That Dragon, Cancer : le jeu des sentiments

Et si le dernier jeu vidéo qui compte n’était ni jeu de tir, ni jeu de sport, mais un jeu de rôle… où nous incarnons les parents d’un enfan atteint d’un cancer ? Ses créateurs nous l’expliquent…

Dans That Dragon, Cancer (Ce Dragon, cancer), l’émotion est bel et bien le premier enjeu. Nous n’avons ni une mission à accomplir, ni un ennemi à vaincre. Il s’agit plutôt d’accompagner les parents à travers une série de tableaux représentant des moments clés de la maladie de leur fils, Joel. L’empathie est d’autant plus forte que les parents en question, Ryan et Amy Green, sont les personnages principaux du jeu. Leurs avatars virtuels leur ressemblent, et ce sont leurs propres voix, écrits et expériences que l’on découvre. En effet, le jeu a été conçu par Ryan Green, avec Josh Larson, un développeur de jeu vidéo indépendant. Amy, pour sa part, a contribué à l’écriture du scénario du jeu.

Jeu autobiographique

That Dragon, Cancer est donc une œuvre autobiographique — ou une nouvelle sorte de cinéma-vérité — qui nous scotche et émeut du début à la fin, même s’il se termine relativement rapidement (en deux heures). Dans l’une des scènes les plus marquantes, on assiste à un rendez-vous entre la famille Green et deux médecins, qui apprennent aux parents que la maladie de leur très jeune enfant vient d’empirer. Soudainement, la pièce se met à se remplir d’eau ; les Green sont littéralement submergés par la mauvaise nouvelle. L’inondation figurative qui s’ensuit mettra à rude épreuve la foi des Green, qui s’y accrocheront tout de même pour ne pas sombrer. A tel point que « Dieu » deviendra un personnage bien trop présent pour certains… mais sans pour autant nuire à l’intérêt de ce titre si singulier.

Jeu de partage

Pourquoi les Green auraient-ils choisi de raconter leur histoire par voie vidéoludique ? Le couple tenait déjà un blog depuis la découverte du cancer de son fils. Ils ont ensuite souhaité raconter leur histoire de façon plus interactive. Après un premier essai avec un logiciel nommé Twine, « on a élargi notre vision vers un paysage en 3D plus complet, que nous pouvions remplir avec nos voix et notre musique, pour créer un espèce de tableau interactif, » explique Ryan Green. D’où les tableaux, ou paysages, si particuliers de That Dragon, Cancer : qu’il s’agit d’une forêt, d’une chambre d’hôpital, du paradis ou d’un tableau astrologique, le style visuel du jeu est totalement unique. Ce style, appelé ‘low poly’, car utilisant un minimum de formes géométriques pour un rendu volontairement basique, est « expressionniste et impressionniste, » d’après Green, « et nous permet de créer des environnements riches en couleurs et lumières, sans se soucier des détails (des jeux vidéo) réalistes. »

Jeu thérapie ?

L’expérience éprouvante de la création de That Dragon, Cancer aura-t-elle donc permis à ses créateurs de mieux accepter la maladie de Joel ? Sa création aurait-elle donc été thérapeutique ? Pour Green, « il a plutôt créé une espace où nous pouvons partager nos histoires et nos luttes avec autrui, et où les autres peuvent en faire autant avec nous. Dans ce sens, le jeu sert davantage de générateur de conversations. » Tout comme la scène du jeu où Ryan sort de la chambre d’hôpital pour découvrir des milliers de cartes de vœux adressées à d’autres victimes du cancer, That Dragon, Cancer invite donc surtout à l’échange entre les patients et leurs familles. Comme si la conversation serait la meilleure solution face à la tragédie. Le plus étonnant, c’est que cette conversation peut désormais être inspirée par un jeu vidéo…

Jeu disponible sur PC ou Mac, via la plateforme de téléchargement Steam (environ 14 euros). Uniquement disponible en anglais pour l’instant ; des versions localisées seraient envisagées à l’avenir.