Colette fête son anniversaire : 20 ans d’air du temps

Né concept-store en mars 1997, alors qu’on ne connaissait pas encore trop les concept-stores, colette s’affirmait déjà comme un précurseur jusque dans son nom – celui de sa créatrice – à une époque où les magazines ne s’appelaient pas Paulette et les burgers Big Fernand.

Après deux décennies qui auraient dû, dans la logique d’un monde versatile, l’achever mille fois, le magasin, pourtant devenu entre-temps monument parisien, célèbre aujourd’hui ses vingt ans avec faste mais de manière forcément inattendue, en nous plongeant dans un grand bain aussi artistique et chic que parfaitement démocratique. Une fois encore, bien en vue et bien vu.

On ne compte plus les décrypteurs qui au fil des ans auront tenté de trouver les raisons du phénomène et surtout de la longévité de la colettemania. On ne s’y essaiera du coup presque pas, à part d’évoquer un travail incessant, une équipe familiale et soudée, et surtout un flair indéniable qu’on aimera qualifier de french. Un radar à air du temps qui aura ainsi poussé la créatrice des lieux à croire avant les autres à l’opportunité de s’installer dans un coin de Paris pas encore forcément porteur (à l’aune d’aujourd’hui, la rue Saint-Honoré…), au mélange sans limite des genres et des prix et des publics, et à la nécessité d’observer ce qui se passe ailleurs – parce que tout nous arrivera forcément un jour, alors autant voir avant les autres ce qui pourrait bientôt débarquer chez nous. Derrière un logo à deux boules, défini par la couleur Pantone 293c désormais identifiable entre des dizaines d’autres bleus, et dans un espace de 700 m2, l’institution a ainsi, au fil des ans, tellement prospéré que ce sont au final tous ses chiffres qui donnent la migraine à ceux qui les analysent. Ainsi en est-il des 37 compilations musicales toujours collector de la maison, des 300 expositions de sa galerie, des 400 000 types de produits – du bonbec à la pièce de haute joaillerie – vendus depuis l’origine, comme des 8600 marques un jour représentées là, de la plus prestigieuse à la toute jeune qui y aura un jour été littéralement adoubée. Et on ne parlera même pas des multiples vitrines et autres collabs, plus très faciles à dénombrer, sauf que face à un évident ouragan de sollicitations, le choix entre futilité et culture, accessibilité et part de rêve semble toujours être le bon. D’où une clientèle parfaitement hétérogène, assortiment de curieux et d’initiés, Parisiens, touristes ou célébrités, qui se côtoient sans cesse et finissent par se retrouver comme à une fête de quartier, à chacun des anniversaires de la maison.

Retrouve-moi au bord d’la piscine

Après un inoubliable Grand Carnaval au Jardin des Tuileries pour ses 15 ans, colette a choisi pour célébrer cette nouvelle étape marquante de son histoire de manière à la fois fédératrice, conviviale et arty, d’inviter tout le monde à découvrir non loin de là, « The Beach », une installation inédite en Europe, imaginée par le studio new-yorkais Snarkitecture. Une agence ultra-créative dont le nom, inspiré de « La Chasse au Snark », chef-d’œuvre de l’absurde du papa d’Alice, Lewis Caroll, où un étrange équipage poursuit une créature hybride, mélange de requin et d’escargot, annonce une démarche d’un genre lui aussi parfaitement détonant. En réinterprétant les matériaux et les objets du quotidien pour en tirer des œuvres à mi-chemin entre l’art et l’architecture, l’agence a ainsi vocation à initier des moments mémorables, à la façon de Caroll qui voyait son « Snark » comme « une allégorie de la recherche du bonheur ». The Beach, sorte d’océan blanc translucide constitué de plus de 300 000 balles en plastique recyclable (et antimicrobien, pour les flippés de la piscine), commandé initialement en 2015 par le National Building Museum de Washington aura déjà su éprouver son potentiel ludique et magique aux Etats-Unis et en Australie. Sous la prestigieuse Nef du musée des Arts Décoratifs voisin de colette, forcément, les Parisiens découvriront à leur tour cette semaine, ce génial espace monochrome aux airs de resort futuriste où l’on pourra plonger, jouer, se détendre et surtout partager. Un rendez-vous inédit, fédérateur, pointu et festif, ouvert à tous et rigoureusement immanquable, autant pour l’expérience qu’on y vivra que parce qu’on aura peine à dire un jour qu’on s’en sera exclu, soit toute l’essence de colette, dans une « plage to be ».

Du 21 au 25 mars, The Beach au Musée des Arts Décoratifs, sous la Nef, 107 rue de Rivoli, 1er. M°Palais Royal ou Tuileries. Attention horaires : de 11h à 18h (dernier accès à 17h45)