Fashion week parisienne : bilan green

Décriée pour son impact écologique, la semaine de la mode continue à faire de la résistance. Face aux alertes rouges de l’exubérant calendrier officiel, des initiatives mettent les voyants au vert.  

Contradictoire ? Une épithète facilement associable à la fashion week. Alors que l’industrie se veut plus responsable, boudant les cuirs et fourrures au profit de matières durables – tech ou vegan – l’empreinte écologique engendrée par cette semaine extraordinaire est considérable. Du 23 septembre au 1er octobre derniers à Paris, quelque 5000 participants estimés ont fait le déplacement depuis les grandes capitales mondiales – généralement en avion – pour courir d’un show à l’autre – généralement en taxi et voiture. Bilan carbone maximal. Au total, ce sont 75 défilés inscrits au calendrier officiel qui ont été présentés pour la saison printemps-été 2020.

De l’intérieur, les superlatifs vont également bon train. Surproduction (de 20 à 100 silhouettes différentes par show), et surconsommation provoquées par des décors surdimensionnés aux budgets colossaux aussitôt installés aussitôt détruits. Pourtant, face à la pression générale, s’il y a bien un argument qui séduit les professionnels de la mode, c’est le volet green. C’est ainsi que la Maison Dior a joué la carte écolo-friendly en installant un décor champêtre composé de 160 arbres de 60 espèces différentes à l’Hippodrome de Longchamp, qui seront tous replantés dans différents sites sensibilisés à la protection de l’environnement de la région parisienne. Une scénographie pensée en collaboration avec les paysagistes, botanistes, urbanistes et jardiniers du colectif Coloco. Un joli storytelling sur fond de recyclage qui peut faire tiquer.

Une valeur ajoutée pour les acheteurs

lago 54
Showroom Lago 54 installé dans le Marais pendant la Fashion week parisienne du 23 septembre au 1er octobre

 

« Le green est devenu un argument commercial. Plus on s’inscrit dans cette lignée et plus on a de chances de vendre », observe Emmanuelle Courreges, journaliste et fondatrice de Lago54, une plateforme dédiée à la création de luxe africaine. C’est évidemment loin des défilés des maisons de luxe, du côté des petits créateurs, que l’approche responsable est la plus manifeste. Dans son showroom éphémère installé rue des Rosiers, dans le Marais, à l’occasion de la fashion week, la Parisienne fait la part belle à la mode éco-responsable. Un positionnement évident dans la création made in Africa. « On propose une valeur ajoutée éthique et sociale qui séduit les acheteurs. Mais je  souhaite montrer que la mode africaine est avant tout une manière de faire la mode», insiste-t-elle.

Les sandales traditionnelles zouloues revues à la sauce contemporaine de la marque Ifele sont fabriquées par des coopératives de femmes en Afrique du Sud. Les bijoux Pichulik sont quant à eux réalisés à partir de cordage de coton recyclé. Et les robes couture du créateur camerounais, Imane Ayissi, sont flanquées de motifs de poissons inspirés des tapisseries du Bénin et du message « save the oceans ». C’est ainsi que Studio 189, l’une des marques qu’Emmanuelle Courreges soutient, s’est retrouvée sacrée meilleure marque éthique de l’année 2018 par le prestigieux prix CFDA (The Council of Fashion Designers of America) et a intégré le calendrier officiel de la fashion week de New York en septembre dernier.

 

Réinstaller de l’humain

floriane fosso
Showroom Floriane Fosso installé au Hidden Hôtel, rue de l’Arc de Triomphe, pendant la fashion week parisienne le 1er octobre

 

De son côté, c’est quasiment seule que la styliste Floriane Fosso, 27 ans, s’est impliquée dans la mode éco-responsable depuis le lancement de sa marque éponyme en 2016. « On veut tous en être et présenter des défilés. Parce que la mode, c’est du spectacle. Mais je suis une petite marque et la question d’organiser des shows colossaux ne se pose pas. En revanche, même à terme, je veux continuer à faire du sens en restant sur un rythme de deux présentations par an ». Venue présenter sa dernière création pendant la semaine de la mode, une basket vegan, la styliste a fait le choix du zéro cuir. « Récupérer les cuirs des grandes maisons de luxe n’est plus un gage de qualité, c’est un non-sens », glisse la créatrice.

En lieu et place, des matières responsables : semelle en plastique recyclé, chutes de tissu de fournisseurs de luxe et aquabase, un procédé de tannage minéral qui permet d’obtenir un simili cuir éco-friendly. « Je veux montrer qu’on peut allier design et éthique ». Résultat, le temps de la fashion week, la créatrice a su convaincre department stores et concept-stores branchés. Du côté de sa ligne de prêt-à-porter – distribuée en France, aux Etats-Unis et au Canada -, même engagement. Petites et moyennes séries confectionnées à partir de matières naturelles comme des tricots en bambou, des tops en soie fabriqués en France. Sans oublier des t-shirts et sweats en coton bio plus accessibles fabriqués en Asie mais certifiés « fair trade », un label de commerce équitable garantissant de bonnes conditions de travail et une rémunération juste auprès des producteurs.

face to face paris
Pop-up Face to Face rue de Cambon, aux Tuileries, pendant la fashion week et le Salon Première classe

 

Replacer une dimension humaine dans cette grosse machine qu’est la fashion week, telle était aussi la volonté de la boutique éphémère Face to Face installée à cette occasion aux Tuileries, dans le cadre du salon Première Classe. Emmené par Marianna Szeib Simon, une ancienne de Dior Parfums et L’Oréal, le projet met en avant une sélection de créateurs indépendants de mode durable lors de pop-up. Et propose une alternative au retail traditionnel. Pour la première fois, l’espace généralement réservé aux professionnels de la mode était ouvert au public, avec un acccès sans badge ni liste d’invités. Une manière de sensibiliser tout le monde et d’abolir les frontières entre industrie et consommateurs lambda. Tandis que certains créateurs pensent quant à eux abandonner les défilés physiques au profit de versions numériques à faible impact environnemental et accessibles à tous… Prochaine étape, une fashion week plus démocratique ?