Interview : rencontre avec Christelle Kocher

Elle fait désormais partie des créatrices les plus en vue de la Fashion Week parisienne. à la tête de sa propre marque depuis 2015, Koché, et directrice artistique de la Maison Lemarié, spécialisée dans la broderie et la plumasserie, elle délivre depuis son atelier de Ménilmontant une mode d’aujourd’hui. Inspirée par les femmes du monde et par la diversité. Une mode cosmopolite, aussi populaire que sophistiquée, sublimée par le geste et par les bonnes ondes de sa fondatrice. 

 

Interview Christelle Kocher
© Frédérique Massabuau

Strasbourgeoise d’origine, Parisienne d’adoption mais citoyenne du monde aujourd’hui, on résume bien ?

Christelle Kocher : Mon rapport à la globalisation est positif. J’ai toujours voyagé et voulu voir ce qui se passait ailleurs. J’ai passé quelques années en Angleterre, d’autres à Anvers auprès de Dries Van Noten pour qui j’ai collaboré, je suis partie en Italie chez Bottega Veneta. J’adore le Japon et encore plus New York, là où j’ai travaillé sur le lancement de la marque Koché et sur le business plan de la marque. J’adore aussi Paris, l’Afrique du Nord, mais j’adore surtout le monde.

Pourquoi avez-vous choisi de vous installer dans le quartier de Ménilmontant, dans le 20e ?

J’ai surtout envie de vivre dans des quartiers mélangés et joyeux, c’est un rappel de mes racines populaires. Je vis aux Buttes-Chaumont et mon studio de création se trouve à Ménilmontant. J’ai embauché une dizaine de personnes venant de toutes les régions du monde, du Japon, de Chine, du Maroc. L’authenticité selon moi.

Koché a été lancé à Paris en 2015.
Sur quel prisme ?

C’est une marque cosmopolite, elle répond à une génération nouvelle et puis s’inspire de mon parcours personnel. C’est l’idée d’un mix entre héritage, couture et streetwear, enrichi par le dialogue entre les mondes, par le brassage culturel. Le portait de la femme parisienne n’existe plus selon moi et ne m’inspire pas. Koché est une marque à l’esprit ouvert et créatif, capable de s’adresser à différentes populations, naviguant entre un ancrage populaire et une histoire où le savoir-faire et la technique disent quelque chose à celles qui ont les codes et une approche plus esthète de la mode.

Avec des messages à la clé…

Sans sortir les pancartes, Koché parle des femmes et des communautés minoritaires. J’interroge également le système actuel de la mode, l’idée de retrouver du sens, de l’émotion fait partie des questionnements permanents de la marque.

Un parti pris qui emmène chacun de vos défilés, dans des lieux étonnants…

Je n’aime pas le Paris cliché, j’aime révéler d’autres facettes du Paris que j’aime. Mon premier défilé a eu lieu place Carrée au Forum des Halles, à la sortie du RER et du métro, une porte d’entrée sur la banlieue, un lieu de culture mais aussi un ancrage dans le Paris historique, et surtout un lieu de rencontres des différentes classes sociales. Pour la collection automne-hiver 2018, on s’est invités au Casino de Paris, en ouvrant la salle à tout le monde, en ne refusant personne. Nous avons investi aussi le Passage du Prado dans le 10e, un lieu historique datant du XVIIIe siècle, bordé d’échoppes, très cosmopolite et entouré de créatifs. Nos lieux de défilés sont des adresses où jamais la mode ne s’est invitée.

Vous vous affranchissez aussi des mannequins standard…

Les mannequins qui défilent sont des copines, des ami(e)s de Tokyo qui aiment la marque, des créatifs de Paris ou de New York, des gens qui m’inspirent, des Djs, des musiciens, des acteurs, des artistes. Et tout cela se fait naturellement, je ne suis pas dans le comptage ou le quota, ça ne m’intéresse pas. Mes défilés représentent le monde, un peu de réalisme fait toujours du bien.

Vous avez même collaboré avec l’équipe du PSG.

Exactement. J’aime m’amuser, faire des vêtements qui permettent aux femmes de se sentir belles, fortes et dynamiques. Être féminine en portant un maillot de foot avec un twist mode, c’est tout à fait possible.

Comment se porte Koché aujourd’hui ?

La marque va bien, elle est distribuée dans plus de 70 points de vente dans le monde, de plus en plus aux Etats-Unis et aussi en Asie, à Tokyo mais aussi en Chine, en Corée ou à Hongkong. Notre e-shop sera disponible début 2019. On commence à s’intéresser à l’homme et nous venons de lancer une collection capsule avec La Redoute.

Vous êtes également directrice artistique de la Maison Lemarié, rachetée par Chanel en 1997, spécialiste de l’art plumassier et de la broderie. Une autre de vos cordes…

Travailler avec un savoir-faire si précieux, si unique dans le monde est source d’inspiration permanente. La technique et l’artisanat font partie de la culture, il faut préserver cela tout en se projetant dans le futur, s’adapter aux nouvelles technologies comme aux nouveaux matériaux, c’est passionnant.

Vous reste-t-il du temps pour vous ?

Oui. J’adore faire du sport, je lis et je vais au théâtre. Et puis j’essaie de me ressourcer en voyageant.


Koché x La Redoute

Koché signe en cette rentrée une collection capsule avec La Redoute. « Je défends autant la mode démocratique que celle des défilés, explique Christelle Kocher. L’idée de cette collection est de proposer une garde-robe pour tous les jours, qui réinterprète les pièces classiques de la marque dans un esprit sportswear et décontracté ». Dans les rayons, la robe polo, chère à la créatrice, une autre à pois, à coeurs et à trefles, et un trench au revers large de toute beauté. En vente jusqu’en janvier sur le site laredoute.fr, aux Galeries Lafayette et au BHV.

Koché : www.koche.fr