Associatif : portraits de parisiens qui font bouger les choses

Le nombre de Français impliqués dans l’associatif ne cesse d’augmenter ces dernières années : 1 français sur 4 est bénévole selon une étude de 2016. À Paris, on observe une explosion d’associations et de projets solidaires. Nous avons choisi de mettre en avant des Parisiens investis. Culture, sport, social… découvrez leurs projets et leurs histoires.

 

Valérie de Margerie, Le Chaînon Manquant

 

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Valérie de Margerie © Marie Boscher

 

Le pas dynamique, Valérie de Margerie nous entraîne dans les nouveaux locaux des Canaux, lancés par la mairie de Paris. C’est là que s’est installée son association, Le Chaînon Manquant. Tout part d’un constat simple, il y a 3 ans : les supermarchés, les restaurants d’entreprise ou les salles d’événementiel jettent chaque année 10 millions de tonne d’aliments. En face, 6 millions de Français vivent en état d’insécurité alimentaire. Inadmissible, pour Valérie de Margerie. À ce moment, cette ancienne chef de projet cherche à redonner du sens à son quotidien, après être partie 4 ans aux États-Unis avec son mari et ses deux enfants. Par des amis, elle se retrouve propulsée à la tête de ce projet. « Il y a déjà un travail formidable fait par les banques alimentaires, mais il y avait un manque sur les produits extra-frais, difficile à stocker longtemps. » C’est là que Le Chaînon Manquant intervient. Les produits sont collectés, redistribués et consommés dans la même journée. L’offre est parfois aléatoire mais il y avait un vrai marché à développer pour lutter contre le gaspillage alimentaire.
Trois ans plus tard, Valérie de Margerie regarde en arrière avec amusement : sans le savoir, elle reproduit le schéma familial. « J’ai baigné dans la solidarité toute mon enfance ; ma mère était très investie chez ATD Quart Monde. Et mon père, conseiller pour l’eau auprès de l’ONU, sur le réemploi des eaux usées. » Aujourd’hui, la boucle est bouclée : le bénéfice du Chaînon Manquant est écologique et solidaire. Et plus que jamais, le projet est chevillé au corps de Valérie de Margerie, une « obsession », comme elle le qualifie en riant. L’association a pris beaucoup d’ampleur et, avec l’aide précieuse des 200 bénévoles, elle compte la développer encore. Tout a pris beaucoup de place dans la vie de cette parisienne, mais au final, pas de regrets : « Je sais pourquoi je me lève le matin ».

Plus d’informations sur la lutte anti-gaspi du Chaînon Manquant.

 

 

Constance Léon, Radio Asfar

 

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Constance Léon © Marie Boscher

 

« J’étais en train d’apprendre une nouvelle langue, la radio, et eux le français. Pourquoi ne pas mêler les deux puisqu’on a le matériel ? ». Lorsque Constance Léon hérite en février 2017 de la gestion des cours de français pour les exilés dans son école de journalisme, la question du « que faire » ne reste pas longtemps sans réponse. L’occasion est trop belle de pouvoir partager et découvrir des histoires et des savoirs. Tout un art chez la jeune parisienne de 23 ans. C’est ainsi que naît Radio Asfar, le « voyage » en arabe. Au début, on se raconte l’histoire de sa vie, en français bien entendu. Et puis, l’équipe se resserrant, vient le temps des reportages. Avec toujours en toile de fond, l’envie d’aider et de créer du lien. « C’est un complément au travail vital qui est fait par les associations pour le quotidien », explique-t-elle.
L’intérêt de Constance pour les destins des exilés naît en Belgique, lors d’un stage dans un journal. S’en suivent des reportages au Liban, au Tchad et en Ukraine. Derrière ses yeux toujours rieurs, on devine un sens fort de l’humain, mais aussi un réel esprit d’entreprenariat. Face aux étudiants un peu sceptiques au départ, elle maintient le projet, une pierre après une autre, avec une patience presque maternelle. Tous deviennent amis, on s’entraide pour la paperasse, le quotidien, les cours.
Aujourd’hui, Constance Léon ne pilote plus Radio Asfar, mais elle reste pour gérer les financements et les nouveaux projets. Séances d’écoute, formation, nouveaux cours… « Il reste plein de choses à faire. »

Pour écouter les émissions de Radio Asfar et suivre leurs actualités, c’est par ici.

 

Yoann-Till Dimet, Soukmachines

 

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Yoann-Till Dimet © Marie Boscher

 

Dans ce grand hangar où l’air glacial se remplit de fumée de soudure et de sciure de bois, tout semble être « à la cool ». Des peintures de toutes les couleurs, un amoncellement de vieilles radios et de sièges de voiture en guise de canapé, des artisans qui s’affairent ici et là et gratifient d’un « salut » chaleureux tous les visages qui passent la porte. Mais il ne faut pas se laisser tromper par cette fourmilière dépareillée qu’est la Halle Papin. Derrière elle, plus de 13 ans de travail et un homme, Yoann-Till Dimet. C’est lui qui nous reçoit derrière le rideau à fleurs de la petite cuisine aux murs grossièrement enduits de béton. Même allure tranquille que le lieu : sweat à capuche, boucles décoiffées et barbe bien fournie. À 34 ans, il a tout donné au projet Soukmachines après avoir évolué pendant des années dans le milieu des squats à Paris. C’est là qu’il se nourrit pour créer ce qui est aujourd’hui une association bien implantée dans la région parisienne. La base, c’est l’organisation d’événements dans des lieux atypiques : le 6B à Saint-Denis puis à Nanterre, le Pavillon du Dr Pierre à Nanterre et maintenant, la Halle Papin à Pantin. Aujourd’hui, le dernier né sert de résidences à 82 personnes. C’est un lieu de concert, un espace d’apprentissage pour les écoles du coin, un jardin ouvert pour tous avec « open-barbecue », un bar… « La bière c’est notre première subvention », souligne Yoann-Till Dimet. Le pitch, c’est que tout est accessible, pour tout le monde. L’étiquette de « coin à bobos » que certains veulent lui coller ? Il la balaie : « C’est dans l’ère du temps de stigmatiser. Peu importe qui vient ici tant qu’ils sont ouverts d’esprit et qu’ils se mélangent. »
Ce qu’il retient, lui qui dit « vivre Soukmachines », c’est la force de travail impliquée des bénévoles et de ses 6 salariés. Et aujourd’hui d’envisager pour cet ambitieux nourri dans les rues de Paris et de sa région, une « multinationale de la solidarité ».

Plus d’informations sur Soukmachines et sur la Halle Papin.