Elise Moison • Force Femmes

A l’heure où le marché de l’emploi devient chaque jour plus volage et impitoyable, certaines populations deviennent de véritables victimes de la précarité et du chômage. Dans ce contexte d’économie morose, des femmes d’affaires ont décidé d’unir leurs compétences pour créer une association luttant contre le chômage des femmes de plus de 45 ans : Force Femmes. Elise Moison est depuis 10 ans la déléguée générale de cette association qui redonne de l’audace, de la confiance et du courage à ces femmes. Force Femmes a fait de la réinsertion professionnelle personnalisée pour les femmes de plus de 45 ans son cheval de bataille, en modélisant une aide solide et efficace pour toutes celles qui sont victimes d’exclusion sociale.

 


UNE PERSONNALITE…


Force Femmes (c) Ludovic Etienne

Depuis le 17ème arrondissement, Elise Moison et son équipe occupent un bâtiment à l’architecture moderne aux côtés d’une dizaine d’autres associations. Alors que nous entamons notre discussion, le plateau dédié à Force Femmes prend vie : salariés, bénévoles et bénéficiaires se rencontrent et échangent, laissant apparaître devant nos yeux des projets et des destins en train de se dessiner.

La première chose à savoir sur Elise Moison, c’est qu’elle n’a jamais rien fait comme les autres. Issue d’un parcours classique d’école de commerce, Elise a très rapidement eu des visées bien précises de son avenir qui ne ressemblait pas au destin tout tracé des Grandes Ecoles. Ses envies étaient bien loin de coller avec une carrière de chef de produit ou de financier. Elle a toujours souhaité utiliser ses compétences au service de projets utiles, ayant du sens, et afin de changer réellement les choses. Son milieu de prédilection a donc naturellement été le secteur non lucratif.

 « Je n’ai toujours travaillé que dans le secteur non lucratif, associatif, dans des ONG, des fondations. Je n’ai jamais travaillé dans une entreprise commerciale. »

Depuis ses tous premiers stages, Elise s’est spécialisée dans ce milieu. La coordination de projet associatif et humanitaire est devenue sa spécialité.  Il y a de cela 10 ans, alors qu’elle travaillait pour la fondation Bolloré, Véronique Morali, la future présidente fondatrice de Force Femmes, est venue frapper à sa porte.

« Fin 2006, Véronique Morali, que je connaissais personnellement, m’a dit : « J’ai créé une association. Ça s’appelle Force Femmes. C’est pour aider les femmes de plus de 45 ans. J’aimerais bien t’en parler. » »

 


 
UNE ASSOCIATION, UNE HISTOIRE…


Force Femmes (c) Ludovic Etienne

Force Femmes c’est avant tout une histoire de femmes, ou plutôt de 10 femmes qui un jour se sont réunies et ont décidé de venir en aide aux plus de 45 ans ayant perdu leur activité professionnelle. Cette aventure fut menée dès ses prémices par des femmes d’affaire à l’origine du Women’s Forum, que l’on considère aujourd’hui comme le pendant féminin de Davos. Leur désir principal avec Force Femmes n’était pas de briser le plafond de verre contre lequel luttent les femmes dirigeantes mais de s’adresser à toutes celles qui sont sorties du monde professionnel, et qui, de par leur âge et leur genre, subissent le chômage de plein fouet.

Force Femmes n’a pas été créée par hasard. Le contexte économique que l’on connaît depuis plusieurs années fut, pour le conseil d’administration de l’association, un déclencheur inouï. Il y avait derrière cette idée une réelle demande et un besoin concret auxquels personne ne répondait alors. Si le chômage est devenu pour beaucoup une réalité quotidienne, il peut se révéler dramatique pour les femmes de plus de 45 ans. On parle pour ces cas-là de réinsertion sociale, car nombre d’entre elles ne parviennent pas, même après un ou deux ans de recherche, à se replacer. Ces femmes se retrouvent dans des situations d’exclusion et d’isolement social préoccupants.

« La crise économique que nous subissons depuis plusieurs années se matérialise trop souvent pour les femmes dites seniors par des licenciements massifs et les renvoie à la « case maudite » du chômage. Trop de femmes de plus de 45 ans se retrouvent ainsi exclues du monde du travail ». Françoise Holder, Présidente de Force Femmes

Il y a 10 ans, s’attaquer à cette problématique était quelque chose de complètement novateur. Le chômage est depuis longtemps un sujet politique récurrent, mais aucune association ne s’occupait alors spécifiquement des seniors, et des femmes seniors encore moins. Il est pourtant démontré que lors des phases de recrutement l’âge est un facteur discriminant, et le fait d’être une femme est un facteur aggravant.
C’est ce projet que Véronique Morali a voulu faire porter à Elise Moison. A ce moment-là il y avait une page blanche à écrire. L’idée était là mais sa concrétisation et sa mise en place étaient encore à inventer de A à Z.
Elise Moison accepta la proposition et démissionna pour se consacrer à la toute nouvelle association Forces Femmes en devant la déléguée générale.

 « Nous avions un boulevard devant nous, il fallait tout inventer. Donc quand une femme de 45 ans prend son téléphone, nous appelle et dit : « Mais c’est super c’est exactement ce dont j’ai besoin, vous proposez quoi ? » C’était la question à laquelle nous devions trouver une réponse intelligente et utile. »


 
L’ASSOCIATIF, UN METIER …


Force Femmes (c) Ludovic Etienne

Elise Moison, désormais à la tête de cette association, devait modéliser son fonctionnement : comment faire ? Avec qui ? Et avec quels moyens ? Pour Elise, l’associatif a toujours été un vrai métier avec son lot de rouages et ses complexités. Elle va dès le début professionnaliser son activité et proposer un accompagnement efficace qui répond au mieux aux besoins de ces femmes. 

Une des premières choses à être mise en place est un système de bénévolat bien spécifique. Les 600 bénévoles que compte l’association sont tous des professionnels du milieu des ressources humaines mais aussi de la communication, du digital, de la comptabilité ou encore de l’entreprenariat. Tous ont une expérience conséquente dans leur domaine et sont ainsi les meilleurs alliés pour un accompagnement et une recherche d’emploi efficace.

Chaque femme est coachée par un bénévole qui l’épaulera pendant toute la durée de l’accompagnement. Ce dernier se divise en deux parties complémentaires : un suivi individuel et des ateliers pratiques. L’accompagnement individualisé permet à chaque femme de plancher sur son projet professionnel : la réalisation de son curriculum vitae, les secteurs qu’elle vise, les compétences qu’elle a et celles qu’elle doit acquérir, l’aide dans les recherches d’offres d’emploi… Les ateliers pratiques viennent ensuite pour travailler sur ses points faibles : la confiance en soi, les entretiens d’embauche, les outils informatiques …

Ce système d’accompagnement a été mis en place tant pour la recherche d’emploi classique que pour le montage et la création d’entreprise. Chaque femme dont l’association s’occupe est donc accompagnée dans toutes ses démarches. Ce suivi individualisé permet de prendre en compte les caractères, les différences de projets professionnels et les situations d’urgence, s’il y en a. Chaque femme arrive avec son lot de problème et chaque cas est différent.

« Redonner du courage, de l’audace, accompagner à la reconstruction professionnelle et personnelle. »

Derrière ces outils, il y a chez Force Femmes la véritable motivation de redonner à ces femmes l’envie d’oser, de croire en elles et en leurs projets. Bien trop souvent discriminées, elles le sont autant par les recruteurs que par elles-mêmes. Depuis ses années d’expérience dans ce domaine, Elise a pu observer une forme de pudeur et de retenue chez ces femmes qui les empêchent, bien souvent, de répondre à une offre par peur de ne pas être à la hauteur.

Pour Elise le combat est à mener dans l’esprit de ces femmes, chez qui il faut implanter de la confiance, de l’assurance et de la motivation. Mais le combat de Force Femmes est aussi auprès du marché de l’emploi. L’association fait énormément de médiation auprès de ses partenaires pour lutter contre les clichés qui accompagnent la candidature de femmes. Elise ne veut pas placer la candidature des femmes dont elle s’occupe sur le haut de la pile chez les recruteurs mais juste leur montrer qu’avant même d’arriver sur leur bureau, elles sont trop souvent déjà mises à la poubelle.

Aujourd’hui beaucoup de chemin a été parcouru. Les partenariats que l’association met en place vont loin : certaines entreprises vont jusqu’à réserver un quota d’embauches, sur les nouvelles offres qu’elles proposent, aux femmes de l’association. D’autres acceptent de faire des conférences sur les systèmes de recrutement et le milieu de l’entreprise. Les partenaires publics continuent de soutenir l’association, qui est considérée d’intérêt général, pour une éventuelle relance de la croissance économique française. Chaque année Force Femmes compte une liste de partenaires toujours plus nombreux et loyaux, à l’instar de ses bénévoles.
Le rapport annuel de 2015 stipule qu’en 10 ans d’activité, c’est quelques  20 000 femmes au chômage qui ont été accompagnées dans leurs démarches par l’association, 35% qui ont retrouvé un emploi salarié et 600 femmes qui ont créé leur activité.

« En dix années d’expérience, Force Femmes est devenue une association incontournable qui s’efforce au quotidien de bâtir de grandes passerelles vers le retour à l’emploi ou la création d’entreprise. Nous sommes animés par une volonté farouche, qui ne s’éteindra que lorsque plus une femme ne viendra sonner à notre porte. » F. Holder