Isabelle Anglade • Elite Hair

« La beauté n’est pas futile. Elle aide à mieux vivre », dit Isabelle Anglade, une femme de conviction qui a monté son entreprise de prothèses capillaires en 1991. Dans un milieu encore faiblement médiatisé du fait d’une image généralement associée à la maladie, de nombreuses personnes s’activent afin de rendre un confort de vie à celles et ceux qui traversent un changement d’apparence, temporaire ou définitif, et des transformations physiques liées à une maladie ou un choc psychologique.

Porte de Clichy. Non loin de l’agitation de la construction du nouveau Palais de justice et de l’extension de la ligne 14, nous nous rendons rue Bessières, dans un espace lumineux, pour rencontrer la rayonnante Isabelle Anglade. Le métier de prothésiste capillaire n’est pas une activité très connue du grand public. Et Isabelle, qui officie assez discrètement tout en étant présente dans le domaine de la santé, sait que son métier est bien fait quand on ne le voit pas et quand on ne parle pas d’elle. 


LES PERRUQUES, UN UNIVERS CACHÉ 

Tout a commencé pour elle à une époque où sa petite sœur de 20 ans a perdu complètement ses cheveux. Rapidement, le constat est fait que l’on s’intéresse à un sujet quand il nous touche de manière directe ou indirecte, et que l’on est préoccupé et interpellé par les solutions proposées quand elles ne nous conviennent pas. Dans le même temps, Isabelle travaille pour Michel Clerc, journaliste chez RTL, en interviewant des femmes chefs d’entreprise. C’est à cette occasion qu’elle rencontre une femme dirigeant une entreprise dans le domaine capillaire, et qu’elle collabore avec elle pendant 2 ans pour l’aider dans le marketing et la communication. Elle rencontre par la suite une entreprise américaine qui l’aide à mettre le pied à l’étrier et avec qui elle démarre son activité.

A cette époque, j’ai découvert que les perruques, c’était un univers caché et très complexe. C’était une jungle infernale où les femmes qui avaient besoin de cheveux étaient escroquées par des gens malveillants. J’avais la volonté de trouver une solution pour ma sœur. Rien n’était adapté, c’était moche, c’était cher et c’était un vrai terrain d’arnaques. Je lui ai donc fait faire un modèle spécial et j’ai demandé à un coiffeur de réaliser la coupe. Je me rappelle que le médecin en la voyant a invectivé ses internes : « mais comment ça,  le traitement n’a pas commencé ? Elle aurait dû perdre ses cheveux ! » Grand éclat de rire général. Il n’avait pas vu que c’était une perruque. 
 
Travailler dans ce secteur permet de se rendre compte que la perte de cheveux est étroitement liée à la perte de féminité. Mort, maladie, punition, camps de concentration… Toutes ces associations d’idées négatives ancrées dans notre imaginaire commun créent un traumatisme social qui fait que quand on rencontre une femme qui n’a plus de cheveux, on la regarde comme quelqu’un d’étrange, et on détourne rapidement les yeux. Le regard de la société sur les femmes est encore un peu dur. « À l’heure où l’on parle de parité, nous sommes beaucoup plus indulgents sur la beauté d’un homme que sur celle d’une femme », constate Isabelle. En voyant la réaction du médecin, elle se dit qu’il y a vraiment quelque chose à faire. Non seulement la nécessité mais la possibilité de créer quelque chose « qui permette à la femme de poursuivre une vie sociale, familiale et de continuer de vivre comme une femme pendant la maladie ». Elite Hair voit le jour en 1991. 


 LES SECTEURS D’ACTIVITÉ D’ELITE HAIR


L’ONCOLOGIE


Modèles de perruques femmes

L’oncologie est une large part du secteur d’activité de la société, qui apporte aux femmes en traitement une prise en charge esthétique globale pendant la durée de la maladie, avant, pendant et après. 
La prise en charge esthétique reste quelque chose de très marginal en termes d’aides de l’État : 125€ en moyenne, même si le « plan cancer » initié par Jacques Chirac et poursuivi par les différents gouvernements permet de mettre en relation les patients avec les soins supports. De plus en plus gérée par le milieu hospitalier et notamment par les infirmières, cette initiative a pour but d’expliquer de manière concrète toutes les étapes par lesquelles les patientes vont passer et quelles sont les adresses et les solutions qui s’offrent à elles pour les guider. Elite Hair fait partie de ces solutions, qui, dans un soucis d’accessibilité et à travers un réseau de 94 partenaires spécialisés en France, permettent d’accompagner les femmes qui souhaitent conserver le plus possible leur apparence pendant le traitement. Les prothèses capillaires restent quelque chose de cher, comme le conçoit parfaitement Isabelle. 

On y tient, on veut offrir la qualité la plus élevée au meilleur prix. Alors oui, c’est cher. Mais ce n’est pas plus cher que de s’acheter de la hifi ou d’aller chez le coiffeur tous les mois, avec le plaisir en plus de pouvoir continuer à se coiffer. Tout dépend de son niveau de besoin et d’exigence esthétique. Le coût journalier est en moyenne de 6 €. Tout dépend de là où on a envie de placer son argent. 

À titre d’exemple, le cheveu de synthèse se trouve sur le marché entre 125€ et 650€ contre 800€ et 2 000€, voire plus, pour le cheveu naturel, selon sa qualité et sa provenance. 


LA DERMATOLOGIE


Solution pour les femmes ayant des cheveux très fins                                        Méthode de dermofusion pour hommes   

La deuxième activité d’Elite Hair est la Dermofusion, pensée notamment pour les personnes touchées par l’alopécie, qui perdent donc partiellement ou complètement leurs cheveux. 

Parallèlement à tout ce qui est lié aux cancers, il existe de nouvelles pathologies qui sont de plus en plus visibles chez les femmes, les pelades ou pertes de cheveux partielles. Nous menons des vies très stressantes, et chez certaines femmes cela se manifeste par des pertes de cheveux violentes, voire totales. Cela peut être lié à un choc effectif ou à une angoisse importante mais aussi à des facteurs ou maladies auto-immunes. Et dans ce cas, les cheveux ne repoussent pas.

La technique employée est la pose d’une fine membrane où sont implantés les cheveux, qui est fixée par une résine de synthèse sur le cuir chevelu. Le résultat est bluffant et quasi invisible. La dermofusion permet également de traiter la chute de cheveux pour les hommes qui sont de plus en plus nombreux à avoir recours à cette technologie, même si l’alopécie masculine est socialement beaucoup plus acceptée. 

 
L’ENTERTAINEMENT 

Le  monde du spectacle est le dernier volet d’activité d’Elite Hair. Marginal, il révèle néanmoins l’importance portée à la chevelure comme parure. Outre les collaborations pour les vitrines des grands magasins, Elite Hair travaille également avec l’Opéra de Paris et des grands sites de spectacles comme le Moulin Rouge ou le Crazy Horse.  
 

UN RECOURS ESTHÉTIQUE POUR MIEUX VIVRE

Isabelle insiste beaucoup sur la notion de culpabilité dans le fait de trouver des solutions face à des changements physiques. Les gens ne s’accordent pas assez la légitimité d’avoir recours à des solutions esthétiques. Certains se disent qu’il faut expier la maladie jusqu’au bout, vivant cela comme un chemin de croix. Il a pourtant été prouvé par une étude allemande que le fait de reconstruire sa chevelure avait un effet placebo certain sur l’acceptation de traitements chez les patients. 

Tout ce qui contribue à ne pas avoir à faire face à l’image de la maladie, tout ce qui permet de s’intérioriser et de lâcher  angoisses et stress, tout ce qui permet de vivre normalement, tout ce qui peut rendre une estime de soi, il faut le faire. Si on veut réagir, il faut prendre les choses en main et pour prendre les choses en main, il faut faire attention à soi. On a eu de très beaux témoignages de femmes qui disaient « si je n’avais pas fait attention à moi, je ne sais pas où je serais partie ».

Se passer la main dans les cheveux tous les matins. Y sentir la pluie, le vent. Isabelle a fait en sorte de créer une solution globale pour que ces sensations et perceptions oubliées ou regrettées restent dans le quotidien des patients qui font appel à Elite Hair. Pour elle, le sentiment d’accomplissement doit être ce qui amène à cette démarche. L’estime de soi avant tout. Pas la pression sociale d’être différent. 

Isabelle vit son métier comme une passion, une passion très visiblement partagée par le reste de son équipe. La douceur est le mot qu’elle a mis en exergue tout au long de notre conversation comme solution et remède aux personnes traversant des épreuves éprouvantes. Cela dans une optique de vivre normalement. Tout simplement. Quand nous l’interrogeons sur le sens que son équipe trouve à faire ce qu’elle fait, elle nous répond, le visage posé, calme, détendu et inlassablement souriant :

À partir du moment où vous avez du sens, vous avez de la passion et vous avez de l’énergie qui vous donne envie d’avancer. On a la chance d’avoir cette passion et ce métier qui est très gratifiant. Quand on voit les beaux témoignages qu’on a en retour… Nous faisons un métier où il nous est possible de redonner le sourire aux gens et où les gens vous regardent comme si vous leur aviez sauvé la vie. Moi j’ai la chance de faire ce métier, et il y a plein de femmes qui font des choses extraordinaires.