres à l’endroit, réflexe oblige… Et Florence Loewy de les retourner soigneusement, un à un, tout en continuant à discuter avec nous.

Parisienne de naissance, Florence grandit auprès d’un papa libraire spécialiste de l’art moderne. À peine majeure, elle part aux États-Unis faire un stage dans une librairie new-yorkaise, avant de revenir en France avec une idée fixe : elle consacrera sa vie à l’art contemporain, par le livre d’artiste. En 1989, l’aventure est lancée avec une première adresse confidentielle (seulement sur rendez-vous) dans le 14ème arrondissement, où elle vit toujours aujourd’hui, « dans le calme« . En 2000, elle déménage au plus près des mastodontes de l’art, dans le très prisé quartier du Marais. « Je voulais recevoir plus facilement les visiteurs étrangers, m’ouvrir à un nouveau public. »

Photo © Aurélien Mole, Florence Loewy 2020, exhibition view, Jonathan Monk, « My Backside »

Les années passent et les rues changent. Désormais, les Fashion Weeks rythment la vie du quartier ; la rue Vieille du Temple voit partir les galeristes, qui laissent leur précieux pas de portes à des marques de mode toujours plus chères et plus in. Idem, en moins terrible, pour la rue de Turenne. La rue de Thorigny, petite et discrète, se glisse entre les deux avec des airs de résistance. Tant mieux, c’est l’adresse de Florence. Son dada va bien avec la rue : « Il y a un plaisir du livre comme œuvre : il est plus intime, plus secret, ne s’exhibe pas.« 

Le livre d’artiste est né dans les années 1960, sur un terreau d’envies d’art pauvre, fabriqué avec des matériaux peu onéreux. Les grands noms furent d’abord Sol LeWitt et Ed Rusha. Pendant ses trois décennies d’exploration, Florence a pu collaborer avec Christian Boltanski, Claude Closky, Annette Messager… Et a conquis un public jeune. « J’ai essayé de convaincre les vieux bibliophiles qui fréquentaient la librairie de mon père… Mais ça a été un échec ! »

Aujourd’hui, tout continue. « Je ne suis pas une antiquaire du livre« , appuie-t-elle, expliquant qu’elle aime à recevoir les étudiants en art, heureux de pouvoir toucher les œuvres/livres. Elle nous montre un ouvrage signé Camille Llobet, qui recense comme des poésies les babillages de son bébé… Et dans ces lettres gracieusement éparpillées sur les pages blanches, on devine les petits pas d’un mantra : que les pouvoirs conjoints de l’art et du livre continuent de nous révéler la beauté du monde.

Et pour finir… son endroit préféré à Paris ? Le parc Montsouris !

Photo © Aurélien Mole, Florence Loewy 2020, exhibition view, Jonathan Monk, « My Backside »

 

Florence Loewy, 9 rue de Thorigny, 75003 Paris