Décryptage tendance : L’automne 2018 sous couverture

 

En janvier, on avait vu débouler des hommes aux visages cachés par des foulards ou des bandanas sur les runways à l’instar de l’homme Icosae. Pendant ces quatre semaines de collections femme, de Paris à New-York en passant par Milan ou Londres, ce bad boy masqué a clairement été rejoint par une femme forte, elle aussi masquée, voilée, casquée et bel et bien insoumise au diktat de la banalité.

 

 

Le foulard sous toutes ses coutures

Trois femmes défilant pour la marque Andreas Kronthaler et Vercace

© Andreas Kronthale, Versace

 

Ces nombreux foulards portés sur les cheveux sont, certes, un appel du pied au marché du Moyen-Orient – eldorado des ventes de luxe – mais il serait réducteur, voire un contresens, de les qualifier uniquement de hijab (foulard religieux) ; en effet, c’est davantage la recherche d’un maximalisme qui est au centre du port de ces foulards et non la construction d’une femme à la silhouette modeste selon un souhait religieux. Ainsi, depuis deux saisons, Versace décline ses carrés de soie aux imprimés désormais iconiques sur les podiums et dans ses campagnes commerciales – complètement à rebours d’une quelconque pudeur minimaliste. Chez Donatella, cet automne, le carré imprimé ne se porte plus seulement sur les cheveux, mais il se coiffe d’un béret et se rehausse de médailles. On est donc bien dans une silhouette de femme au summum de l’hyper stylisme cosmopolite qui affirme son identité et ses idées. Chez Dior, le défilé – ouvertement en référence au féminisme de Mai 68 – s’ouvrait sur une militante cagoulée avec un pull arborant un message clair (issu des foulards des archives Marc Bohan de la maison : « C’est non non non et NON »). Les cheveux cachés, c’est donc bien une militante manifestante qui s’approprie la rue et affirme son identité.

 

Trois femmes défilant pour la marque Richard Queen, Andreas Kronthaler et Dior

© Andreas Kronthale, Dior,  Richard Queen.

 

 

 

Superposer pour s’affirmer

Deux femmes et un homme défilant pour la marque Richard Queen, Icosae et Andreas Kronthaler

© Richard Queen, Andreas Kronthale, Icosae

 

 

Cette Amazone du style n’hésite pas à superposer les couches de vêtements comme chez Richard Quinn où elle arbore un casque de moto sur un long manteau de cuir noir porté sur une combinaison en lycra. Chez l’Anglais, quand ce n’est pas un casque c’est une cagoule aveugle à l’imprimé floral qui fait disparaître totalement le mannequin comme dans les défilés historiques de Martin Margiela où l’anonymat permettait la célébration totale du vêtement. Ici, on retrouve cette radicalité mais dans une esthétique festive et absolument too much. Les looks du créateur anglais débordent de couleurs et d’imprimés superposés. Et si on n’aime pas les imprimés, ce n’est pas grave : on se sortira dans un grand manteau, cagoulé, planqué derrière un immense col, le tout réhaussé d’un immense chapeau espagnol chez Marc Jacobs. Car avant tout, ce qui compte c’est le layering (la superposition des pièces) qui montre qu’on est plus mode que la plus mode de nos copines puisqu’on sait accumuler et accorder les pièces en grand nombre. Pour les jours de fête mais de flemme, on reprendra le statement provocateur d’Andreas Kronthaler en sortant en club vêtu d’un voile intégral ultra stylisé pour rappeler coûte que coûte que ce qui fait naître le désir c’est le manque ; alors sus à la pudeur provocante !