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Interview : 10 questions posées au street artiste français Raphael Federici

Vous kiffez le street art ? Vous aimez les marins ? Vous allez donc adorer notre interview en 10 questions du français Raphael Federici !

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Do you know the smallest street in Paris? Degrés Street in the Bonne Nouvelle district, and its 14 steps from Beauregard Street to Cléry Street. A colorful architectural anomaly by me! 😁 Connaissez-vous la plus petite rue de Paris? La rue des Degrés dans le quartier Bonne Nouvelle, et ses 14 marches de la rue Beauregard à la rue de Cléry. Une anomalie architecturale colorée par l’artiste @raphael_federici 📷 @freeaparis 👍🏻 #paris #parisian #paris🇫🇷 #parismaville #parismonamour #streetart #streetphotography #sentier #lesentier #bonnenouvelle #instalike #igersparis #balade #walking #myparis #lavieparisienne #wonderful_places #federici #jenesuispasuntouriste #Repost @jenesuispasuntouriste

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Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ?

Raphael Federici : Aujourd’hui je me nomme par mon vrai nom : Raphael Federici. Mais quand j’ai commencé dans la rue en 2012, je n’osais pas utiliser mon vrai nom par peur de représailles. Donc je me suis créé un nom de collectif d’artistes : Paris Sketch Culture. En réalité, c’était le nom du blog que je tenais, qui traitait quotidiennement d’une sélection personnelle que je faisais sur les différents artistes qui me fascinaient. C’était aussi un excellent moyen de faire de la veille, et une grande source de motivation pour me lancer à mon tour.

 

Depuis quand exerces-tu cet art et, par extension, quelle a été ta première oeuvre ?

J’ai commencé en étant étudiant en design objet à Marseille. Je dessinais sur les murs des illustrations satiriques. Je ne pensais pas débuter une vocation à ce moment-là. Mais je peins depuis que j’ai 4 ans, vu que c’était le meilleur moyen pour ma mère de pouvoir peindre tranquillement elle-même… J’ai toujours été passionné de dessin, et pour moi m’exprimer sur un coin de cahier de cours, ou sur un immeuble de 43m, c’est la même chose… Tant que je peux m’enfouir dans mon univers et pratiquer ma passion.

 

Interview du street artiste français Raphael Federici
Une des nombreuses créations de Raphael Federici © Wesley Bodin

 

Pourquoi avoir choisi principalement le marin comme symbole de ton art ? Que représente-il ?

Le marin est venu à moi comme une évidence. A la base de mon travail de plasticien professionnel, j’ai choisi de travailler sur « l’uniforme » comme codification social. J’en ai tiré de grandes familles comme les cowboys, les Indiens, les cosmonautes, les pirates, etc… Le marin est devenu l’allégorie qui me parlait le plus. Il est le voyageur, le solitaire, le charismatique, le fort, l’aventurier, le mystérieux. Mais il est aussi le sensible, le poète, l’amoureux, le grand cœur brisé, le mal à l’aise en société.
Ce corps sculpté témoigne de son combat perpétuel, son courage, son expérience, son vécu dans un monde guerrier. Sa barbe blanche traduit sa sagesse, son recul, sa compréhension des choses vraies de la vie, son insurrection face à un système esclavagiste, son abnégation, son émancipation. Il est le capitaine de son propre navire, l’esprit de la mer et du vaste monde, le bienveillant. De par son caractère, il me définissait parfaitement, et je pense qu’il correspond à beaucoup d’hommes et femmes qui se reconnaissent dans son abnégation.

 

Quels sont les principaux messages que tu véhicules à travers le street art ?

Ce sont des messages inspirationnels ou sociétaux. Je parle à un large public, alors je fais attention aux symboles, aux mots et aux sujets que j’utilise dans la rue. J’essaye de rester « universel » et politiquement correct. En revanche mes messages cachés sont volontairement incisifs et/ou à vocation d’inspirer les gens dans leur journée. Mon but étant d’interpeller les passants poétiquement et de les amener à suivre la suite de mon travail dans mon atelier. Le public est souvent surpris d’apercevoir l’étendue de ma palette en découvrant mes recherches plastiques en atelier.

 

Arrives-tu à vivre à 100% du street art ou exerces-tu une activité annexe ?

100%. Je suis de ceux qui pensent que pour réussir son objectif, pour ne pas dire accomplir son rêve, il n’y a pas le choix, il faut s’y mettre a 100%. Quitte à manger de la vache folle quelque temps.

 

Quel est ton quartier de prédilection à Paris pour pratiquer le street art ?

Le 2e arrondissement, vu que j’y habite. C’est plus simple pour moi d’y faire une sortie nocturne de dernière minute, sans être trop loin de chez moi quand l’énergie est épuisée. Et puis je commence à avoir des fans dans mon voisinage qui me motivent à en faire plus à chaque fois.

 

Le marin de Rapahel Federici – source : instagram

 

As-tu déjà mis en place des collab’ avec d’autres street artistes ? Si oui, lesquels ?

Oui plusieurs, mais je n’ai pas encore trouvé la collaboration qui me faisait vibrer. J’ai tendance à être très solitaire dans mon « sport », et je privilégie des collaborations avec des arts très différents de ma pratique initiale pour en puiser plus de richesse. Des artistes sculpteurs, photographes, compositeurs, danseurs m’inspireront plus que des street artistes. De plus je ne me considère pas comme street artiste, mais comme dessinateur. Au mieux, artiste plasticien exerçant sur le support rue, parmi plusieurs autres supports. Je ne crois pas à l’étiquette « street artiste », mais je crois en la pratique du « street art »: littéralement « l’art de rue ». Je rêve du jour où tous les peintres d’ateliers se lanceront sur une fresque murale dans leur rue. Le street art n’est selon moi plus un nom définissant un mouvement artistique comme dans les années 80-90 (graffeurs, tagueurs, vandales, colleurs) mais une pratique universelle : sortir et créer à même le béton.

 

Avec quel street artiste français, ou étranger, adorerais-tu t’associer pour une création future ?

Celui qui me fait vibrer en ce moment c’est Banksy. J’aimerais travailler avec lui, plus que de profiter de sa notoriété. C’est l’artiste et sa démarche qui m’intéressent avant tout. Quant à Maye, illustrateur qui cartonne en ce moment, je me retrouve énormément dans son travail. Sainer du groupe Etam, qui pour moi est un génie du figuratif et un caricaturiste incroyable. Conor Harrington, un peintre (faisant du street art) très talentueux. Et il y en a sûrement beaucoup d’autres que j’oublie…

 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le street art ?

Je lui dirais : « Travaille ton dessin sans cesse, trouve ton style et vois si tu peux l’étendre sur toute une carrière. N’écoute pas les gens du milieu. » Je mettrais en avant que la France est un village et que des murs, il y en a beaucoup aussi dans le reste du monde. Et que comme pour tous les métiers artistiques, les ennemis sont l’alcool, la drogue, la night et la paresse. Etre artiste indépendant est un des jobs les plus durs qui existent, car cela demande une rigueur et une force de travail de tous les instants, et il n’y a aucun patron pour mettre la pression. Je pense que pour vivre de son art, il faut soit beaucoup de travail, soit beaucoup de chance. Et surtout, je lui conseillerais de s’habituer à jeûner ! (rires)

 

Puisque nous sommes à Paris, as-tu des bonnes adresses pour boire un verre et se restaurer à Paname ?

Oh que oui ! Au petit dej ou au goûter, un acai bowl de chez Love Juice Bar, rue Chapon dans le 3e arrondissement. Mon spot du moment pour bien manger serait La Cantine des Mama’s dans le 2e. Ce sont trois grands-mères – une d’Inde, l’autre d’Afrique et la troisième d’Orient – qui cuisinent chacune leurs spécialités. Un dilemme infernal pour choisir mais un régal assuré !