La DS, deux lettres d’exception

Elle a marqué son époque et fait aujourd’hui partie du patrimoine français des quatre-roues. La DS fête ce week-end les soixante ans de son apparition fracassante, qui révolutionna le marché automobile. Retour sur un mythe encore bien vivant.

Le Jardin des Tuileries va prendre des allures d’avenue parisienne rétro ce week-end. Comme une plongée savoureuse dans un passé pas si lointain, où la star de l’automobile signait son nom par deux initiales aux sonorités gracieuses, la DS. Symbole d’une époque révolue mais glorieuse pour l’automobile française, cette dernière s’apprête à se mettre en scène aujourd’hui pour fêter son âge de grande dame : soixante ans.

L’exposition installée aux Tuileries témoignera de l’aura qui a été la sienne durant vingt ans, avant que la DS ne disparaisse soudainement en 1975. Le grand public s’est mis à la bouder, lui préférant des voitures plus jeunes aux lignes plus “modernes”.

Citroën décide l’arrêt de sa production et lance la CX dans la foulée. La DS va tomber dans l’oubli, devenant même ringarde. Puis, le temps faisant son travail, le mythe grandit peu à peu, et elle commence à bénéficier d’une image de plus en plus attractive auprès des collectionneurs à partir des années 2000.

La soucoupe roulante

C’est en 1955 que tout démarre. Fait exceptionnel, la DS est dessinée par un sculpteur-designer, l’Italien Flaminio Bertoni, en collaboration avec André Lefebvre, ingénieur issu de l’aéronautique, et Paul Magès, ingénieur hydraulicien.

Cette même année, la DS 19 crée l’évènement au Salon de l’automobile où Citroën la présente au grand public pour la première fois. Sa ligne est extrêmement audacieuse pour l’époque, et même complètement atypique ; on la surnomme « la soucoupe roulante » et les commandes pleuvent. Silhouette aérodynamique, absence de calandre, immenses surfaces vitrées, capot en alu, toit en fibre de verre, la DS est unique, cela crève les yeux. Avec sa planche de bord épurée, son volant monobranche et ses clignotants arrière à hauteur du toit, elle devient vite plus qu’une voiture, un ovni roulant ultra-esthétique.

Matthieu Lamoure, directeur du département automobiles de collection chez Artcurial, revient sur l’histoire exceptionnelle de cette voiture: « Entre la Traction d’avant-guerre et la DS, il n’y a pas eu d’intermédiaire, d’où la révolution qu’elle opéra car elle ne ressemblait en rien aux standards de l’époque. Le coup de dessin de Bertoni fut un coup de génie. Elle est novatrice pour plusieurs raisons, d’un point de vue esthétique d’abord, mais aussi d’un point de vue technologique avec son aérodynamisme puisqu’elle est montée sur un coussin d’air, ce qui la rend très confortable. » 

La DS représentait le haut de gamme de l’automobile de l’époque, prisée par les dirigeants comme les chefs d’entreprise. «  C’est le symbole de la réussite, poursuit Matthieu Lamoure. Le général de Gaulle était d’ailleurs très attaché à la sienne, qui lui a tout de même sauvé la vie lors de l’attentat du Petit Clamart en 1962, ce qui renforça sa légende au niveau de la fiabilité et de la tenue de route. Le succès de cette voiture va dépasser nos frontières car elle va être reconnue dans le monde entier comme étant le fleuron de l’automobile française. La DS 23 ie Pallas sera le dernier modèle produit. Nous avons d’ailleurs battu un record de vente chez Artcurial avec l’une d’entre elles en 2012 qui sortait d’une restauration totale, puisqu’elle s’est arrachée pour 186 000 €. »

Mythe d’hier à aujourd’hui

En parallèle à l’exposition qui se tient ce week-end au jardin des Tuileries, un énorme rassemblement de DS se tiendra sur le circuit de Montlhéry, organisé par un club de passionnés, Le Monde de la DS. Plus de 600 voitures sont attendues venant de plus de dix pays. Le lendemain, elles paraderont dans Paris, démarrant leur joyeuse course depuis le parc de Saint-Cloud pour rejoindre la place de la Concorde après avoir descendu les Champs Elysées.

La DS a une histoire glorieuse qui participe à son mythe, et comme ce fut une voiture de grande diffusion (près de 1,5 millions d’exemplaires furent construits, toutes motorisations confondues), il est tout à fait possible de trouver aujourd’hui une très belle voiture dans une fourchette allant de 20 000 à 50 000 €, selon Matthieu Lamoure. « Le marché de la collection est générationnel. Ceux qui ont les moyens de réaliser leurs rêves se dirigent la plupart du temps vers l’automobile qui leur évoque des souvenirs d’enfance. »

Et ça tombe bien. La DS a également fait partie intégrante de la culture populaire, présente dans de nombreux films qui ont marqué leur époque comme Rabbi Jacob (1973), Les Tontons flingueurs (1963), Les Valseuses (1973), et même Scarface (1983) ou Retour vers le futur 2 (1989).

Résultat, si nous n’avons pas de souvenirs directs d’elle, la DS parle à tous, même à ceux qui n’ont pas connu ses deux décennies de gloire, des années 50 à 70. Pour mieux relier le passé au présent, l’exposition au Jardin des Tuileries devrait également présenter les automobiles de la marque DS (les DS3, DS3 Cabrio, DS4, la nouvelle DS5). Les temps ne changeraient-ils pas tant que cela ? En tout cas, elle reste de nos jours la voiture d’un certain président normal…

Infos sur http://www.lemondedelads.com

Le 23 mai, rendez-vous à l’autodrome de Linas-Montlhéry pour le grand rassemblement annuel de DS.