Punk attitude

En 1976, les Sex Pistols prônaient l’Anarchy in the UK et depuis, on nous refait régulièrement le coup du Punk’s not Dead. Mais là, l’annonce détone un peu, puisqu’il est question de célébrer le plus sérieusement qui soit les quarante ans d’un mouvement qui n’aurait peut-être pas trop aimé ça. Tant pis pour lui, comme Elvis, 2Pac ou Michael, le punk ne mourra probablement jamais. Et le style qui lui est attaché, reviendra toujours pour peu qu’on veuille afficher une certaine rébellion.

« Mouvement de jeunes de la fin des années 70 caractérisé par des slogans anti-establishment, des coiffures et des vêtements agressifs. » assène le Collins English Dictionary quand arrive le mot « punk ». Une définition lapidaire reprise par les auteurs Stephen Colegrave et Chris Sullivan, en introduction à leur énorme livre-manifeste « Punk, hors limites », paru il y a plus d’une dizaine d’années et qui fait néanmoins toujours office de bible en la matière. Un bel ouvrage plein de témoignages des apôtres du mouvement devenu mythe, qui pourrait pourtant presque être accusé d’être trop « lifestyle » et trop chic. Pourtant, les intentions des auteurs dudit coffee table book étaient tout autres. « Le punk a toujours été plus qu’un simple tee-shirt ou qu’un morceau de musique tonitruante, rappellent-ils. Les années 1975-79 furent une époque d’une intense créativité personnelle ». Car même si aujourd’hui, il existe une imagerie punk parfaitement définissable (cheveux attaqués au sécateur, Dr. Martens ou assimilés et tee-shirt à message fâché), l’idée originelle du mouvement était bien l’anticonformisme, l’anti-consumérisme et du coup, un attachement certain au DIY. Et pourtant, les fashion addicts d’aujourd’hui ne manquent pas de céder aux créations couture qui évoquent la panoplie d’origine. Une « dérive » pourtant prévisible de longue date, puisqu’en novembre 1977, on pouvait déjà lire dans le Magazine Littéraire : « Le style punk a ceci de particulier qu’il met toujours l’accent sur le dérisoire, le bon marché et l’artificiel. C’est un dandysme de fauchés. A Londres, du moins, d’où le mouvement est parti. A Paris, comme tant d’autres importations anglaises, cela pourrait bien tourner à la mondanité, avec épingles d’or et vêtements déchirés par les grands couturiers. ». Une prémonition vite vérifiée, mais qu’importe au fond ? « Il est possible que le regain actuel pour le punk soit une reconnaissance tacite du fait qu’aujourd’hui, l’establishment exerce encore plus de contrôle sur les jeunes. Ce contrôle est plus subtil qu’en 1976, mais aussi plus efficace », avancent Stephen Colegrave et Chris Sullivan. S’afficher punk, certes un peu trop chic, plutôt que mainstream, pourrait alors tout simplement toujours vouloir dire non.

Photo issue du livre « punk London 1977 » , de Derek Ridgers. (éd.Carpet Bombing Culture). le livre est en vente dans la boutique Paul Smith, ainsi qu’un t-shirt issu de la collaboration entre Dereck Ridgers et Paul Smith.
© Derek Ridgers

A voir

« Esprit punk, es-tu là ? » dans le magazine Tracks du 18 novembre sur Arte. Alors que la reine Elizabeth annonce qu’elle compte bien célébrer les 40 ans du titre « Anarchy in the UK, qui l’honore après tout, Joé Corré, le rejeton de Malcom McLaren et Vivienne Westwood menace de liquider toute sa collection de reliques punk en réaction. De son côté, le très culte auteur américain Greil Marcus est formel : le punk n’est pas un mouvement musical, mais un soubresaut cyclique voué à se reproduire régulièrement depuis la nuit des temps. Punk never Dead, donc ? A voir.

 

A lire  

« Punk London 1977 », de Derek Ridgers (éd. Carpet Bombing Culture), 24 € (en vente notamment à la boutique Paul Smith. Le photographe britannique livre ici une série de photos de jeunes Londoniens anonymes.

« Showboat : Punk/Sex/Bodies » de Toby Mott (éd. Dashwood Books). Via de nombreux posters, vinyls, films ou illustrations, une étude audacieuse du sexe vu par la culture punk. 85 € chez colette.

« 1976-2016, Punk is not Dead, 40 ans d’outrage rock », hors-série du magazine Rolling Stone 8,95 €.
« Punk in France, 1976/2016, les survivants racontent », dossier dans le numéro de novembre du magazine rock & folk de novembre, 6,40 €.

 

A consulter 

Punk.london/events/ : Labels de musique et institutions muséales londoniennes (Design Museum Council…) fêtent les quarante ans du punk depuis le début de l’année. Expos, films, événements… On consulte le site officiel pour savoir ce qui nous attend encore jusqu’à la fin de 2016.