Interview : Vendredi sur Mer au festival We Love Green

C’est le phénomène hybride qui est sur toutes les lèvres. Vendredi sur Mer, ce n’est pas de la pop, du slam, de la chanson. C’est un concept bien unique qui allie un parlé/chanté mélancolique et sensuel à une musique délicieusement funky. On s’en est allés la rencontrer à l’occasion du We Love Green 2018.

 

 

Hello Charline. Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Je m’appelle Vendredi sur Mer, j’ai 23 ans, je suis suisse et j’habite à Paris. J’ai commencé la musique il y a à peu près 3 ans et demi, 4 ans.

Vendredi sur Mer c’est un nom assez drôle, comme une ode aux vacances…

C’est ça, c’est prendre le large, partir… Il y a un peu un rapport à la poésie et au fait de lâcher prise.

Et d’ailleurs justement, en parlant de poésie, est-ce qu’on pourrait dire que ta musique c’est du RAP, au sens littéral de Rhythm And Poetry ?

Je pense que le rap s’est vraiment diversifié, il y a tellement de sortes de rap différents aujourd’hui… On y inclut beaucoup de chant, alors oui on peut dire que Vendredi sur Mer c’est un peu ça, en un sens. Personnellement, je ne sais pas dans quelle catégorie je me mettrais, tout est si mélangé aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de catégories propres. J’aime bien l’idée d’être un petit serpent au milieu de tout ça.

Et est-ce que tu aurais un artiste qui t’as particulièrement marquée, dans les classiques ou même les artistes émergents ?

Gainsbourg, forcément. C’est quand même le Maître.

Dans « Les filles désir » tu commences ta chanson en disant « j’écris des chansons, je ne les chante pas », doit-on comprendre que la phase d’écriture est primordiale par rapport à l’interprétation, que tu racontes des histoires avant tout ?

Je pense que l’interprétation est quand même très importante, la manière dont on va raconter une histoire passe aussi par l’intonation, l’articulation… Je pense que les deux sont liés, et qu’il n’y a pas de primauté. J’ai dit que j’écrivais des chansons et que je ne les chantais pas parce que la plupart du temps je parle. Je ne les chante pas en vocalises quoi. (Rires)

Du coup toi tu écris les textes et Lewis Ofman compose. Est-ce qu’il y a un ordre précis dans votre processus créatif ? Est-ce que tu écris les textes et il s’en inspire, ou l’inverse, ou pas du tout ?

Au début quand on a commencé, il faisait ses productions et me les envoyait et j’écrivais, j’enregistrais et c’était fini. Maintenant on travaille beaucoup ensemble, c’est très intéressant parce que je peux aussi lui souffler des mélodies. Par exemple pour Dolan, qu’on a faite tout à l’heure, j’avais fredonné un air en disant « ça c’est pas mal », il s’est ensuite mis aux claviers… Il y a une espèce de symbiose maintenant. Avant c’était vraiment production/écriture/enregistrement et c’est fini, alors que maintenant les chansons évoluent parfois jusqu’à six fois avant qu’on ait la version finale. Parfois on travaille une production, je commence à écrire dessus et puis je trouve que ce n’est pas assez si, pas assez ça, et puis on change. Maintenant c’est un peu aléatoire et divers.

D’ailleurs ce qui m’a frappé en écoutant ta musique c’est l’ambivalence entre les paroles mélancoliques et la musique enjouée et dansante. Est-ce qu’on pourrait dire que Vendredi sur Mer c’est une musique mélancolique mais positive ?

Complètement. J’aime bien jouer entre le chaud et le froid. Faire une chanson aux paroles tristes avec une production triste, c’est lourd, et ce n’est pas la manière dont j’envisage les choses. On peut trouver de la mélancolie dans nos productions d’ailleurs, dans celles de l’album qu’on est en train de faire en tout cas, mais c’est toujours à la limite, jamais vraiment trop triste. C’est plus touchant et émouvant que triste.

J’avais aussi lu d’ailleurs que tu distinguais très bien la mélancolie de la tristesse, les gens associent souvent les deux, à tort.

Exactement. La mélancolie est un très bel état d’esprit, c’est là que je puise beaucoup d’inspiration. Ça peut être bon comme mauvais. On ne vit pas les choses de la même manière avec le recul, on prend conscience de certaines choses, et la mélancolie c’est ça. On peut être mélancolique d’une dispute… Alors que la tristesse c’est un état d’esprit très spécial, mais c’est très beau aussi.

Un peu comme le bonheur d’être triste de Victor Hugo…

Exactement !

J’avais noté aussi que tes chansons parlaient beaucoup de désir. Tu parles notamment de « brume qui hypnotise » dans Lune et l’autre. On sent une attirance pour les amours fantasmés, est-ce que c’est ton quotidien qui t’inspire principalement ou il y a aussi un peu d’imaginaire ?

La plupart de mes chansons partent de ce que j’ai vécu, un peu comme des mini autobiographies de pleins de moments de ma vie. Dans Lune et l’autre c’est différent, il y a plein de métaphores qui parlent de la musique, du fait de monter très vite et de redescendre.

Justement j’avais également noté dans Lune et l’autre que tu parlais des « foudres de ce monde doré, les paillettes et la poudre qui sont signes de danger ».

C’est exactement ça.

Et sans transition, j’ai noté que tu avais grandi en Suisse, que tu avais étudié la photographie à Lyon et que tu étais à Paris maintenant pour Vendredi sur Mer. Est-ce qu’il y aurait une ville qui t’as inspirée plus qu’une autre ?

J’aime bien la campagne, ou la mer, les petits villages où il n’y a pas grand-chose, ni grand monde, mais où il y a toujours quelque chose à faire, que ce soit aller regarder la plage, la mer ou aller se balader et voir des moutons. J’aime bien la vie rurale loin des autres. J’écris aussi beaucoup chez moi, mon EP a été écrit à Paris. Je crois que l’écriture est différente selon les lieux. J’ai écrit mes dernières chansons à Yport, en Normandie, et je pense avec le recul que je n’aurais pas écrit ça à Paris. Même quand on compose, on est dans un état d’esprit différent que lorsqu’on est à Paris, vraiment dans une bulle.

Et moi qui allais te demander s’il y avait un endroit où tu aimais écrire à Paris, une terrasse, un café…

Quand il y a des gens, ça me bloque en réalité. Par exemple, j’étais allée à la plage une fois pour écrire, vers 15h, et c’était impossible pour moi d’écrire car il y avait quand même des gens et je les regardais. Quand je suis isolée dans une pièce toute seule, ça vient tout seul. Il peut m’arriver d’écrire dehors, mais si je suis vraiment isolée, au milieu d’un champ peut-être. (Rires)

J’ai lu que tu t’occuperais toi-même de tes prochains clips à l’avenir, car tu es aussi photographe. Ça serait le moyen idéal d’allier musique, écriture et photographie ?

C’est ça. Je me suis un peu éloignée de la photo ces derniers temps par manque de temps. La vidéo m’attire, c’est la photo en plus, en mouvement, et oui, là, je suis en train de travailler sur mon prochain clip que je veux réaliser. Pour le moment j’ai vraiment envie de me consacrer un peu à cela. De faire un patchwork du projet, d’être un peu partout.

Et ce qui est génial d’ailleurs, c’est que tu pourras faire une chanson qui t’inspirera un clip, ou un clip qui t’inspirera une chanson, un texte…

Exactement, c’est vrai !

En parlant d’images, est-ce que tu aurais vu une expo ou un film marquant dernièrement ?

Le dernier film d’Abdellatif Kechiche, Mektoub my Love, qui est très bien. J’adore Abdellatif Kechiche, ça m’inspire beaucoup.

Et côté album ?

C’est en cours, on est en train de le consolider, mais c’est prévu pour 2019.

 

En attendant l’album, vous pourrez toujours épuiser son EP Marée Basse à la poésie enivrante (dont on ne se remet toujours pas.)