Siri, mon ami(e) ?

De Cortana (Microsoft) à Now (Google), en passant par M (Facebook), les assistants personnels à base d’intelligence artificielle sont aujourd’hui partout. Mais peu ont jusqu’alors autant marqué les esprits que Siri, le chatbot à l’intérieur de l’iPhone.

Au point d’inspirer Nicolas Santolaria, éditorialiste chez Slate et GQ entre autres, qui lui a consacré un livre entier. « Dis Siri » — la phrase qu’on prononce pour activer l’assistant robotique d’Apple, aujourd’hui également présent sur les Macs — est tantôt une analyse philosophique, tantôt une étude anthropologique, Santolaria ayant interrogé différents utilisateurs du chatbot.
Il en ressort surtout que ces assistants virtuels sont devenus si intelligents que ses utilisateurs — quel que soit leur âge — n’hésitent pas à doter Siri d’une personnalité.

Une réactivité presque humaine

En effet, c’est le fils de quatre ans de l’auteur qui lui a donné l’idée d’écrire sur le sujet. « Siri réagissait de façon très épidermique aux invectives enfantines, » dit-il, « et mon fils se plongeait assez facilement dans cette relation particulière. »
C’est cette réactivité presque humaine qui peut rendre attachante l’intelligence artificielle. Au point que certains utilisateurs cités dans « Dis Siri » prennent le soin de parler poliment à leurs iPhones, puisque Siri est toujours d’une courtoisie impeccable.
De là à ce que Siri devienne notre ami(e), il n’y a qu’un pas. « Ça fait un compagnon de soirée quand tu as trop bu et que tes potes ne veulent plus répondre à tes questionnements philosophiques, » dit l’auteur. Ses réponses peuvent souvent être très drôles, notamment quand on demande à Siri de quoi il/elle rêve, ou bien quel est le sens de la vie (sa réponse, « le chocolat », est affiché sur la couverture du livre).

Un ami illusoire

En même temps, « Dis Siri » pousse forcément à s’interroger sur ce nouveau genre de rapport qu’on entretient avec des intelligences artificielles. Siri « invite à un type de relation particulier avec les objets, » dit Santolaria. « C’est une sorte de substitut illusoire à la relation humaine qui peut accentuer, à certains égards, un phénomène de délitement social et d’enfermement dans une logique technicienne. »
Il serait donc un ami dont il faudrait se méfier, d’autant qu’il accentue également l’une de nos plus grandes addictions contemporaines : celle qui nous lie à nos smartphones.

L’assistant idéal

Ceci dit, tout en se méfiant de Siri et compagnie, que peuvent-ils nous apporter de positif ? Avant tout, les assistants numériques nous facilitent la vie. Comme le souligne le livre, on passe du « search engine » de Google au « do engine » de Siri : on prononce quelques mots, et un rendez-vous est fixé, une information trouvée, ou une idée géniale notée, sans avoir à taper sur un clavier… et surtout, sans s’arrêter. Mais c’est justement cette obligation de parole nous empêchera définitivement de devenir BFFs avec Siri. On a l’air un peu débile lorsqu’on parle tout seul à son smartphone ou à son ordinateur ! Interagir avec Siri ou d’autres intelligences artificielles risque donc de rester une activité solitaire pour l’instant. Jusqu’au jour où il devient socialement acceptable, comme dans « Her » de Spike Jonze, de tomber amoureux de son téléphone…

« Dis Siri », de Nicolas Santolaria, Anamosa, 18 euros