Rencontre avec le duo de street artistes Wèkup

Reconnaissable entre mille avec cette horloge qu’il ne cesse de mettre en scène, le duo de street artistes français Wèkup embellit les rues de Paris grâce à ses créations atypiques. Rencontre en 10 questions.

 

Sur votre Instagram, on peut lire « Duo d’artistes éphémères ». Qui êtes-vous l’un pour l’autre ? Pouvez-vous vous présenter ou est-ce un secret bien gardé ?

Nous sommes deux amis d’enfance, originaires de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Après avoir pratiqué un graffiti plus classique pendant une dizaine d’années, avec chacun notre « blaze », nous avons décidé de nous lancer dans un projet commun d’art urbain, au sens large. Deux aiguilles pour un seul réveil.

 

Pouvez-vous nous expliquer la signification de votre nom de street artiste ? Comment et pourquoi l’avez-vous choisi ?

Nous n’étions que deux gamins quand nous avons commencé à peindre dans la rue. Et le graffiti nous a accompagnés tout au long de notre adolescence. Mais à un moment, la vie a fait que nous n’avions plus le temps de peindre autant que nous le souhaitions. Comme beaucoup de monde, nous nous sommes laissés endormir par le tourbillon du quotidien.

Wèkup est né un soir de 2015, sur le coin d’une table de bar, alors qu’on se remémorait avec nostalgie nos années graffiti. Il faut dire qu’on est deux mecs complètement terrifiés par l’idée du temps qui passe. Était-ce déjà fini ? Fallait-il laisser tout ça derrière nous une bonne fois pour toute ? Impossible. On a réalisé que nous devions impérativement nous reprendre, nous réveiller. Le nom Wèkup (une contraction de « Wake up ») s’est alors imposé comme une évidence.

Satanas et Diabolo dans un avion à Paris version street art en plein coeur de Paris
Satanas et Diabolo par les street artistes Wekup © Wesley Bodin

 

Pourquoi avoir choisi l’horloge comme symbole de votre art ? Que représente-elle ?

Tout le monde déteste son réveil. C’est un petit objet de torture qui, chaque matin, t’arrache à tes rêves pour te ramener à la réalité. Notre challenge est justement d’offrir un peu de rêve éveillé aux passants. De transformer le réveil en quelque chose de coloré, de joyeux, de positif. Qu’il ne soit plus synonyme d’angoisse mais de renouveau. Il faut aussi dire que le grand-père de l’un de nous est horloger. C’est aussi un hommage.

 

Quels sont les principaux messages que vous véhiculez à travers le street art ?

Ce qu’on veut, c’est inviter le passant à se réveiller, d’une manière ou d’une autre. Cela peut être dans une démarche plus philosophique, en prenant conscience de son existence et de ce qu’elle offre comme possibilités, ou dans quelque chose de plus concret, en lâchant son boulot pourri pour se plonger dans quelque chose de plus épanouissant par exemple. Peu importe, chacun doit être libre d’interpréter notre message comme il l’entend. Face au temps qui passe indubitablement, ce qui compte, c’est le mouvement.

 

Arrivez-vous à vivre à 100% du street art ou exercez-vous une activité annexe ?

On rêverait de peindre 24h/24 et 7j/7 mais nous avons d’autres activités. Pas le choix, il faut payer le loyer. Du coup, on peint la nuit. A force de dessiner des réveils, on finit par choper des insomnies.

 

Quel est votre quartier de prédilection à Paris pour pratiquer le street art ?

Nous n’avons pas de quartier de prédilection. D’autant plus que nous travaillons en ce moment sur un projet intitulé Wèkup Paris. Pour cette série, nous avons décidé d’illustrer les rues de notre ville en y réalisant chaque fois des réveils dédiés, pensés comme des clins d’œil au nom de la rue où ils sont peints ou collés.

wekupstreetrider et le street art à Paris
Le duo wekupstreetrider joue avec le rue des rues parisiennes © wekupstreetrider

 

Avez-vous déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

Oui. Il y a quelques semaines, nous avons participé à un très beau projet collectif, initié par l’Oiseaucraie : le « Vernipassage« . En une nuit, une trentaine de street artistes ont investi le Passage du Chantier, dans le 12e arrondissement, pour y réaliser toutes sortes d’œuvres. L’idée : faire un musée éphémère, à ciel ouvert.

On travaille aussi avec des artistes internationaux comme Smiiile qui vit à Hambourg. Et on vous prépare plein d’autres collab’, mais chuuut, on ne vous en dit pas plus pour le moment…

 

Avec quel street artiste français, ou étranger, adoreriez-vous vous associer pour une création future ?

On pourrait en citer beaucoup, mais on va choisir LEK. Déjà parce qu’on a toujours été fan de son travail graphique et parce que ce qu’il a réalisé avec Sowat pour le Mausolée est tout simplement extraordinaire. C’est aussi un mec très sympa, qu’on avait rencontré quand on était gamins et qu’on a recroisé il y a peu.

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

L’art de rue est une drogue. Il est profondément addictif, monopolise l’esprit, te met dans des situations pas possibles… Si on doit donner un conseil, c’est de ne pas lutter. Y aller à fond, s’acharner. Parce que la réalité, c’est que le sevrage, c’est 1000 fois pire.

 

Puisque nous sommes à Paris, avez-vous des bonnes adresses pour boire un verre et se restaurer à Paname ?

Niveau restos, si vous êtes plutôt poisson, on vous conseille Le Rendez-vous de la Marine où le proprio vous accueille comme un roi. Pour les carnivores, il faut aller chez Volver, un super resto argentin rue Dauphine.

Du côté des bars, La Favorite, rue de Turbigo, est un peu devenu notre bureau. Et on doit évidemment citer le coin de table de Au Fil du vin, un bistrot sur les quais du canal Saint-Martin, où tout a commencé.

Un street art rue du Nil, à Paris
La thématique de ce street art ? Rue du Nil… © Wesley Bodin