Rencontre avec Juliette Mallet, créatrice de la marque girl power Coucou Suzette

L’œil est devenu l’emblème de sa marque qui scrute nos corps dans ce qu’ils ont d’authentique, d’imparfait et de drôle. Portrait de Juliette Mallet, créatrice de la griffe feel good Coucou Suzette.

Photo de la créatrice Juliette Mallet
© Jérémie Masuka

 

Une allée peuplée de végétaux, un coin calme et silencieux en plein Paris, un muret où s’est naturellement dessinée une forme d’œil : tout concordait pour que Juliette Mallet installe son atelier dans ce petit havre de paix au cœur de l’effervescence urbaine. La jeune créatrice de 31 ans méritait bien de trouver chaussure à son pied, et ses idées un lieu pour s’incarner ! Car rien ne prédestinait cette Parisienne à devenir l’une des créatrices françaises les plus suivies, si ce n’est un talent démentiel, un flair hors pair et un travail acharné.

Une success story

Photo de la créatrice Juliette Mallet
© Jérémie Masuka

 

C’est après un Bac littéraire spécialité Arts Plastiques que Juliette intègre les Arts Déco et suit pendant 5 ans un cursus en images imprimées. Un échange universitaire dans une école d’illustration au Japon, un mémoire sur l’iconographie érotique nippone et un portrait intime de trois amies comme projet de fin d’études, et la voilà diplômée. Mais l’après a un goût vertigineux : celui du vide. Pour financer une visite à l’archipel dont elle est tombée amoureuse, Juliette mise sur un job alimentaire dans une boite de musique d’illustration. Par sécurité, et par manque d’opportunités, la dessinatrice garde précieusement son travail chez Universal Music : cinq années passent sans qu’elle s’en rende vraiment compte.

Mais tout à coup, renouer avec la création artistique devient vital. Juliette commence à fabriquer de petits bijoux en perles, tout simples, juste pour elle, puis fait la requête à son employeur d’une formation GRETA en bijouterie à l’école Boulle. Elle prend alors des cours de céramique le soir, tandis qu’elle ouvre en parallèle une boutique Etsy pour vendre ses quelques créations. Un jour, elle réalise pour une amie une bague en forme de sein et la poste sur Instagram. Aussitôt, les commentaires pleuvent, les compliments aussi, et surtout, les demandes pour pouvoir en faire commande. Coucou Suzette était né.

 

Un esprit visionnaire

Les bagues seins Coucou Suzette
© Coucou Suzette

 

Du compte particulier Etsy à l’entreprise prolifique, de la fabrication maison à la production en série, il n’y a qu’un pas ? Pas tout à fait. Les clés de ce succès pourraient se résumer en 3 points : être précurseur de tendance, développer son image de marque et véhiculer un message fort. Au moment où Juliette crée sa première bague-sein, rien de tel n’existe sur le marché : aucune enseigne de bijouterie ne propose des pièces tout à la fois décalées et raffinées, ce qui fait de son projet une niche. Visionnaire, elle poursuit avec deux objets rétro qui vont reprendre du gallon au même moment : les pin’s et les écussons. Elle décline alors son image du sein, dessine un œil puis une main, trois éléments qui deviendront les leitmotivs de sa marque.

En parallèle, la jeune entrepreneuse comprend rapidement qu’Instagram a un rôle à jouer pour faire de sa passion un business. Elle développe son compte tout en campant son univers et se voit même invitée au premier salon européen Instagram qui réunit 50 entrepreneurs nés de cette plateforme. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, l’application fait à présent office de carte de visite : « J’aime bien le côté sur mesure de cette plateforme, et l’aspect gratuit aussi bien sûr. Ça fonctionne comme un book en ligne. Parfois je me dis : j’aimerais bien faire une collab’ avec une marque de beauté, et du coup je vais leur montrer quelques-uns de mes dessins beauté. J’ai eu pleins de gros contrats qui me sont venus par le biais d’Instagram ».

 

Un message fort et actuel

La boîte et les chaussettes à motif oeil Coucou Suzette
© Céline Saby

 

Mais avoir une idée et savoir la vendre ne suffit pas… Il faut trouver son public, et pour cela, rien de tel qu’un univers marqué d’une idéologie impactante. À une époque où donner une image parfaite sur les réseaux sociaux nous accapare, Coucou Suzette s’attaque à déconstruire de manière ludique toutes ces normes toxiques : dans son univers, les corps sveltes cohabitent sans problème avec les formes et les courbes, les filles élancées se baignent dans les mêmes eaux que les petits bouts de femme, les garçons bedonnants tapent la discut’ avec leurs homologues musclés et toute cette joyeuse communauté n’arbore pas qu’une seule couleur de peau. « C’est aussi pour qu’on nous foute un peu la paix avec nos physiques, ce qu’on est sensées faire ou pas faire, qu’on arrête de se comparer les uns aux autres » explique Juliette. Elle poursuit « il serait temps que tout le monde puisse être représenté : les gens en général ne sont pas maigres, blancs et blonds. Moi ce qui m’inspire, c’est la réalité. »

En perçant l’intimité des personnages qu’elle imagine, la créatrice tord le cou à de nombreux tabous et donne une visibilité à tous les corps en véhiculant un message de tolérance, de diversité et d’égalité des sexes. Avec ses créations inspirantes, Juliette incarne l’esprit girl power dont nous avons cruellement besoin ces temps-ci, celui d’un féminisme critique mais bienveillant envers la gente masculine, d’un engagement spontané qui ne se revendique pas comme guerrier : « je suis absolument pour l’égalité homme/femme, ça me paraît même aberrant que ce soit un débat ! Le féminisme c’est considérer que les femmes ont autant de droit que les hommes, qu’elles sont tout autant capables que les hommes donc oui, ça me parle complètement. En tant qu’entrepreneuse, j’adore être mon propre boss, c’est important pour moi. Parfois on dit ‘’ah elle a des couilles’’, mais je n’ai aucune envie d’être comparée à un homme pour être forte, je pense qu’on peut être forte à notre façon, d’une manière féminine. »

 

Une notoriété en pleine expansion

Les boîtes sein Coucou Suzette
© Céline Saby

 

L’esprit tout à la fois anti-conformiste, kitsch et feel good de la marque convainc les enseignes de cosmétique (L’Occitane, Sephora, Kiehl’s), de prêt-à-porter (Jules, Zalando, Rad, No Name), d’horlogerie (Louis Pion) ou encore de produits alimentaires (Orangina, Spun Candies, Kiwi Zespri) qui se pressent pour signer des collab’ avec la griffe tant plébiscitée. La seule restriction à ces partenariats ? « Être d’accord avec leur éthique générale – ou au moins leur image – et trouver le projet cohérent » assure Juliette. Celle qui rêverait de faire une collab’ avec Anthropologie, Urban Outfitters ou encore Nike – à bon entendeur ! – parvient, au-delà de son succès fulgurant, à garder le cap de ses envies : « mon projet éternel c’est de continuer à m’amuser. Je ne vais pas faire des trucs juste parce que ça se vend. Si ça marche un peu moins, c’est pas grave, parce que je serai contente de le faire. C’est un peu le luxe que je me permets, et je croise les doigts pour que ça continue comme ça ! ». Et on ne peut que lui souhaiter que ça dure !


Instagram Coucou Suzette

Boutique en ligne Coucou Suzette


Coucou Suzette : liste des revendeurs parisiens

LA SUPERMARQUETTE
65 rue Rambuteau, 4e

LUKA LUNA
77 rue de la Verrerie, 4e

LA FRENCH TOUCHE
90 rue Legendre, 17e

LEKKER
19 rue la Vieuville, 18e

SEPT CINQ PIGALLE
54 rue Notre-Dame-de-Lorette, 9e

SEPT CINQ CHATELET
26 rue Berger, 1er

FLEUX
39 rue Sainte Croix de la Bretonnerie, 4e

MAMAMUSHI
28 rue du Château d’Eau, 10e

PAULINE & JULIE
92 rue Jean-Pierre Timbaud, 11e

THANKS
42 rue Condorcet, 9e

KLIN D’OEIL
6 rue Deguerry, 11e

LA PETITE BOUTIQUE
18 rue de Meslay, 3e

SO WE ARE
13 rue Keller, 11e

LES FLEURS
6 passage Josset, 11e


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