Des RH au yoga : interview d’Élise, une Parisienne passionnée

Élise, 32 ans, a sa propre micro-entreprise qui ne connaît pas la crise : issue des ressources humaines, elle a souhaité devenir prof de yoga Vinyasa à Paris. Aujourd’hui, elle est suivie par plus de 10 000 personnes sur son compte Instagram Yogiwhotravel. Rencontre.

Elise qui a souhaité devenir prof de yoga dans la position du chien tête en bas
Posture du Chien tête en bas ou Chien à trois pattes – Paris, Louvre © Delphine Joly Yogaphotomaton

Comment est née ta passion pour le yoga ?

Il y a 8 ans, j’ai pris un poste qui impliquait beaucoup de voyages. Je n’étais pas souvent chez moi et je cherchais donc une activité que je pouvais faire n’importe où, en ligne ou avec un dvd. Le yoga, c’était l’idéal : juste besoin d’un tapis ! J’ai ensuite suivi mes premiers cours et découvert le gros avantage du live : le prof peut corriger. Quand on pratique tout seul, on risque de se blesser facilement : aller trop loin dans un étirement ou ne pas avoir le bon alignement. Le cours apporte aussi le côté méditation qui est très difficile à acquérir en autodidacte. C’est devenu une véritable passion un peu plus tard, quand j’ai acquis une certaine expérience et que j’ai commencé à voir les bienfaits : plus de mal de dos, des épaules beaucoup plus écartées et une meilleure gestion du stress grâce aux techniques de respiration.

Et comment on passe de « j’adore le yoga » à « je veux devenir prof de yoga » ?

Quand j’ai fait ma formation de prof, ça n’était pas dans l’optique d’enseigner : c’était plutôt pour approfondir ma pratique notamment au niveau anatomique, ou apprendre quelques postures à mes proches. Finalement, j’ai adoré la transmission ! J’étais dans une formation où on enseignait dès le premier jour. Quand je suis rentrée, j’ai commencé à donner quelques cours et j’ai vraiment aimé ça.

Ça paraît un peu fou de quitter un poste stable de RH pour épouser ce mode de vie…

On ne quitte pas immédiatement un poste, ça se prépare : je ne suis pas passée d’un poste en CDI à un statut d’auto-entrepreneur. Dans un premier temps, j’ai choisi de garder mon poste puis j’ai eu l’opportunité de le continuer mais en freelance. Tout le monde n’a pas cette chance ! Ça me permet d’enseigner le yoga, ma véritable passion, tout en gardant un certain équilibre financier. Beaucoup de profs de yoga dans mon entourage ont ce double métier.

Elise qui a souhaité devenir prof de yoga dans la position du King Pigeon
Posture du King Pigeon – Paris, Quai d’Orsay © Katarzyna Milewska

Est-ce que c’est un parcours du combattant de devenir prof de yoga ?

Pour la formation, je suis passée par l’école Yoga Alliance. J’ai choisi la partie américaine avec une formation certifiante de 200 heures sur 4 semaines, et je suis allée en Californie parce que j’avais déjà pratiqué avec la prof leader. Au niveau légal, c’est très facile de devenir micro-entrepreneur, mais après il faut démarcher. Et là où c’est un peu différent d’un autre job, c’est qu’on a beau avoir un CV papier, on doit montrer une compétence en live. Trouver où donner des cours, ce n’est pas compliqué : certes, c’est un secteur concurrentiel – surtout à Paris – mais il y a aussi beaucoup de studios qui ouvrent ! Moi, j’ai commencé par lister les endroits où je pouvais donner des cours, mais je voulais surtout enseigner en entreprise : comme j’ai travaillé derrière un bureau pendant très longtemps, ça m’intéressait de rester en contact avec ce monde-là.

Et au niveau pédagogie, encadrement d’un groupe, tu te sentais calée ?

Mon parcours professionnel m’a pas mal aidé à ce niveau-là : après un master en Ressources Humaines, j’ai été embauchée dans un cabinet de conseil sur les outils RH. En gros, mon rôle était d’installer une solution chez un client : l’aider à savoir gérer son recrutement ou la performance de ses collaborateurs. Puis j’ai bifurqué vers un poste d’avant-vente dans une start up. Toutes ces expériences m’ont formée au côté coach, et m’ont apporté des compétences en termes de transmission et de pédagogie.

Quelle est la particularité du yoga que tu pratiques, à savoir le Yoga Vinyasa ?

C’est une pratique plutôt dynamique, donc on reste moins de temps sur les pauses. Dans le yoga Hatha, on reste environ 10 respirations par pause, contre 3 à 5 respirations dans le yoga Vinyasa. Il y a aussi des changements sur les postures : des mains qui ne vont pas être pareilles, un alignement différent… D’un yoga à un autre, la structure de la pratique, le flow, mais aussi la philosophie et la respiration peuvent changer. Le Vinyasa, c’est plutôt le yoga occidentalisé.

Elise qui a souhaité devenir prof de yoga dans la position du cactus
Posture du Cactus – Paris, Bastille © Delphine Joly Yogaphotomaton

Comment est-ce que tu élabores tes séances de yoga ?

Certains profs aiment préparer leurs cours de A à Z, prévoir pose par pose le flow entier. Je l’ai fait au début, mais j’ai eu du mal à me tenir à un cadre. Je me laisse davantage de liberté maintenant et fonctionne un peu plus au feeling : il m’arrive par exemple d’avoir envie de travailler sur une thématique précise pendant une semaine – des équilibres, un flow centré sur le dos – et c’est comme ça que je cible. Par contre, la structure globale ne change pas : je commence toujours par de la respiration et je finis par de la relaxation.

Si jamais tu devais définir la pratique du yoga en quelques mots…

Connecter, synchroniser l’esprit et le corps.

Ton pseudo Instagram, Yogiwhotravel, représente tes deux passions dans la vie : le yoga et le voyage. Est-ce que tu arrives à concilier les deux ?

J’ai toujours adoré voyager, mes parents m’ont transmis ce goût. Comme je pratique beaucoup en extérieur, j’aime assez l’idée de partager une ville à travers le prisme du yoga. Je fais souvent appel à des photographes, ce qui me permet aussi de rencontrer des locaux qui vont m’emmener dans des petits coins peu connus des touristes. Je ne donne pas encore de cours à l’étranger, mais c’est quelque chose qui est en projet.

Elise qui a souhaité devenir prof de yoga dans la posture du chien tête en haut
Posture du Chien tête en haut – Budapest © Rokolya Photography

Qu’est-ce que le yoga apporte aux gens selon toi ?

Pour l’esprit, je dirais de la détente et du bien-être : se prendre une heure de yoga après le boulot, et finir par une relaxation qui dure 10 minutes, ça permet vraiment de décompresser. Au niveau physique, c’est l’occasion pour les gens qui ne veulent pas courir ou faire des sports dynamiques d’aller renforcer certains muscles.

Qu’aurais-tu envie de dire aux gens qui veulent radicalement changer de vie ou se lancer dans une nouvelle aventure, comme devenir prof de yoga ?

D’abord, je pense qu’il faut bien préparer sa transition et être réaliste côté budget : passer d’une situation très confortable à un job où on monte sa boite pour créer des bracelets ne va pas rapporter le même revenu. La deuxième chose, c’est de se préparer psychologiquement à devenir son propre patron : ça demande une certaine rigueur, même pour être prof de yoga. Par exemple, on pourrait ne pas avoir envie de donner des cours tôt le matin, alors que c’est ce qui marche le mieux. Et la troisième chose, ce serait de parler autour de soi avec des gens qui ont fait cette transition avant de se lancer.

 

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